Daher a appliqué la bonne méthode pour mener son PSE », résume Agnès Pannier-Runacher, la ministre déléguée à l’Industrie. Le scénario du pire a en effet été évité. Alors que près de 1 261 postes étaient menacés dans le cadre du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) lancé en juin par le groupe, 643 postes seront supprimés. Soit 618 postes sauvés. Alors que les PSE se comptent par dizaines dans le secteur aéronautique pour cause d’effondrement du trafic aérien, sur fond de pandémie mondiale de Covid-19, l’État fait de Daher un exemple à suivre. Fait rare : début novembre, les cinq organisations syndicales du groupe ont signé deux accords, l’un concernant les mesures d’accompagnement du PSE, l’autre le dispositif d’activité partielle de longue durée (APLD). Si elles sont contre les licenciements, elles n’en ont pas moins validé à l’unanimité la manière dont le groupe allait tâcher de limiter la casse sociale.
"Nous avons travaillé en concertation avec le groupe pour qu’il utilise au mieux les mesures du plan de relance de la filière aéronautique afin de préserver au maximum les savoir-faire et les emplois car ils seront nécessaires lorsque la croissance sera de retour, fait savoir Agnès Pannier-Runacher. Nous n’interférons évidemment pas dans les discussions entre la direction et les organisations syndicales. Mais nous avons assuré un accompagnement permanent pour donner un maximum de visibilité aux dispositifs auxquels ils pouvaient recourir." Et de préciser que les PME du secteur en situation de fragilité vont devoir, comme Daher, se saisir des nombreuses mais complexes mesures de soutien. Malgré le prêt garanti par l’État de 170 millions d’euros, obtenu en juin, et les aménagements accordés par ses partenaires financiers, Daher a dû procéder, à l’instar des autres acteurs du secteur, à une réduction massive d’effectif.
Le groupe familial a été l’un des tout premiers, avant Airbus, dès juin, à annoncer le lancement d’un PSE. Il aura fallu environ cinq mois de négociations tous azimuts pour en définir les contours. Le PSE a été envoyé le 12 novembre à la Direccte pour validation. Dans le détail, les premières notifications de licenciement débuteront à la fin janvier 2021 et s’étaleront sur deux ans, jusqu’à la fin 2022. "Nous nous sommes efforcés de trouver des solutions pour chacun de nos salariés", assure Didier Kayat, le directeur général de Daher. La direction a multiplié les contacts, au niveau des ministères (Économie, Travail, Armées…), mais également des acteurs comme les conseils régionaux d’Occitanie et des Pays de la Loire, mais aussi la Direccte de l’Essonne, pour trouver des solutions à l’échelon local.
Unanimité syndicale
"L’issue des négociations redit l’intérêt d’une intersyndicale alignée, souligne Agnès Pannier-Runacher. Dans un tel contexte, les bonnes pratiques naissent d’un dialogue social de qualité entre les directions et les organisations syndicales. Les organisations syndicales ont mené un dialogue social exigeant centré sur la recherche de solutions pour chaque salarié." Une entente confirmée par Michel Canovas, le secrétaire du comité social et économique central de Daher Aerospace. "Que les cinq organisations syndicales signent les accords à l’unanimité, c’est vraiment exceptionnel, reconnaît-il. Il y a une culture du dialogue social chez Daher, personne ne se bloque dans une position politique ou dogmatique." Les négociations avec la direction n’en ont pas moins été âpres, conduisant à des concessions de toutes parts. Mais ont abouti à des résultats "au-delà de ce qui est seulement légal", assure Michel Canovas. Par exemple, la durée permettant de réembaucher un salarié parti de l’entreprise a été étendue à vingt-quatre mois au lieu des douze réglementaires.
Vente du site de Saint-Julien-de-Chédon
Un cas exemplaire qui ne doit pas faire oublier le point noir de ce PSE : la cession du site historique de Saint-Julien-de-Chédon (Loir-et-Cher), employant environ 300 personnes, rejetée par les organisations syndicales. "Sur ce point, nous n’avons pas obtenu gain de cause, admet Michel Canovas. La plaie va mettre du temps à cicatriser." Pour autant, là encore, Daher a tenté d’en limiter l’impact social en se donnant deux ans pour trouver un repreneur. "Il faut souligner que la direction a pris le temps de ce dialogue et a anticipé les difficultés les plus importantes, souligne Agnès Pannier-Runacher. Pour le site de Saint-Julien-de-Chédon, le groupe a donné du temps pour trouver un repreneur, ce qui est la seule manière de travailler sérieusement sur une reprise." Une critique à peine voilée du cas de Bridgestone à Béthune (Pas-de-Calais). Pour les pouvoirs publics, l’entreprise japonaise n’a pas assez mouillé la chemise pour trouver un repreneur.
Pour le dirigeant de Daher, qui fait de la rapidité d’exécution du PSE une priorité pour assurer le rebond du groupe, l’après est déjà anticipé. "En matière de consolidation, je répète que Daher se met en position d’être un consolidateur, malgré les pertes que nous allons enregistrer cette année, soutient Didier Kayat. Nous devrons pour cela augmenter notre capital en 2021 ou en 2022 en accueillant de nouveaux investisseurs. J’ai prévenu nos actionnaires de cette nécessité et du fait que cela allait diluer leur participation. Ils l’ont très bien compris. Si un fonds s’engage sur la durée, autrement dit sur une période de sept à dix ans, nous serons prêts à discuter." Daher vacille, mais se projette dans l’avenir.



