Les navettes qui roulent au pas et s’arrêtent au moindre mouvement ne représentent pas l’avenir du transport autonome. Du moins à en croire Transdev. « Je crois aux véhicules autonomes capables de rouler à 50 km/h avec des technologies comme celles de Mobileye, prévient Thierry Mallet, président-directeur général de Transdev. Au départ, on voulait développer notre propre technologie en interne. Or les "joueurs" américains et chinois dépensent beaucoup d’argent et nous ne pouvons pas investir des centaines de millions d’euros. On misait sur un consortium européen, mais cela ne s’est pas fait. Nous nous appuierons à l’avenir sur les solutions existantes sur le marché, notamment américaines. »
Toutefois, le patron de l’entreprise française sait bien que des bus qui rouleront sans conducteur dans les villes demanderont encore quelques années pour passer le stade expérimental. Il évoque le long terme, mais il y voit surtout un avantage. « Dans le futur, on pourra se passer des chauffeurs, ou du moins limiter leur nombre. Ils deviendront superviseurs », anticipe-t-il. Une solution pour répondre à la pénurie de chauffeurs... Qui risque de ne pas être accueillie avec enthousiasme dans les dépôts de bus.
Résultats en demi-teinte
En attendant cette révolution, le groupe Transdev a présenté des résultats en demi-teinte. Si l’activité est repartie en 2021, le rythme a été moins rapide que chez certains de ses concurrents. Le résultat net est resté négatif à -162 millions d’euros, notamment en raison de la dépréciation d’actifs, sans quoi il serait légèrement positif (+33 millions d'euros). Le chiffre d’affaires s’élève à 7 milliards d’euros, en croissance de 3,8%. L’endettement a baissé de 92 millions d’euros, à un total de 1,2 milliard d'euros. Une croissance tirée par une activité plus soutenue dans certains pays, comme la France et la Suède. L’entreprise a également remporté des contrats importants à l’international (Australie, Suède, Etats-Unis, Colombie, Nouvelle-Zélande,...) et en France, avec le premier contrat emblématique depuis l’ouverture des TER à la concurrence en région PACA. Transdev a toutefois réaffirmé ne pas être candidat sur le projet du Grand Paris Express.
1 400 bus électriques
Dans le même temps, le transporteur continue à avancer dans la transition écologique, avec 1 400 bus électriques en exploitation d’ici à 15 jours. 400 bus électriques vont entrer en service à Bogota (Colombie). « Il y a une accélération très nette du déploiement, qui a profité de la hausse du prix du gazole et du gaz. Nous aurons aussi 50 bus hydrogène en fin d’année, mais le modèle économique n’existe pas encore, contrairement à l’électrique », précise Thierry Mallet, qui s’inquiète de la hausse des prix des énergies en 2022. Sur les deux premiers mois de l’année, cela a engendré pour l’entreprise une hausse des coûts de 15 millions d’euros. « Pour les perspectives 2022, j’étais plutôt confiant sur l’adaptation de notre offre, explique le patron de Transdev. Mais ma plus grande inquiétude vient de la hausse du prix de l’énergie, qui pourrait gommer tout le positif de la sortie du Covid-19 et remettre en cause à terme la transition énergétique. Les véhicules au gaz sont parfois à l’arrêt. »
L'objectif pour Transdev est désormais de renouer avec la fréquentation d’avant-crise. Elle avait baissé de 44% en 2020, par rapport à 2019. En 2021, la baisse par rapport à cette année de référence n’était plus que de 21%, avec un niveau de service en diminution de 13%. L’impact est estimé à -301 millions d’euros de chiffre d’affaires, et 64 millions d’euros sur le résultat opérationnel, malgré le soutien public en France. Chez Transdev, on est bien conscient qu’on ne reviendra pas de sitôt aux chiffres de fréquentation de 2019. En France, dans les centres-villes, le télétravail et de développement des mobilités douces sont un frein. Mais il existe un potentiel important en périphérie.



