Qui est Northern Graphite, le canadien qui pourrait raffiner du graphite pour batteries électriques en France

Northern Graphite envisage de raffiner du graphite pour batteries extrait depuis une mine namibienne dans le Nord de la France. Une proposition pour laquelle l’entreprise canadienne, qui exploite d’anciennes mines du Français Imerys, a récemment obtenu le label «projet stratégique» de la part de l’Union européenne, mais attend encore des clients.

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Talga graphite
Nothern Graphite veut extraire du graphite en Namibie, avant de le purifier dans le nord de la France.

Jusqu’alors, Northern Graphite restait discret en Europe. L’obtention, fin mars, du label de «projet stratégique» dans le cadre de la législation européenne sur les matières premières critiques (ou Critical raw material act) pousse l’entreprise canadienne à sortir du bois. Et à détailler son projet d’usine de raffinage de graphite pour batteries électriques en France, qui pourra disposer d’aides dédiées et de facilités pour l’obtention de permis. «Nous proposons de produire du matériau d’anodes pour le marché français et cela peut aller assez vite. Nous sommes contents du soutien de Bruxelles et du gouvernement français, mais il manque encore des clients qui s’engagent», réagit le PDG de l’entreprise, Hugues Jacquemin, auprès de l’Usine Nouvelle. La date d’un potentiel investissement n’est pas fixée mais, dans le meilleur des cas, la production en France pourrait démarrer dès fin 2027.

Anciennes mines d’Imerys

Northern Graphite ne sort pas de nulle part. Fin 2021, l’entreprise cotée sur la Bourse de Toronto avait racheté, pour 40 millions d'euros, deux mines de graphite naturel au producteur français de minéraux de spécialité Imerys. L’une au Québec, Lac des Îles, qui est aujourd’hui la seule mine de graphite d’Amérique du Nord. L’autre en Namibie, Okanjande : un gisement de 1,6 million de tonnes, brièvement exploité en 2017-2018 et aujourd’hui à l’arrêt.

Le graphite, un matériau formé naturellement de fines couches de carbone, sert dans de nombreux secteurs industriels, des électrodes métallurgiques à des pièces critiques de la défense. Aujourd’hui, le marché attractif est celui des batteries électriques, où il est quasi-indispensable pour former l’anode, une des deux électrodes qui permettent le flux du courant. Il est d’autant plus critique que la Chine domine largement le marché, et surveille de près ses exportations.

C’est sur ce créneau que se concentre Northern Graphite : «nous avons passé les trois dernières années à développer ces deux sites et la société pour fournir, à partir du graphite extrait dans nos mines, du matériau pour anode», retrace Hugues Jacquemin, qui a dirigé les activités graphite d’Imerys jusqu’en 2018, puis a pris la tête de Northern Graphite peu après le rachat.

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L’entreprise mise d’abord sur le Canada. Le plan affiché consiste à construire une gigantesque raffinerie de graphite pour batteries à Baie-Comeau, sur la côte est du Canada, qui serait capable de fournir 200000 tonnes de matériaux d’anode (ou BAM) par an, en s’approvisionnant dans diverses mines. Un projet à 500 millions d’euros, que Northern Graphite doit bientôt confirmer pour tenir sa feuille de route et produire en 2027.

159 millions d’euros pour deux usines, en Namibie et en France

L’idée d’un projet français est advenue après, suite aux volontés du gouvernement de construire une chaîne domestique pour l’approvisionnement en métaux critiques. «ACC, Verkor, AESC… Il y a plusieurs fabricants de batteries en France, d’où l’idée de créer quelque chose pour ce marché, avec une usine en Namibie et une autre ici», raconte Hugues Jacquemin.

En Namibie, il s’agit de redémarrer la mine inactive – en déplaçant une partie des bâtiments industriels existants, dont le concentrateur, et en construisant une ferme solaire – et de construire une usine pour moudre, purifier et mettre en forme du graphite extrait. Pour être utilisable dans des batteries, le graphite naturel doit être exempt de toute impureté et replié sous forme de petites boules de quelques microns de diamètre (moins que l’épaisseur d’un cheveu).

En France, l’usine viendrait purifier une nouvelle fois la poudre noire – pour passer de 97% à 99,96% de pureté, via un passage à haute température – puis enrober les grains d’une couche de protection carbone pour améliorer les performances du matériau d’anode. L’enrobage est effectué en partenariat avec l’allemand Rain Carbon. «La purification utilise une technologie sans produits chimiques, que l’on a développée avec un partenaire», précise Hugues Jacquemin, discret sur le sujet. Le site, encore à l’étude, sera dans le nord de la France, pour bénéficier des canaux et rejoindre Rotterdam, Dunkerque ou Anvers.

Plus cher que le graphite chinois

D’envergure plus modeste qu’au Canada, le projet vise (dans un premier temps) à produire 20000 tonnes de matériau d’anode par an, soit de quoi alimenter 300000 véhicules dotés de batteries de 65 kilowattheures (kWh) chiffre Hugues Jacquemin. Au total, Northern Graphite chiffre l’investissement nécessaire à 159 millions d’euros, dont la majorité en France étant donné que la mine namibienne existe déjà et peut recommencer à produire en 18 mois.

«Ce qui nous bloque aujourd’hui c'est d’avoir un accord ferme avec les fabricants de batteries en France», explique Hugues Jacquemin, en dévoilant avoir commencé à envoyer des échantillons en début d’année. Côté prix, l’entreprise canadienne aura du mal à rivaliser avec les produits chinois, aujourd’hui très bon marché, reconnaît-il. Elle devra donc convaincre des clients de l’intérêt de disposer d’une source d’approvisionnement alternative, localisée en France. Récemment, l’entreprise japonaise Tokai a mis en pause en mars un grand projet de production de graphite synthétique portée par sa filiale en Savoie. Pourtant, lui aussi reconnu comme stratégique par Bruxelles.

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