Riber, petit équipementier français de puces, en quête d’une rentabilité pérenne

Après un bon cru en 2023, le petit équipementier français de puces Riber entend poursuivre sa croissance rentable. Tout en améliorant ses machines actuelles d’épitaxie à jet moléculaire, il prépare l’avenir en explorant de nouveaux matériaux semi-conducteurs avec l’ambition de s’ouvrir de nouvelles opportunités de marché dans la photonique et le calcul quantique.

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MBE Riber
Machine d'epitaxie par jets moleculaires, la spécialité de Riber

Le petit équipementier français de semi-conducteurs Riber se targue d’un bon bilan en 2023. Publié le 12 avril, le chiffre d'affaires de l'entreprise de 120 personnes, dont environ 110 en France, affiche un bond de 41% à 39,3 millions d’euros, tandis que son bénéfice net s’établit à 3,4 millions d’euros, contre 200000 euros en 2022.

Ces beaux résultats ont été obtenus alors que la PME a pâti ces deux dernières années d’une instabilité de sa gouvernance, avec trois changements à la présidence du directoire. Depuis septembre 2023, ce poste est assumé par Annie Geoffroy, ancienne présidente du conseil de surveillance.

Machines à double usage civil et militaire

Fondé en 1964, Riber se spécialise dans les machines d’épitaxie à jet moléculaire (MBE pour Molecular Beam Epitaxy). Un procédé qui consiste à déposer sur un substrat électronique, par projection sous vide d’atomes, une fine couche de matériau semi-conducteur sur laquelle les composants vont être construits. De la qualité cristalline de cette couche dépendent les performances des composants réalisés au-dessus. Cette technologie s’applique aujourd’hui à des semi-conducteurs dits composés comme l’arséniure de gallium, le phosphure d’indium ou le nitrure de gallium pour des composants photoniques et radiofréquences à hautes performances utilisés dans les radars, les télécoms, le spatial, la défense ou encore la santé.

Selon le cabinet Yole Développement, ces équipements ont représenté un marché de niche de 61 millions de dollars en 2023, en progression de 18%. Là, Riber dispute à l’américain Veeco le leadership. En 2023, l’équipementier français a livré 13 machines (5 pour la production et 8 pour la recherche), contre 6 en 2022 (4 pour la production et 2 pour la recherche). Il aurait pu en livrer davantage si le contexte géopolitique était plus favorable.

«Nos machines sont à double usage civil et militaire, rappelle Annie Geoffroy à L'Usine Nouvelle. Leur vente à des pays étrangers est donc soumise à une licence d’exportation du SBDU, le Service des biens à double usage, qui dépend de Bercy. Nous avons eu trois refus de licence en 2023 et un au début de cette année de vente à la Chine. Quant à des pays comme la Russie ou l’Iran, l’exportation de nos machines est tout bonnement interdite.»

Croissance du chiffre d'affaires et de la rentabilité en 2024

Riber développe et assemble toutes ses machines MBE sur son site à Bezons, dans le Val-d’Oise, où se situe son siège social. Son usine dispose d’une capacité théorique de production de 24 machines par an sur trois postes. Mais la PME est confrontée à des difficultés de recrutement et de rétention d’opérateurs qualifiés comme des soudeurs ou des mécaniciens. Sa localisation semble jouer en sa défaveur. Cela ne l’a pas empêchée de presque double la production en 2023 par rapport à 2022. «Cela montre que nous pouvons augmenter notre production et croitre très vite tout en restant rentables, se félicite Annie Geoffroy. Je suis confiante dans notre capacité à maintenir cette trajectoire.»

Tout en travaillant à l’amélioration de la fiabilité et des performances de ses machines MBE par l’automatisation et l’IA, Riber prépare l’avenir en explorant de nouveaux matériaux semi-conducteurs dits fonctionnels. C’est le projet Rosie qui vise le développement d’une machine de déposition MBE de titanate de baryum (BTO) sur un substrat silicium de 300 mm pour la construction de composants photoniques plus performants et plus efficaces. Le fait de les construire sur substrat silicium de 300 mm en facilite leur intégration avec d’autres composants et réduit les coûts. Plusieurs grands fabricants, dont Intel et STMicroelectronics, sont intéressés par ce développement. La première machine devrait sortir en 2025 et entrer en production en 2026. Annie Geoffroy estime l’opportunité à des dizaines de machines. La même machine peut servir à réaliser des composants photoniques pour la manipulation des bits quantiques.

«Nous sommes à la croisée des chemins, affirme-t-elle. Nous voulons changer de matériaux pour nous ouvrir de nouveaux marchés. Nous travaillons à être prêts quand le marché aura besoin de passer en production, tout en continuant à développer notre cœur de métier. Nous voyons l’avenir de Riber de façon sereine.» La direction anticipe la poursuite de la croissance en 2024 de son chiffre d’affaires et de sa rentabilité. Les projections de chiffre d’affaires seront communiquées aux investisseurs à la fin du premier semestre 2024.

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