C’est un biais politique bien français. Les questions nucléaires prennent tellement de place dans le débat climatique, que la question des énergies renouvelables est reléguée au second plan dans les programmes énergétiques des candidats à la présidentielle 2022. Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, l’idée qu’il va falloir développer massivement tous les types d’énergies électriques bas carbone, nucléaire, hydraulique, solaire et éolien voire hydrogène vert, fait pourtant consensus auprès de tous les experts et des énergéticiens.
Las, le sujet éolien terrestre est devenu tellement clivant en France, sous la poussée des pro-nucléaires, que les politiques se limitent au mieux à donner des objectifs de développement de renouvelables au pire à vouloir s’en débarrasser. Rares sont ceux qui osent pas s’attaquer au problème d’acceptabilité des renouvelables, ni d’ailleurs au fonds du problème qu’ils posent : Comment rendre la transition énergétique désirable et faire comprendre et accepter que les infrastructures industrielles pour produire l’énergie, aujourd’hui concentrées principalement dans 18 centrales nucléaires, assez discrètes, et quelques raffineries près des principaux ports commerciaux, vont être de plus en plus visibles dans tous les territoires, à mesure que les parcs éoliens et solaires, mais aussi les unités de méthanisation et de production d’hydrogène, vont se multiplier.
Un sujet éclipsé par le nucléaire
Marine Le Pen, qui voit dans l’éolien "une filière inutile", veut carrément supprimer les subventions accordées aux énergies renouvelables intermittentes comme l’éolien ou le solaire. Valérie Pécresse, elle, veut développer de vraies filières d’énergies renouvelables et souhaite qu’aucun projet éolien ne se fasse "sans accord des populations". De son côté, Jean-Luc Mélenchon, qui veut atteindre 100 % d’énergies renouvelables en 2050, propose de miser sur la réduction des consommations via la sobriété énergétique, alimentaire et industrielle et l’efficacité énergétique dans les transports et le bâtiment. Il veut planifier la montée en puissance des renouvelables (x15 pour le solaire et x2 pour l’éolien) mais mise beaucoup sur les énergies marines. Éric Zemmour propose lui de mettre fin à "tous les projets éoliens actuels et futurs" et d'investir dans l’hydroélectricité. Quand le candidat écologiste, Yannick Jadot, qui vise lui aussi 100 % d’électricité renouvelable, veut nationaliser EDF et développer les communautés d’énergies citoyenne et renouvelable pour que chaque territoire ait au moins un projet impliquant la population de façon coopérative dans la production d’énergie renouvelable.

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Réduire les délais de l'éolien et du solaire...
Quant au président-candidat Emmanuel Macron, il propose carrément une loi d’exception, calquée sur celle votée pour les accélérer les travaux des Jeux olympiques de 2024, afin de booster les énergies renouvelables. «Face à la lenteur de nos délais, il faut prendre des lois d’exception sur certains sujets, comme les renouvelables ou le logement sur certains territoires», a expliqué le président-candidat lors d’une conférence de presse le 17 mars à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Le rapport qu’il a commandé à RTE pour justifier un nouveau plan nucléaire en France, lui a en effet fait prendre conscience qu’il faudrait aussi construire beaucoup de capacités de production renouvelables et très vite. Le parc nucléaire historique d’EDF produit de moins en moins, et le premier nouveau réacteur n’entrerait pas en service avant 2037. Et malgré les groupes de travail sur l’éolien et le solaire organisés depuis 2018 par le ministère de la Transition écologique, quel qu’en soit le ou la ministre, pour lever les freins à leur déploiement, les résistances restent très fortes. À tel point que le Premier ministre, Jean Castex, a saisi le Conseil économique, social et environnemental (Cese) en octobre 2021 sur l’acceptabilité des nouvelles infrastructures de la transition énergétique.
... sans traiter la question de l'acceptabilité...
Le Cese a rendu sa copie le 23 mars. Son avis avance 23 préconisations pour une transition choisie et non subie. Selon lui, les contestations locales sont autant le fruit d’un "manque de coordination et de territorialisation" de ces infrastructures très visibles et qui modifient l’équilibre d’un territoire et son paysage, que d’un "sentiment d’injustice" entre des centres urbains et zones rurales sur fond "de flou dans la compréhension des enjeux de la transition énergétique", sur la "légitimité des projets d’EnR" et la "répartition équitable des efforts et des retombées", explique le Cese.
Il recommande donc de planifier davantage le développement des EnR en amplifiant le rôle de stratège et planificateur de l’État via un programme national d’aménagement du territoire, garantissant l’intérêt général et la dimension de service public des EnR. Il recommande aussi et surtout d’organiser un grand débat public national sur le sujet, en abordant concrètement le récit global de la transition énergétique et les évolutions possibles des modes de vie. «Tant que l’on ne pourra pas opposer que c’est un choix de la nation, on sera obligé de passer par une adhésion individuelle», expliquent les rapporteurs de l’avis Claire Bordenave (groupe CGT) et Nicolas Richard (groupe environnement et nature).
... ferait perdre du temps au lieu d'en gagner
Une loi d’exception, votée dès l’été 2022 si Emmanuel Macron est réélu, ne laisserait pas le temps du débat et de l’appropriation des enjeux, même si une concertation est déjà en cours pour préparer la nouvelle stratégie nationale énergie climat (SFEC). Elle risquerait aussi d’éclipser le débat parlementaire qui doit précéder l’adoption de la première loi quinquennale énergie climat en 2023, instaurée dans la loi Énergie climat de novembre 2019, et donner encore le sentiment, que tout est décidé d'en haut. «La loi d’exception ferait gagner du temps maintenant pour en perdre ensuite, prévient Nicolas Richard. C’est l’expérience que l’on a des ordonnances de 2016. Aucune n’a amené des solutions. Nous, nous proposons de prendre du temps pour en gagner ensuite. Il vaut mieux 2 à 3 ans de concertations pour aller plus vite ensuite.» Chez EDF renouvelable aussi on est prudent. Le terme "exception" fait plus peur qu’il ne rassure. La guerre en Ukraine, qui oblige les gouvernements européens à trouver vite des alternatives aux fossiles russes, pourrait néanmoins changer la donne dans l’opinion publique… et le discours des candidats.



