L'équipementier Rossignol file tout schuss vers l'éco-responsabilité

Un brin fataliste bien que très motivé, l'équipementier Rossignol a présenté le 16 janvier "Respect", son programme d'éco-responsabilité. Grâce, notamment, à de meilleurs matériaux et des sites de production repensés, le géant français des skis espère atteindre la neutralité carbone d'ici 2050.

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Rossignol skis montagne
Pour ses activités d'équipementier sportif, Rossignol émet, chaque année, 100 000 tonnes de CO².

"La nature nous envoie des signaux forts. Entre 1900 et 2012, la température des Alpes françaises a augmenté de 2°C". Si cette tendance se poursuit dans les prochaines décennies, "la quasi-totalité des stations de ski de France pourraient ne plus avoir de neige". C’est avec un ton somme toute alarmiste que Bruno Cercley, président de l’équipementier sportif Rossignol, a entamé, le 16 janvier, la présentation du nouveau programme de son groupe, baptisé "Respect" et axé sur une démarche RSE (Responsabilité sociétale des entreprises).

Car le constat est sans appel. Rossignol émet, chaque année, 100 000 tonnes de CO². Une goutte d’eau certes au milieu des 160 millions et 53 milliards de tonnes respectivement émises par les stations de sport d’hiver et la planète dans sa totalité, mais une quantité trop élevée pour le groupe. D’autant plus qu’il produit plus de 3 500 tonnes de déchets, pour 7 000 tonnes de produits à la vente. "Pour un kilo vendu, c’est comme si on en jetait 500 grammes. Ce n’est plus acceptable", constate Bruno Cercley.

Pour inverser la donne et entrer dans l’ère de l’éco-responsabilité, Rossignol s'est donné des objectifs via son programme "Respect". Réduire de 30% son empreinte carbone d’ici à 2030 et atteindre la neutralité en 2050. Mais aussi diminuer ses déchets de 40% d’ici à 2025 et faire du bien-être de ses salariés une priorité. "On pense que ce sont des orientations obligatoires pour n’importe quelle entreprise. Nous n’avons plus le choix. Même si nous n’avons pas encore de feuille de route précise, je ne suis pas inquiet. Nous atteindrons de bons objectifs à court terme. Le plus grand défi sera de supprimer les dernières tonnes", commente Bruno Cercley.

Rossignol Bruno Bruno CercleyRémi Amalvy
Rossignol Bruno Bruno Cercley Rossignol Bruno Bruno Cercley

(Crédit photo: Rémi Amalvy)

Des sites de production plus vertueux

Quelles sont les premières pistes explorées ? Tout d’abord, Rossignol se concentre sur une production presque entièrement européenne. 80% des produits sont fabriqués sur le vieux continent. Une part qui monte à 90% si l’on exclut les textiles, dont une partie provient d’Asie. Outre son siège de Saint-Jean-de-Moirans (Isère ), le groupe possède quatre sites de production, à Sallanches (Haute-Savoie), Nevers (Nièvre), Artés (en Espagne) et Montebelluna (en Italie). Tous sont situés à moins de 600 km de la plateforme logistique de Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs (Isère), ce qui contribue à réduire les émissions liées au transport.

Dans chaque usine, des mesures écoresponsables ont été prises. A Sallanches, l’utilisation d’un nouveau système de refroidissement en circuit fermé a fait chuter la consommation d’eau de 97%. A Artés, la consommation d’énergie pour l’éclairage a été réduite de 51%, et 100% de l’électricité est désormais d’origine renouvelable. Au siège social, l’installation de 600 panneaux solaires devrait garantir une production annuelle d’environ 200 000 kWh, soit autant que la consommation de 87 foyers. De plus, trois des quatre sites de production sont certifiés ISO 14001, une norme qui garantit le respect d’une série d’exigences environnementales. L’usine de Montebelluna devrait obtenir sa certification cette année.

Des matériaux recyclés et recyclables

Une attention est également portée aux process de production ainsi qu’aux matériaux utilisés. Rossignol s’apprête à lancer une nouvelle gamme de skis, baptisée Blackops. Un équipement fabriqué à partir de noyaux bois certifiés PEFC et FSC, deux labels garantissant un bois issu de forêts gérées durablement. Rossignol espère écouler 50 000 unités la première année, et vise à généraliser l’utilisation de ce type de matériau pour toute sa gamme d’ici à 2025. Dans ses différents points de vente, la société s’est également mise à récupérer les anciens skis des clients, contre des bons d’achats. L’équipement est ensuite transmis à des sociétés partenaires de recyclage. Les matériaux tirés du processus peuvent par la suite servir à nouveau, dans la conception de nouveaux produits.

Des matériaux écoresponsables sont aussi sélectionnés pour les vêtements et les autres équipements. Les casques sont fabriqués avec un matériaux présenté comme 100% recyclable, sans aucun Composés Organiques Volatils (COV) ni chlorofluorocarbone (CFC). Les duvets, les laines et les cuirs sont soit synthétiques, soit issus de la filière agroalimentaire, garantis sans maltraitance animale, et Rossignol a décidé depuis 2018 d’arrêter l’utilisation de la fourrure animale. Certaines gammes de vêtements utilisent également des matériaux spéciaux comme le Sympatex, une matière imperméable, entièrement conçue à partir d’éléments recyclés. Enfin, le groupe réfléchit à une réduction de ses emballages plastiques, et compte progressivement supprimer les notices de ses produits pour les proposer en ligne, afin de réduire la consommation de papiers.

Si la démarche ne s’inscrit pas, pour l’instant, dans une initiative plus globale de redéfinition des process de la totalité de la filière du ski et de la montagne, Rossignol multiplie les partenariats dits écoresponsables. Le groupe s’est par exemple engagé dans un grand programme de plantation de 25 000 arbres, en 2020 en Tanzanie, avec l’association Reforest’Action. "Planter des arbres ne suffira pas à nous rendre verts, mais ça peut être un début de solution", commente Bruno Cercley. Pour soutenir sa R&D, Rossignol pourra s’appuyer sur son dynamisme. Etabli à 370 millions d’euros au 31 mars 2019, son chiffre d’affaire était en progression de 7% par rapport à l’année précédente. Au total, la société emploie 1 500 personnes partout dans le monde, dont la moitié en France.

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