Le charismatique président de Samsung, Kun-hee Lee, est décédé le 25 octobre 2020 à 78 ans dans son lit d’hôpital où il était alité depuis l’attaque cardiaque dont il a été victime en 2014. Il laisse les clés de l’empire à son fils unique, Jae-yong Lee, dans un contexte pour le moins compliqué.
La fusée Samsung Electronics
Kun-hee Lee a succédé à son père fondateur du groupe en 1987. Sous son règne, il parvient à faire de Samsung le premier conglomérat industriel sud-coréen avec près de 20 % du PIB du pays, en faisant passer son chiffre d’affaires de 21 milliards de dollars en 1987 à 300 milliards de dollars en 2013, année où il transmet la direction effective à son fils Jae-yong Lee pour cause de maladie.
Dès le début, il pressent l’opportunité de développement dans l’électronique. Il transforme Samsung Electronics d’une petite société de produits low cost en un géant mondial de l’électronique au top niveau de la qualité, de l’innovation et du marketing, quatre fois numéro un mondial : dans les puces mémoires, dans les écrans plats, dans la télévision et dans les smartphones. Samsung Electronics, la société en charge aujourd'hui des semi-conducteurs, des écrans plats, de l’électronique grand public et des mobiles, a servi de fusée jusqu’à devenir le vaisseau-amiral du conglomérat, rapportant les trois quarts de son chiffre d’affaires.

- 47515.45-2.38
Mars 2026
Cours mensuel de l'étain - settlement$ USD/tonne
- 7.9967+0.13
10 Avril 2026
Yuan chinois (CNY) - quotidien¥ CNY/€
Kun-hee Lee est l’artisan de la diversification et du succès dans les puces mémoires, les écrans plats ou encore les mobiles. En tant que diplômé de l’université de Waseda, à Tokyo, et admirateur de l’ascension du Japon dans l’électronique, il reste fidèle au modèle industriel japonais. Mais pour transformer Samsung Electronics, il n’hésite pas à s’ouvrir en 1993 aux méthodes de management et marketing occidentales à l’œuvre chez General Electric, Motorola, IBM ou Texas Instruments. En 1995, il voit dans la transition de l’électronique de l’analogique vers le numérique l’occasion de battre les groupes japonais Sony, Panasonic, Sharp et autre Toshiba, les rois de l’électronique mondiale à l’époque. Personne ne prend alors le défi au sérieux. Erreur ! Il réussit tous ses paris dans la première moitié des années 2000. Un succès à contrebalancer toutefois par quelques échecs, comme ceux dans les LED, la micro-informatique, l’impression ou encore l’automobile.
Menace chinoise
Le décès du patriarche ne change pas la direction de Samsung. Depuis 2013, c’est Jae-yong Lee qui dirige le groupe en tant que vice-président de Samsung Electronics. La mort de son père ne fait qu’officialiser la succession et conforter son pouvoir. Mais cela arrive dans un contexte particulièrement défavorable. Après avoir été la fusée du conglomérat, Samsung Electronics n’est plus en croissance. Depuis dix ans, il stagne avec un chiffre d’affaires aux alentours de 200 milliards de dollars. Si la concurrence japonaise est définitivement éteinte, une nouvelle plus coriace fait irruption. Elle est chinoise et avance ses pions dans toutes ses activités phares avec le soutien massif de Pékin. Qu’il s’agisse des écrans plats, des puces mémoires, de la télévision, de l’électroménager ou des smartphones, son leadership est partout menacé.
La menace ne se limite pas à l’international. En Corée du Sud, le groupe risque d’être décapité. Jae-yong Lee fait l’objet de deux procès, l’un pour corruption politique, l’autre pour fraudes fiscales et manipulations boursières visant à conforter sa mainmise sur le groupe. Il encourt jusqu’à dix ans de prison. Son père a connu des démêlées avec la justice pour des chefs d’accusations similaires mais jamais la prison. Echaudé par le scandale politique, qui a secoué le pays en 2016, l’opinion publique sud-coréenne réclame des sanctions exemplaires. Jae-yong Lee risque d’en faire les frais, plongeant Samsung Electronics dans un profond état de léthargie qui profiterait aux concurrents chinois. L'ère de conquête de Kun-hee Lee est bel et bien terminée. Celle de son successeur s'annonce comme une ère de défensive. Saura-t-il relever les défis? A voir.



