Comment Riber, petit poucet français des puces, veut changer de dimension

Cantonné aujourd’hui à des applications de niche, le petit équipementier français de semi-conducteurs Riber se démène pour étendre sa technologie d’épitaxie à des marchés à grands volumes. Sous la houlette de son nouveau patron, Christian Dupont, il ambitionne de changer de dimension en s’attaquant à des domaines en ébullition comme la photonique sur silicium ou le quantique.

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MBE Riber
Machine d'épitaxie à jet moléculaire, la spécialité de Riber.

Changement de gouvernance chez Riber. Ce petit équipementier français des semi-conducteurs, qui compte 120 personnes dans le monde, dont 108 en France, et affiche un chiffre d’affaires d’environ 28 millions d’euros en 2022, a annoncé le 14 avril la nomination de Christian Dupont au poste de président du directoire. A 59 ans, cet ingénieur de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), qui a passé 20 ans chez Texas Instruments, succède à Michel Picault, qui reste membre du directoire. Sa mission est claire : amplifier le mouvement de diversification pour que la PME française puisse demain jouer dans la cour des grands aux côtés d’équipementiers majeurs de la filière des semi-conducteurs en silicium comme Applied Materials, KLA ou Tokyo Electron.

« Je suis là pour changer la dimension de la société, affirme le nouveau patron. Riber bénéficie déjà d’une base solide, d’une technologie reconnue et d’une grande base installée. Mon travail est d’explorer, à partir des besoins de l’industrie, de nouvelles applications. Riber a la chance de disposer d’une technologie unique d’épitaxie qui lui permet de détenir aujourd’hui 70 % de ce marché dans l’industrie. C’est en m’appuyant sur cette force que je veux étendre le marché accessible.»

Des semi-conducteurs composés au silicium

L’épitaxie à jet moléculaire (MBE pour Molecular Beam Epitaxy) constitue la spécialité de Riber. Elle consiste à déposer, sur le substrat électronique et par projection sous vide, une fine couche de matériau sur laquelle les composants vont être construits. De la qualité cristalline de cette couche dépendent les performances des composants fabriqués dessus. Jusqu'ici, le procédé s’applique à des semi-conducteurs dits composés comme l’arséniure de gallium, le phosphure d’indium ou le nitrure de gallium pour des composants photoniques et circuits radiofréquences à hautes performances. Un segment qui ne représente que 4 à 5 % du marché des semi-conducteurs selon Michel Picault. Ceci cantonne Riber à des applications niches comme les radars, la vision nocturne, les transmissions à fibres optiques, les antennes-relais mobiles ou encore la désinfection d’instruments médicaux aux UV. Pour grandir, la société veut imposer sa technologie d’épitaxie dans la fabrication des composants en silicium sur plaquettes de 300 mm de diamètre.

Christian Dupont, président du directoire de RiberRiber
Christian Dupont, président du directoire de Riber Christian Dupont, président du directoire de Riber

Christian Dupont, président du directoire de Riber (crédit photo: Riber)

« La loi de Moore, qui s’appuie sur la miniaturisation des procédés de fabrication, s’approche des limites physiques, explique Christian Dupont. Pour continuer à faire progresser les composants en silicium, l’industrie entre dans une nouvelle voie : celle de More than Moore. L’une des pistes consiste à passer à des matériaux fonctionnels offrant un meilleur arrangement cristallin que le silicium comme l'oxyde de baryum ou l'oxyde de strontium. Nous cherchons à appliquer le procédé d’épitaxie de Riber à la déposition de ces nouveaux matériaux sur les plaquettes de silicium de 300 mm. »

Soutien de l'Etat

C’est l’objet du projet Rosie, lancé en 2022 pour un budget de 3 millions d’euros sur trois ans, avec un soutien de 1,1 million d’euros de l’Etat dans le cadre du plan « France Relance ». Le réacteur, où se déroule la déposition sous vide des oxydes, est déjà développé. Reste à lui intégrer l’interface avec le FOUP, le dispositif de transfert automatique des cassettes des plaquettes de silicium visible au plafond des usines de puces. La livraison des deux premières machines à des clients pilotes aux Etats-Unis est prévue au second semestre 2024. Selon la configuration, la machine coûte 3,5 ou 5 millions d’euros, contre une moyenne de 3,5 millions d’euros pour les machines livrées jusqu’ici à l’industrie et 1,5 million d'euros pour celles fournies à la recherche académique.

Riber espère ainsi faire entrer sa technologie d’épitaxie dans les grandes usines de semi-conducteurs en silicium, comme celles d’Intel, de Texas Instruments, de STMicroelectronics ou d’Infineon Technologies. De quoi changer à la fois de visibilité et de taille. « Aujourd’hui, nous sommes sur un rythme de livraison d’une dizaine de machines par an, rappelle Christian Dupont. Le marché des semi-conducteurs en silicium nous offre une nouvelle opportunité d’une vingtaine de machines par an. Bien sûr, il faudra attendre deux ans de test et de qualification avant d’envisager des gros volumes. »

Une nouvelle usine à créer

L’autre opportunité de diversification se situe dans la recherche sur le quantique. Selon Christian Dupont, la technologie de Riber est déjà exploitée dans cinq des sept voies en lice pour la réalisation des qubits, en raison de sa capacité à garantir une qualité parfaite des structures quantiques. La PME travaille sur le sujet avec plusieurs laboratoires du CNRS, dont le Laas à Toulouse. Les machines dédiées à cette application coûteront entre 3 et 8 millions d’euros. Cette diversification offre un potentiel d’une quinzaine de machines d’ici cinq ans selon Michel Picault.

L’usine actuelle de Riber, située à Bezons, dans le Val-d’Oise, où se trouve le siège de la société, offre une capacité de 20 machines par an, insuffisante pour répondre à la demande future dans les nouvelles applications. Et la société ne dispose pas de place pour son extension. C’est pourquoi elle envisage la création d’une nouvelle usine sur un autre site. « Les détails du projet, comme la localisation, le montant de l’investissement ou le calendrier, ne sont pas fixés à ce stade, confie Christan Dupont. Mais une chose est sûre : l’usine sera située en France. » Avec ces développements, Riber espère franchir la barre des 100 millions d’euros de chiffre d’affaires dans sept ou huit ans.

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