Pour l’Etat, le PSE réduit grâce au dialogue social de Daher est un cas d'école

Daher va supprimer 643 postes dans le cadre de son plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), contre 1261 initialement prévus. Un résultat salué par Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance, qui y voit un modèle du genre.

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Fabrication d'avion chez Daher [BIG]
Grâce au bon dialogue social, Daher va éviter 618 suppressions de postes sur les 1261 initialement prévues.

"Daher a appliqué la bonne méthode pour mener son PSE", confie à L’Usine Nouvelle Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance. Pour Daher, le scénario du pire a en effet été évité. Près de 1300 postes étaient menacés dans le cadre du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) lancé en juin dernier par le groupe, mais 643 postes seront au final supprimés. Soit 618 postes sauvés. Alors que les PSE se multiplient par dizaine dans le secteur aéronautique pour cause d’effondrement du trafic aérien, sur fond de pandémie mondiale de Covid-19, l’Etat fait de Daher un bon exemple à suivre.

"Nous avons travaillé en concertation avec Daher pour qu’ils utilisent au mieux les mesures du plan de relance de la filière aéronautique pour préserver au maximum les savoir-faire et les emplois car ils seront nécessaires lorsque la croissance sera de retour, fait savoir Agnès Pannier-Runacher. Nous n’interférons évidemment pas dans les discussions entre la direction et les organisations syndicales. Mais nous avons assuré un accompagnement permanent pour donner un maximum de visibilité sur les dispositifs auxquels ils pouvaient recourir." Et de préciser que les PME du secteur en situation de fragilité vont devoir, comme Daher, se saisir des nombreux mais complexes dispositifs de soutien accessibles.

Des prises de contacts tous azimuts

Malgré le Prêt garanti par l’Etat de 170 millions d’euros, obtenu en juin dernier, et les aménagements accordés par ses partenaires financiers, Daher a dû procéder, à l’instar des autres acteurs du secteur, à une réduction d’effectifs massive. Le groupe familial a été l’un des tous premiers, dès juin dernier, à annoncer le lancement d’un PSE, avant Airbus. Il aura fallu environ cinq mois de négociations tous azimuts pour en définir les contours. Le PSE a été envoyé jeudi 12 novembre à la Direccte pour validation. Dans le détail, les premières notifications de licenciement débuteront fin janvier 2021 et s’étaleront sur deux ans, jusqu’à fin 2022.

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"Nous nous sommes efforcés de trouver des solutions pour chacun de nos salariés", assure Didier Kayat, directeur général de Daher, dans l’entretien exclusif qu’il a accordé à L’Usine Nouvelle. Sans triomphalisme, ce dirigeant très discret, qui affronte la plus grave crise du secteur aéronautique, y détaille les leviers actionnés pour sauver les emplois en interne et aider les salariés qui quittent le groupe à rebondir. La direction a multiplié les contacts, au niveau des ministères (Economie, Travail, Armées…), mais également des acteurs régionaux tels que les conseils régionaux d’Occitanie et des Pays de la Loire, ou bien encore de la Direccte de l’Essonne, pour trouver des solutions à l’échelon local.

Unanimité syndicale

Fait rare : début novembre, les cinq organisations syndicales ont signé les deux accords, concernant l’un les mesures d’accompagnement du PSE, et l’autre le dispositif d’activité partielle de longue durée (APLD). Si elles sont contre les licenciements, elles n’en ont pas moins validé à l’unanimité la manière dont le groupe allait tâcher de limiter la casse sociale. "L’issue des négociations de ce PSE redit l’intérêt d’une intersyndicale alignée, souligne Agnès Pannier-Runacher. Dans un tel contexte, les bonnes pratiques naissent d’un dialogue social de qualité entre les directions et les organisations syndicales. Les organisations syndicales ont mené un dialogue social exigeant centré sur la recherche de solutions pour chaque salarié."

Une entente confirmée par Michel Canovas, secrétaire du CSE Central de Daher Aerospace. "Que les cinq organisations syndicales signent les accords à l’unanimité, c’est vraiment exceptionnel dans le secteur, reconnaît-il. Il y a une culture du dialogue social chez Daher, personne ne se bloque dans une position politique ou dogmatique" Les négociations avec la direction n’en ont pas moins été âpres, conduisant à des concessions de toutes parts. Mais ont abouti à des résultats "au-delà de ce qui est seulement légal", assure Michel Canovas. Un exemple ? La durée permettant de réembaucher un salarié parti de l’entreprise a été étendue à 24 mois, et non 12 mois.

Mais une cession de site qui ne passe pas

Une méthode exemplaire qui ne doit pas faire oublier le point noir de ce PSE : la cession du site historique de Saint Julien de Chédon (Loir-et-Cher), employant environ 300 personnes, rejetée par les organisations syndicales. "C’est le grand regret de ce PSE, reconnaît Michel Canovas. Sur ce point, nous n’avons pas obtenu gain de cause. La cicatrice va mettre du temps à se refermer." Pour autant, là encore, Daher a tenté d’en limiter l’impact social en définissant un horizon de deux ans pour trouver un repreneur.

"Il faut souligner que la direction a pris le temps de ce dialogue et a anticipé les difficultés les plus importantes, tient à dire Agnès Pannier-Runacher. Pour le site de Saint-Julien de Chédon, le groupe a ainsi donné du temps pour trouver un repreneur ce qui est la seule manière de travailler sérieusement sur une reprise." Une critique à peine voilée du cas de Bridgestone à Béthune (Pas-de-Calais). Pour les pouvoirs publics, l’entreprise japonaise n’a pas assez mouillé la chemise pour trouver un repreneur.

Pour le dirigeant de Daher, qui fait de la rapidité d’exécution de ce PSE une priorité pour assurer à terme le rebond du groupe, l’après est déjà anticipé. "En matière de consolidation, je répète que Daher se met en position d’être un consolidateur, malgré les pertes que nous allons enregistrer cette année, soutient Didier Kayat. Nous devrons pour cela augmenter notre capital en 2021 ou en 2022 en accueillant de nouveaux investisseurs. J’ai prévenu nos actionnaires de cette nécessité et du fait que cela allait diluer leurs participations. Ils l’ont très bien compris. Si un fonds s’engage sur la durée, autrement dit sur une période de 7 à 10 ans, nous serons prêts à discuter." Daher vacille, mais se projette dans l’avenir.

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