Des petits droïdes de livraison, des navettes autonomes et des voitures bardées de capteurs. Derrière cette flotte hétéroclite : les seize acteurs du projet 5G Open Road. Mi-novembre, les membres du consortium se sont réunis au grand complet pour une journée de démonstrations au Technocentre de Bouygues Telecom à Meudon-la-Forêt (Hauts-de-Seine). Une fois n’est pas coutume, les équipes de Renault et Stellantis apparaissaient côte-à-côte pour défendre leurs travaux communs dans la 5G.
Les deux constructeurs ont présenté un cas d’usage autour de la recherche collaborative de places de parking. Une technologie qui pourrait aider à réduire la pollution urbaine. «Dans les villes, 30% des véhicules en circulation cherchent une place de stationnement», estime Benoît Torloting, directeur général de Bouygues Telecom.
On chasse mieux les places de parking en meute
Des véhicules de Renault, Stellantis et Valeo ont été mobilisés pour le test. Les équipes du projet veulent ainsi montrer que le service peut fonctionner malgré la diversité de capteurs et de véhicules. La Mégane de Renault et le prototype de Valeo scrutent les places libres grâce à des capteurs ultrasons. Le véhicule de Stellantis s’appuie quant à lui sur des caméras embarquées.
À bord de la Mégane, une ingénieure explique le fonctionnement du système. «Nous avons ajouté au véhicule un module de perception qui reçoit les données des capteurs ultrasons et détecte des points d’espace libre. Ensuite, cette information est envoyée à un module de communication pour la traduire dans un message standardisé», décrit Shagdar Oyunchimeg, cheffe de projet innovation connectivité chez Renault. Une fois standardisé, le message est envoyé à une plateforme cloud développée par Capgemini. La plateforme agrège les données reçues des différents véhicules et détermine si les espaces libres détectés représentent effectivement des places de parking.
dB Media Le cadre vert représente un espace libre repéré par les capteurs du véhicule. Crédit : dB Media
«Le but est de proposer ce service à des municipalités», expose Sophie de Lambert, ingénieure spécialisée dans les systèmes d’aide à la conduite chez Valeo. En agrégeant un grand volume de données, la plateforme de Capgemini pourrait déterminer des probabilités de places libres dans certaines zones urbaines. «Grâce à la 5G, la plateforme pourrait fonctionner en temps réel, mais la durée de vie d’une place de parking en ville est quand même relativement faible», complète Sophie de Lambert.
Assurer la communication entre véhicules et infrastructures
En matière de logiciel, les plateformes technologiques des constructeurs diffèrent. Stellantis travaille étroitement avec Amazon tandis que Renault s’est plutôt rapproché de Google. Cela n’empêche pas Stellantis de plaider pour des interfaces agnostiques qui permettront d’assurer la communication entre les véhicules et les infrastructures. On parle aussi de technologie V2X, pour «vehicle-to-everything».
«Nous avons intérêt à ce que l’ensemble de l’écosystème des constructeurs utilise le même standard pour pouvoir démocratiser les services de connectivité et avoir une couverture suffisante, plaide El Khamis Kadiri, responsable innovation véhicule connecté chez Stellantis. Ensuite, chacun aura sa stratégie de déploiement et pourra bâtir le modèle commercial qu’il souhaite.»
L’ingénieur souligne aussi l’intérêt de mutualiser les investissements dans des infrastructures connectées. «Si nous blindons le véhicule de capteurs, le coût du produit risque de devenir discriminant. Nous allons étudier ce qu’il faut embarquer dans le véhicule et ce qui doit être géré par l’infrastructure, de façon à réduire le coût final pour le client», explique-t-il.
Une approche «raisonnable» du véhicule autonome
Les acteurs du projet 5G Open Road disent avoir identifié 70 cas d’usage pour la 5G dans l’automobile. Après la recherche collaborative de places de parking, les entreprises vont tester en 2023 des applications de carrefours intelligents. «Notre objectif final est de montrer que la 5G apporte des cas d’usage rentables», rappelle Tony Jaux, responsable du programme véhicule connecté à la Plateforme automobile (PFA).
Les acteurs du projet 5G Open Road ne comptent pas rester cloîtrés dans des routes fermées aux autres véhicules. Début décembre, les start-up Goggo Network et Milla ont d’ailleurs lancé avec Carrefour un service de livraison robotisé.
Devant ces expérimentations, la voiture autonome de niveau 5 paraît encore loin, mais Tony Jaux souligne les perspectives ouvertes par le nouveau standard de communication. «La 5G va permettre de téléopérer des véhicules. Cela permettrait de sortir les véhicules autonomes de situations qu’ils ne savent pas gérer par eux mêmes», illustre le responsable. «Nous serons capables, dès 2025, de mettre des objets mobiles autonomes sur la route mais avec des domaines protégés. Il faut être raisonnable. Année après année, nous pourrons étendre le domaine de ces différents objets», ajoute Tony Jaux.



