Reportage

[Reportage] Avec son programme éco-responsable, le domaine skiable de Serre Chevalier se met au vert

Situé dans les Hautes-Alpes, le domaine skiable de Serre Chevalier a initié, en 2016, un vaste programme éco-responsable. Depuis, la station a installé des éoliennes, des panneaux photovoltaïques, et bientôt, des turbines hydroélectriques. Son objectif est de réduire son empreinte carbone de 50% d'ici à 2030. 

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Domaine skiable Serre-Chevalier
Le domaine de Serre-Chevalier s'est doté de nombreuses installations photovoltaïques.

Après un petit-déjeuner rapidement englouti, assis face à la montagne, il est temps d'aller s'équiper. Manteau et pantalon imperméables, foulard, écharpe, gants, casque et lunettes... Le compte y est. Les chaussures et les skis sont enfilés, et après quelques minutes de télésiège, nous voilà à plus de 2000 mètres d'altitude. Les sommets sont encore loin, mais la vue sur le village de Saint-Chaffrey et la commune de Briançon (Hautes-Alpes), baignés par le soleil, est déjà imprenable.

En cette mi-janvier, hors des vacances scolaires, la vallée de Serre Chevalier est encore presque déserte, pour le plus grand plaisir des rares skieurs croisés ça et là. Qu'elle ait été déposée naturellement ou artificiellement, la neige fraîche crisse sous les skis qui filent à toute allure.

Étendu sur 15 kilomètres et situé au nord des Alpes du Sud, non loin de l'Italie et du parc national des Écrins, le domaine skiable a accueilli presque 1,7 million de visiteurs lors de sa saison d'hiver 2018/2019, ouverte du 15 décembre au 15 avril, pour quelques 250 millions d'euros de chiffre d'affaires. Lors des pics de fréquentations, les effectifs montent à 420, voire 470 personnes, réparties entre la sécurité, le contrôle des remontées mécaniques, le damage des pistes, ou encore les parties commerciales et administratives.

Lancement d'un programme d'éco-responsabilité en 2016

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Mais Serre Chevalier n'est pas une station comme les autres. Pionnière française en la matière, la station a initié en 2016 un programme pour une transition vers une énergie plus propre, baptisé "EnR by Serre Chevalier". "On s'est rendus compte qu'un domaine skiable était fait pour produire de l'énergie renouvelable", explique Patrick Arnaud, le directeur de Serre-Chevalier. Évalué à 3,6 millions d'euros, le projet devrait permettre que 30% du besoin annuel en électricité (14 Gwh) soit issu d'énergie verte, et réduire l'empreinte carbone du site de 50% à l'horizon 2030.

Pour cela, la station compte installer, avant la fin de 2021, 3700 m² de panneaux photovoltaïques, "plusieurs" (sans donner de chiffre exact) petites éoliennes de moins de 12 mètres, et deux systèmes hydroélectriques utilisant les réseaux de neige de culture comme pourvoyeurs d'énergie. D'ici 3 ans, le mix énergétique devrait être composé à 80% d'hydraulique, à 12% de photovoltaïque et à 8% d'éolien. Ces équipements doivent permettre une autoconsommation immédiate.

En période hivernale, l’électricité non stockable produite par le photovoltaïque et l'éolien alimente les 58 appareils de remontées mécaniques, les 14 salles des machines, les 577 enneigeurs et les installations tertiaires du domaine. Hors saison, cette électricité alimentera en partie le dispositif de pompage et de remontée des eaux vers quatre retenues collinaires existantes, d’une capacité de 300 000 m3.

Domaine skiable Serre-ChevalierThibaut Durand / Serre-Chevalier
Domaine skiable Serre-Chevalier Domaine skiable Serre-Chevalier (Thibaut DURAND)

De la parole aux actes, il n'y a qu'un pas que la station a franchi depuis 2018. Après avoir descendu quelques pistes bleues, direction un deuxième télésiège pour monter au col du Prorel, à 2404 mètres d'altitude. Là-haut, sur un talus un peu surélevé, se dressent deux petites éoliennes, les pales tournant à vive allure. Faisant moins de 12 mètres (précisément 11m50), la station n'a pas l'obligation de les déclarer ou d'obtenir une autorisation pour leur installation. Produites par l'Estonien Tuge, elle sont revendues en France par l'entreprise Enerlis. Au total, chacune a coûté à Serre Chevalier 65 000€. Le domaine a également bénéficié d'une subvention de la région Sud de 47%. D'une capacité de 10 KW, elles produisent annuellement 30 000 kWh. S'il n'a pas encore été déterminé combien d'éoliennes seraient installées, Patrick Arnaud précise que la station est en capacité d'en accueillir "une quarantaine". Un critère est cependant pris en compte : éviter un maximum la pollution visuelle pour les skieurs.

Domaine skiable Serre-ChevalierThibaut Durand / Serre-Chevalier
Domaine skiable Serre-Chevalier Domaine skiable Serre-Chevalier (Thibaut DURAND)

Différents types de panneaux photovoltaïques

Domaine skiable Serre-ChevalierThibaut Durand / Serre-Chevalier
Domaine skiable Serre-Chevalier Domaine skiable Serre-Chevalier (Thibaut DURAND)

Il serait facile de ne pas les voir lorsque, au sortir du télésiège, on est déjà prêt à dévaler les pistes tout schuss. Seul l’œil curieux et attentif pourra détecter les différents types de panneaux photovoltaïques qui, depuis 2018, font progressivement leur apparition sur les treize stations du domaines. Leur production annuelle totale est estimée à 150 000 kWh. Généralement posés par dizaine, on en trouve des classiques, rigides et d'origine chinoise. Deux autres variétés sont produites par un fournisseur local situé à Le Monêtier-les-Bains, SunWind Design

Les premiers sont des panneaux souples. Comme leur nom l'indique, leur composition non raide leur permet d'être installés sur des surfaces arrondies, comme les côtés des toits des stations. Les deuxièmes sont appelés "panneaux bipodes", car composés de deux parties. Ils s'appuient sur le principe de la réverbération du soleil sur une face pour alimenter, par reflet, la face adverse. "Les panneaux se renvoient la lumière, ce qui permet d'en capter plus que sur des modèles classiques", explique Xavier Duport, le patron de SunWind Design. Encore en phase d'essai, ces panneaux ont été installés fin 2019 sur le toit de la gare du Prorel, en contrebas du col.

Domaine skiable Serre-ChevalierThibaut Durand / Serre-Chevalier
Domaine skiable Serre-Chevalier Domaine skiable Serre-Chevalier (Thibaut DURAND)

Le domaine a également terminé, au cours de l'été 2019, le reconditionnement total de la station de l'Eychauda. Un investissement de plus de deux millions d'euros qui inclut des télésièges de six places au lieu de quatre, et de nouveaux panneaux photovoltaïques souples. De quoi réduire Lieu d'être jetées, 94 des 104 tonnes de matériel récupérées lors des travaux ont servi à rénover l'ancienne station de Cibouït, située non loin.

L'hydroélectrique arrive bientôt

La prochaine étape, certainement la plus importante, est l'installation des deux turbines pour une production hydroélectrique. Comme déjà indiqué, les appareils seront placés dans les réseaux de neige de culture. En passant dans les tuyaux, l'eau servant à créer cette neige actionnera les turbines, créant ainsi une importante quantité d'électricité. 100 000€ ont déjà été investis pour la réalisation d'études et d'expertises, qui ont validé la viabilité du projet. Une première turbine de 330 kWc doit être installée cette année. Une deuxième de plus de 900 kWc doit suivre en 2021.

En plus de l'éolien, du photovoltaïque et de l'hydroélectrique, Serre Chevalier opte pour d'autres solutions éco-responsables. Certaines stations ont par exemple été équipées d'un moteur lent. Tout en conservant, voire en améliorant, la vitesse des télésièges, celui-ci, en tournant plus lentement qu'un modèle classique, permet une baisse de consommation électrique de 10%. Le domaine participe également au projet pilote de la Compagnie des Alpes, à laquelle il appartient, pour le développement d'une dameuse hybride. Avec leurs moteurs thermiques, ces engins font partie des premiers émetteurs de carbone en montagne.

Pour la saison hivernale 2018/2019, le domaine a vu sa consommation électrique baisser de 1,9%, sa consommation de carburants fossiles de 1,1%, sa consommation d'eau de 6,9% et sa consommation de gaz et de propane de 27,6% par rapport à la saison précédente. En novembre 2019, Serre-Chevalier avait investi 635 000€ sur les 3,6 millions du projet. Une somme totale importante et de nombreux travaux que le domaine aurait pu s'épargner. En effet, provenant du nucléaire, une importante partie de son électricité est déjà décarbonée. "C'est sûr qu'on ne fait pas ça pour l'argent. On avait simplement la conviction qu'on se devait d'essayer autre chose", répond Patrick Arnaud. Depuis le début du projet, plusieurs autres stations sont venues voir ce qu'il se tramait à Serre-Chevalier. Le domaine pourrait-il bientôt faire des émules ?

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