Le procès de l’héritier de Samsung pour fraudes comptables a débuté en Corée du Sud

Le procès de l’héritier et dirigeant effectif de Samsung, Jae-yong Lee, pour fraudes comptables et manipulations boursières débute à Séoul, en Corée du Sud. Il intervient dans un contexte compliqué où le groupe subit le double impact de la pandémie du Covid-19 et de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine.

 

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Jae-yong Lee
La position de Jae-yong Lee vacille

Samsung plonge à nouveau dans l’incertitude. Le procès de son héritier et dirigeant effectif, Jae-yong Lee, a débuté le jeudi 22 octobre 2020 au tribunal du district central de Séoul, en Corée du Sud, rapporte le journal le Nikkei Asian Review. Il est accusé de fraudes comptables et manipulations boursières ayant favorisé sa mainmise sur le premier conglomérat industriel sud-coréen qui représente 20 % du PIB du pays.

190 000 pages de chefs d'accusation

Officiellement, Jae-yong Lee, 52 ans, n’est que vice-président et administrateur de Samsung Electronics, le vaisseau-amiral du conglomérat en charge de l’électronique grand public, des mobiles, des semi-conducteurs et des écrans plats. Mais c’est lui qui exerce la réalité du pouvoir dans l’ombre de son père, Kun-hee Lee, alité depuis sa crise cardiaque en 2014. Il est également soupçonné d’avoir versé dans l’immense scandale de corruption politique qui a secoué la Corée du Sud en 2016 et coûté à la présidente de la République d’alors, Geun-hye Park, son poste. Ces dernières accusations lui ont déjà valu un an de prison avant d’être libéré en février 2018.

Les procureurs du tribunal du district central de Séoul lui reprochent d’avoir manipulé les cours des actions de Samsung C&T et de Cheil Industries, deux sociétés du groupe en charge l’une du BTP, l’autre de l’habillement, lors de leur fusion en 2015. Ils l’accusent également d’avoir approuvé des fraudes comptables chez Samsung Biologics, une filiale pharmaceutique de Samsung. Le tout dans le même but : renforcer son emprise sur le conglomérat. Les chefs d’accusation sont détaillés dans des documents de 190 000 pages ! En plus d’une lourde amende, il encourt jusqu’à 10 ans de prison.

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Double tranchant de l'embargo US contre Huawei

C’est dire la gravité des menaces qui planent au-dessus de Samsung Electronics. Ce procès intervient alors que le groupe, quatre fois numéro un mondial (télévision, smartphones, puces mémoires et écrans Oled), affronte un contexte pour le moins compliqué. La pandémie du Covid-19 a fait fondre ses ventes de smartphones, téléviseurs et autres appareils ménagers. Dans le même temps, il est affecté par l’escalade de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. L’embargo américain contre Huawei s'avère à double tranchant. S'il lui offre des opportunités de développement dans les smartphones, il le prive aussi d’une importante source de revenu puisqu’il ne peut plus, depuis le 15 septembre 2020, fournir au grand équipementier chinois des télécoms ses puces, écrans plats et autres composants.

Alors qu’il se présente comme une galaxie d’une soixantaine de sociétés, l’empire Samsung se caractérise par un management extrêmement centralisé, où les décisions les plus importantes comme les investissements stratégiques, les diversifications ou les acquisitions se prennent par le chef suprême. Si Jae-yong Lee venait à être emprisonné, cela plongerait Samsung Electronics dans un profond état de léthargie. Ce qui profiterait à la horde de concurrents chinois qui veulent sa peau : TCL, Hisense et Skyworth dans la télévision ; Huawei, Xiaomi, Oppo et Vivo dans les mobiles ; BOE et CSOT dans les écrans Oled ; CXMT et Tsinghua Unigroup dans les puces mémoires.

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