À l’entrée de Gerzat, au nord de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), l’usine bleu et blanc de Luxfer se dresse encore derrière la rangée de sapins longeant la rivière Bédat. Le portail métallique du site – racheté à Pechiney par le groupe anglo-américain en 2001 – est pourtant bien scellé. En juin, cela fera trois ans que ses 136 salariés auront été licenciés, bien que l’activité fût rentable. La réorganisation de Luxfer au profit de ses sites en Angleterre et aux États-Unis a privé l’Europe continentale de son dernier fabricant de corps creux en alliage d’aluminium.
Des bouteilles à usage médical, notamment. Difficile à avaler en pleine crise sanitaire. Inextricable, aussi, face au rejet par Luxfer de potentiels repreneurs. Pour les anciens du groupe, l’avenir s’écrit en amont du Bédat, à Cébazat. L’industriel landais Europlasma va y bâtir une usine 4.0 pour reprendre la production de bouteilles en 2025. Montant du projet : 100 millions d’euros, financés majoritairement par l’État et les collectivités. La nouvelle filiale, les Forges de Gerzat, emploie déjà sept ex-Luxfer.
De fortes attentes vis-à-vis de l’État
La loi de simplification de l’action publique de 2020 est nettement insuffisante. Il nous faut une vraie loi Asap, mais cela pose la question des moyens mis dans l’administration.
— Adrien Ducroux, ex-Luxfer, salarié des Forges de Gerzat
Le projet est symbolique des enjeux de réindustrialisation du pays. Trouver un terrain de 11 hectares n’a pas été une mince affaire. « Il y a un gros problème de foncier pour réindustrialiser la France. Sur notre territoire, nous ne pouvons pas fournir 20 hectares à un industriel qui en aurait besoin rapidement », regrette Henri Gisselbrecht, le vice-président chargé du développement et de l’attractivité économiques de Clermont Métropole. L’élu, non inscrit, attribue cette difficulté aux « injonctions contradictoires de l’État », entre réindustrialisation d’un côté et objectif de « zéro artificialisation nette » d’ici à 2050 de l’autre. À Gerzat, la municipalité ne privilégie pas un avenir industriel pour le site de Luxfer, préférant préserver les habitants des nuisances.
Ex-Luxfer et désormais salariés des Forges de Gerzat, Axel Peronczyk et Adrien Ducroux évoquent, eux, deux défis. D’abord le besoin de constance dans leur relation avec l’État à l’approche de la présidentielle. « J’espère qu’on ne va pas changer d’interlocuteur à la délégation interministérielle aux restructurations d’entreprises », indique Axel Peronczyk. Puis le souci des longues procédures administratives. Pour Adrien Ducroux, la loi d’accélération et de simplification de l’action publique (Asap) de 2020 est « nettement insuffisante » car elle ne permet pas un gain de temps significatif pour les Forges de Gerzat. « Il nous faut une vraie loi Asap, mais cela pose la question des moyens mis dans l’administration », estime-t-il.
Le sujet est crucial. Les délais sont un obstacle pour préserver les compétences sur le territoire. Europlasma espère reprendre au moins 70 ex-Luxfer. Ils sont déjà plus d’une trentaine à avoir retrouvé un CDI et une dizaine est partie à la retraite. Pour Henri Gisselbrecht, ce dossier démontre le besoin d’autonomie financière de la métropole : « Les Forges de Gerzat représentent près de la moitié de notre budget annuel d’investissements. Nous ne pourrions pas suivre dix dossiers de ce type. » Sans ces fonds publics, Europlasma n’aurait de son côté « pas tenu » seul le projet. De quoi nourrir la réflexion du futur gouvernement.



