Pourquoi les Rafale vendus à la Grèce ne vont pas entraîner une hausse des cadences de production de l’usine de Dassault Aviation

En déplacement à Athènes, la ministre française des Armées Florence Parly a assisté à la signature du contrat pour la vente de 18 Rafale à la Grèce. Malgré cette commande, l’usine de Dassault Aviation ne devrait pas augmenter ses cadences de production. Voici pourquoi.

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© Dassault Aviation - A. Pecchi     /     © Dassault Aviation - A. Pecchi
Les livraisons de Rafale pour l'armée de l'Air hellénique débuteront à partir de juillet.

C’est officiel. La Grèce a officiellement a acheté 18 Rafale à la France pour un montant de 2,5 milliards d’euros. A Athènes, en présence de Florence Parly, ministre française des Armées, Eric Trappier, le PDG de Dassault Aviation et le directeur général de l’armement du ministère de la Défense grec Theodoros Lagios ont signé lundi 25 janvier un contrat relatif à l’acquisition de 18 appareils pour l’Armée de l’Air hellénique.

L’accord global prévoit également la livraison des missiles (Scalp, Mica, Météor…), la formation des pilotes grecs et un service de soutien logistique d’une durée de quatre ans et demi.

Démarrage des livraisons en juillet 

Si les négociations entre Paris et Athènes ont été rapides, les livraisons devront l’être également. Du fait des tensions avec son voisin turc, l’armée hellénique a souhaité bénéficier de ces appareils le plus rapidement possible. Toutefois cela ne sera pas rendu possible grâce à une augmentation de cadences de production mais grâce à des appareils déjà disponibles : l’Armée de l’Air française fournira douze de ses appareils récemment entrés en service avec la garantie qu’ils seront remplacés par des appareils neufs. Cela permettra de livrer les six premiers appareils aux forces grecques à partir de juillet 2021 et les douze autres (dont les six avions neufs) sur une durée de deux ans. Pour rappel, en temps normal, entre la commande et la livraison au client, il faut trois ans pour fabriquer un Rafale. L’industriel a toujours soutenu que ces délais étaient difficilement compressibles.

Un trou de production au-delà de 2025

Quel sera l’impact pour l’usine de Dassault Aviation située à Mérignac, en Gironde ? Aujourd’hui pour répondre à ses clients exports (Inde et Qatar), l’usine fabrique pratiquement deux avions par mois. Paradoxalement, il n’est pas prévu que cette cadence augmente malgré ce nouveau contrat qui va amener à produire 18 appareils supplémentaires: six avions neufs pour les forces grecques et douze neufs pour remplacer ceux qui seront prélevés aux forces françaises. Dassault Aviation a privilégié de lisser son activité afin d’éviter tout risque d'interruption de la chaîne de production de Mérignac.

Une partie de ces avions supplémentaires permettront ainsi de combler un « trou de production » entre 2025 et 2027, période pendant laquelle aucune livraison n’était prévue. Une fois les commandes exports livrées, le calendrier de production prévoit en effet de livrer les forces françaises en deux tranches : 28 appareils entre fin 2022 et fin 2024 (au titre de la tranche 4), 12 appareils en 2025 (ceux qui remplaceront les 12 appareils prélevés au profit du client grec) et 30 appareils entre 2027 et 2030 (au titre de la tranche 5).

Bientôt d'autres contrats ?

Il n’en reste pas moins que ce contrat est une bonne nouvelle pour l’ensemble de la supply chain de Dassault Aviation, qui mobilise 7 000 salariés et 500 entreprises qui voient leur activité confortée.

Il n’est pas exclu toutefois que l’industriel n’augmente pas dans le futur ses cadences de production. Dassault Aviation est engagé dans de nombreuses compétitions. Fin 2020, la ministre des Armées avait révélé que des négociations avec l'Indonésie étaient bien engagées. Toujours en Asie, Dassault Aviation espère dépasser la commande initiale de 36 Rafale en Inde. L’Armée de l’Air et la marine indiennes devraient commander près de 160 appareils dans l’avenir et leur seul fournisseur local pourrait ne pas suffire. 

Enfin, après la Grèce, l’Europe pourrait encore sourire à Dassault Aviation. La Finlande et la Suisse doivent renouveler leur flotte d’avions de combat et designer cette année leur fournisseur. La Croatie a également annoncé son intention de louer des appareils sur le modèle grec.

Si Dassault Aviation décrochait un ou plusieurs de ces contrats, il devrait alors certainement envisager des hausses de cadences pour son usine de Mérignac. Cela nécessiterait forcément une montée en puissance de sa supply chain pour pouvoir produire 22 avions par an (cadence 2) voire 33 avions par an (cadence 3). Pas de quoi effrayer toutefois l’avionneur. Au début des années 80, en pleine guerre froide, Dassault Aviation produisait de l’ordre de 200 appareils par an. Une autre époque.

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