Quelles sont les entreprises derrière le chantier titanesque de la cathédrale Notre-Dame de Paris?

La cathédrale Notre-Dame de Paris doit rouvrir le samedi 7 décembre, plus de cinq ans après l’incendie qui l’a ravagée. L’Usine Nouvelle présente quatre des 250 entreprises et centaines d'artisans d'art, d'architectes et de professionnels qui ont travaillé sur ce chantier herculéen.

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Les cordistes de Jarnias sur le chantier de la cathédrale Notre-Dame
Le spécialiste des travaux en hauteur Jarnias a développé un système de soutien de ses cordistes spécifique au chantier de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

La cathédrale Notre-Dame de Paris doit accueillir sa première messe dimanche 8 décembre, plus de cinq ans après l'incendie qui l’a ravagée, le 15 avril 2019. Au total, quelque 250 entreprises et des centaines d'artisans d'art, d'architectes et de professionnels ont été impliqué dans le chantier de sécurisation et de restauration du monument inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. Présentation de quatre ateliers qui ont œuvré à redresser l'édifice.

Pierrenoël

Retrait des statuts, étaiement et frettage de centaines de mètres carré de murs de pierre… L’entreprise de maçonnerie Pierrenoël a travaillé durant toute la première phase, dite de «sécurisation», du chantier de la cathédrale Notre-Dame de Paris, de 2019 à 2021. Cette première phase a englouti à elle seule des dizaines de palettes de mortier d’1,5 tonne chacune – contre trois à quatre pour les chantiers habituels du spécialiste de la maçonnerie.

Côté recrutement, l’entreprise a également mis les bouchées doubles : d’une quinzaine d’ouvriers avant l’incendie, la société francilienne en compte près d’une trentaine aujourd’hui. En plus d'intérimaires, elle a profité d'un afflux de candidats venus des quatre coins de la France, attirés par le prestigieux chantier. «Notre entreprise compte toujours quatre ou cinq de ces ouvriers venus exprès à Paris pour ce chantier», se réjouit Charlotte d’Aquilante, directrice des opérations de Pierrenoël.

Dopé par le gargantuesque chantier, le chiffre d’affaires de l’entreprise s’est envolé à environ 10 millions d’euros par an, contre 3 à 4 millions d’euros avant le chantier. Château de Versailles, mairie du Xème arrondissement de Paris, préfecture de police… L’entreprise multiplie désormais les chantiers pour maintenir son activité. «Comme tout le monde est occupé sur la phase de reconstruction de la cathédrale Notre-Dame, ça nous laisse de la place sur les autres chantiers», note Charlotte d’Aquilante. L’entreprise se développe également auprès d’entreprises privées, comme la marque de luxe LVMH ou le géant de la construction Vinci.

Le Bras Frères

Basé à Jarny, en Meurthe-et-Moselle, le spécialiste du bois Le Bras Frères intervient à la fois sur des immeubles d’une dizaine d’étage tout en bois, des maisons de retraite, des gymnases ou encore… Sur le château de Versailles et le musée du Louvres. Pour se rapprocher du bouillonnement des chantiers de monuments historiques en Île-de-France, le lorrain a ouvert, en 2020, une antenne de 40 personnes à Chilly-Mazarin, dans l’Essonne. L’entreprise de 300 salariés a réalisé un chiffre d’affaires de 70 millions d’euros en 2023.

Mobilisé depuis 2019 sur le chantier de Notre-Dame, le spécialiste a achevé la fabrication et la pose des 60 mètres de hauteur de charpente de la flèche Viollet-le-Duc. «C’était le travail habituel, mais avec des pièces et des volumes gigantesques», résume Damien Brisson, directeur général de l’entreprise. Au total, le charpentier a taillé dans 800 mètres cubes de chênes livrés par une cinquantaine de camions venus de toute la France – bien loin des 150 m3 habituellement mobilisés par l’entreprise pour un monument historique.

Pour tailler ses 3000 pièces de charpente, son atelier de Briey (Meurthe-et-Moselle) a mobilisé une cinquantaine de compagnons – contre la quinzaine de personnes que compte habituellement le site. Pour mobiliser de tels effectifs, l’entreprise a appelé trois autres ateliers en renfort. «Tout le monde est venu travailler à Briey. C’était comme si nous ne formions qu’une seule boîte», se souvient Damien Brisson. Depuis mai 2022, l’entreprise lorraine travaille sur la fabrication et la pose des couvertures et ornements – dragons, aigles ou encore pinacles – de plomb.

Jarnias

Nacelles, échafaudages et cordistes : l’entreprise Jarnias travaille dans les zones en hauteur les plus difficiles d’accès. Bien que le chantier de Notre-Dame «ne pèse pas lourd» dans l’activité du groupe, «c’est le chantier des innovations techniques», relève Xavier Rodriguez, son PDG. Présente depuis le début du chantier, l’entreprise parisienne démonte notamment l’échafaudage fondu par l’incendie de la cathédrale en 2019. «On intervient alors sur un monstre d’acier fondu sur le point de s’écrouler», se souvient l’ancien cordiste.

Problème : impossible pour les cordistes de s’appuyer ni de poser le pied sur la structure qu’ils doivent démonter. Le bureau d’étude du groupe planche alors sur une myriade de solutions afin de découper le géant de métal morceau par morceau. Les ingénieurs optent finalement pour la pose de deux tours géantes, de chaque côté de l’échafaudage. Des poutres, fixées aux deux tours, forment une sorte de pont au-dessus de l’édifice d’acier fondu. Le tout est alors équipé d’un système de rails permettant de déplacer automatiquement les techniciens accrochés à des cordes.

Mise en place de bâches pour la marque Nike, pose des anneaux olympiques pour les Jeux Olympiques, chantier dans le nucléaire au Qatar… Le groupe de 500 salariés doit clôturer l’année à un peu plus de 60 millions d’euros de chiffre d’affaires, contre 14 millions d’euros en 2020. L’activité du groupe fleurit, profitant de vagues de concentration avec, pêle-mêle sur 2024, l’ouverture d’une filiale en Hauts-de-France, le rachat de Tan en Normandie ou encore d’Altitad à La Réunion.

Fal Industrie

Filiale du groupe de la construction Foselev, l’entreprise de levage Fal industrie possède un parc de 80 grues pour un chiffre d’affaires d’environ 13 millions d’euros et 70 salariés. Basée en Île-de-France, l’entreprise est mobilisée sur les chantiers du Grand Paris Express, pour la construction de nouvelles lignes de métro, et sur le parc d’attractions Disneyland Paris, à Coupvray (Seine-et-Marne), depuis plus d’un an. Elle travaille également sur la construction d’infrastructures routières, notamment des passerelles piétonnes et des ponts autoroutiers.

Présent sur le chantier Notre-Dame la semaine précédant l’incendie – afin de retirer des gargouilles –, l’entreprise est appelée en urgence par la municipalité pour la mise en sécurité du site. Pendant deux ans, ses grues glissent alors échafaudages, étayages et matériel de sécurité à travers le toit troué par l’incendie.

«On était là pour toutes les entreprises travaillant sur place, échafaudeurs comme vitriers ou encore charpentiers», énumère Frédéric Soares, directeur de Fal Industrie. Au plus haut, l’entreprise a mobilisé jusqu’à quatre grues sur place, pour des charges lourdes atteignant une vingtaine de tonnes. Les grues de la filiale ont une capacité de levage atteignant 230 tonnes – le groupe Foselev, lui, atteint une capacité de 750 tonnes.

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