Certains constructeurs automobiles ont déjà introduit la 5G dans leurs usines. Mais la révolution promise se fait encore attendre dans les voitures. Le 20 avril, pas moins de 16 entreprises* ont annoncé la signature d’un accord de coopération autour du projet « 5G Open Road ». On retrouve parmi eux des groupes automobiles (Renault, Stellantis, Valeo…) et des spécialistes des télécommunications (Bouygues Telecom, Nokia…). Ensemble, ces industriels vont expérimenter sur routes ouvertes les usages du nouveau standard des communications mobiles. Près de 90 millions d’euros vont être investis dans le programme qui va durer jusqu’en 2024.
Comment justifier l’installation de modems 5G dans les voitures ? Cette interrogation fut le point de départ du projet. Entre un modem 4G et un modem 5G, l’écart de coût peut se chiffrer en plusieurs dizaines d’euros. Une somme colossale dans une industrie de masse comme l’automobile. « Nous cherchons à tester de vrais cas d’usage pour voir à quel point c’est rentable », introduit Tony Jaux, coordinateur du projet et responsable du programme véhicule connecté à la Plateforme automobile (PFA).
Navettes autonomes aux carrefours intelligents
Une multitude de tests sont prévus. Deux services de navette autonome vont être déployés à partir de l’automne 2022 à Vélizy (Yvelines), pour transporter des salariés de Stellantis, et sur le campus de Saclay (Essonne). « Aujourd’hui, les navettes autonomes ont deux inconvénients. Elles vont à vitesse réduite, ce qui perturbe la circulation, et elles ont un opérateur à bord, ce qui coûte cher », estime Tony Jaux. Deux problèmes que la 5G doit permettre de résoudre, puisqu’elle améliore la performance des capteurs embarqués et qu’elle rend possible la téléopération des véhicules.
Autre expérimentation au programme : un service de livraison sur le campus de Polytechnique et de CentraleSupélec grâce aux droïdes de la start-up Twinswheel. « La 5G va donner la possibilité de gérer un parc beaucoup plus important de droïdes au même instant », promet Tony Jaux.
Les entreprises vont également mettre en place des carrefours intelligents en connectant les véhicules à des équipements de bord de route de Lacroix city. « On peut gérer la fluidité du trafic pour diminuer les émissions de CO2, soit avec des feux de circulation contrôlés, soit en communiquant de l’information aux véhicules en temps réel », développe Tony Jaux. Sur des intersections dangereuses, ces systèmes permettraient aussi de mieux détecter les personnes vulnérables dans des angles morts.
Composer avec le découpage du réseau 5G
« Équiper la voiture, ce n’est pas le plus compliqué. Cela coûte de l’argent, mais on y arrive », estime Tony Jaux. L’ingénieur mentionne en revanche des défis importants sur la connexion des véhicules. « La couverture ne sera pas parfaite. Nous devons être capables de déterminer la fiabilité du message que le véhicule reçoit », insiste le coordinateur.
Tony Jaux souligne un autre sujet épineux : le découpage de réseau, ou « network slicing ». Cette caractéristique de la 5G permet d’attribuer des tranches de bandes passantes à différents types d’usage. « Il faut s’assurer que ces slices couvrent tous les réseaux des différents opérateurs. Un véhicule couvert par Bouygues peut arriver sur le mauvais slice chez Orange. C’est un problème que nous ne savons pas encore adresser », souligne le coordinateur.
Encore peuplées d’êtres humains, nos routes représentent des terrains parfois inhospitaliers pour les voitures autonomes. Les calculateurs des véhicules doivent composer avec les incivilités et les infractions au code de la route des autres usagers. « La 5G permet de mieux anticiper et de téléopérer lorsqu’il se passe quelque chose d’inattendu auquel le système ne sait pas encore réagir. Nous allons justement essayer de voir jusqu’où nous arrivons à rendre nos services », projette Tony Jaux.
Un modèle économique à trouver
Ces cas d’usage représentent-ils l’avenir du secteur automobile ? Tony Jaux, qui travaille également chez Stellantis, reste pragmatique. « Nous devons trouver des modèles économiques. Sinon personne ne paiera pour mettre en place des infrastructures. Nous sommes de moins en moins sûrs qu’il y ait une application phare. Par contre, la 5G va rendre tout un ensemble d’applications beaucoup plus intéressantes », analyse-t-il.
Les expériences du projet 5G Open Road doivent permettre de mieux définir ces modèles économiques. « Un point important est d’identifier la répartition des coûts entre l’infrastructure et l’automobile. C’est-à-dire : est-ce que nous mettons plus d’intelligence dans la voiture ou dans l’infrastructure ? », soulève Tony Jaux. Selon le coordinateur, le casting du projet 5G Open Road montre en tout cas que l’automobile devra s’ouvrir à d’autres acteurs avec la révolution du véhicule connecté.
*Bouygues Telecom, Capgemini, Cerema, Goggo Network, Lacroix city, MILLA GROUP, Montimage, Nokia, Renault, Smile, Stellantis, Systematic, TwinswHeel, UTAC et Valeo.



