Mais quel est donc le point commun entre le centre technique des armées, situé sur le plateau Saclay (Essonne), et son prestigieux voisin, le château de Versailles (Yvelines) ? L’eau des étangs voisins, indispensable à leur bon fonctionnement ! Il y a quatre siècles pour alimenter les bassins et les fontaines de la résidence de Louis XIV, aujourd’hui pour tester les moteurs des appareils militaires. Ce centre de la Direction générale de l'armement (DGA), fort de 380 personnes, est l’unité d’expertise et d’essais militaires en matière de propulsion aéronautique.
Dominique Fontenat Disposant de moyens uniques en Europe, les quelque 380 personnes du centre technique de Saclay reproduisent au sol les conditions de vol les plus extrêmes subies par les aéronefs.
En soixante-dix ans d’activité, il a accompagné l’histoire de l’aviation tricolore. Des générations successives d’experts, ouvriers et techniciens ont testé l’ensemble des moteurs des avions de chasse (Mirage 2000, Rafale, A 400M…), d’hélicoptères (Tigre, Guépard…) et des missiles français ainsi que des réacteurs civils comme celui du Concorde et des Airbus A 320.
L’architecture du site, avec ses immenses tuyaux apparents aux différentes couleurs pour transporter l’eau, l’air et les autres fluides nécessaires aux installations techniques, tient plus du centre Pompidou que de son royal voisin. Avec plus de 2 km de conduites, cet ensemble est primordial pour tester les moteurs d’avions… sans les faire voler.
Reproduction de conditions de vol extrêmes
Comment ? L’eau, amenée aux températures et aux pressions voulues, permet de récréer les flux d’air et les conditions atmosphériques de vol dans de grands caissons capables d’accueillir des moteurs. Ces installations ont la capacité de remplir l’équivalent d’une piscine olympique en moins de trois minutes ! Après chaque essai, l’eau est récupérée, puis traitée avant d’être reversée dans les étangs.
Dominique Fontenat Le caisson atmosphérique permet de mettre les moteurs dans des conditions de vol extrêmes, jusqu’à 20 000 mètres d’altitude, à l’image du M88 du Rafale prêt à passer sur le banc de test.
Les avantages des essais en altitude simulée plutôt qu’en vol sont multiples. Les cinq caissons atmosphériques du centre permettent de reproduire des conditions de vol extrêmes, que ce soit en termes d’altitude (jusqu’à 20 000 mètres), de vitesse (jusqu’à Mach 3) et de températures (de - 70 à + 250 °C)…
Par rapport à un vol réel, nous maîtrisons mieux les tests et nous pouvons plus facilement étudier les paramètres qui nous intéressent.
— Marie-José Martinez, directrice du centre technique des armées de Saclay
« Par rapport à un vol réel, nous maîtrisons mieux les tests et nous pouvons plus facilement étudier les paramètres qui nous intéressent », explique Marie-José Martinez, la directrice du site. Dans la même journée, les équipes peuvent faire subir au moteur les conditions de vol au-dessus du Sahara et au-dessus de l’Alaska !
Dominique Fontenat Une expertise reconnue
Outre les caissons atmosphériques pour expérimenter différents types de réacteurs, le centre de la DGA compte aussi des bancs d’essai adaptés aux chambres à combustion et aux compresseurs. Ces moyens techniques, quasi uniques en Europe, en font le candidat idéal pour tester le moteur du futur avion de combat européen.
Avec l’Allemagne et l’Espagne, la France codéveloppe cet appareil pour remplacer le Rafale et l’Eurofighter dans le cadre du programme du système de combat aérien du futur (Scaf). Pour l’instant, le moteur du Scaf est en cours de développement chez Safran et son partenaire allemand MTU. Les bancs d’essai devront être adaptés pour éprouver la chambre à combustion qui doit être capable de résister à des températures supérieures à 2 000 °C.
Au-delà des programmes d’armement, le centre vend également des prestations aux plus grands motoristes mondiaux. Comme à Safran, qui en est le premier client, ou encore au britannique Rolls-Royce. Ces essais peuvent être nécessaires pour le développement technologique, la mise au point et la certification de leurs moteurs.
L’expertise du centre de Saclay peut aussi être mise à profit par la justice à la suite à d’accidents aériens. L’une de ses équipes est spécialisée dans l’analyse des moteurs récupérés et l’exploitation des enregistreurs de vols.



