Pourquoi le géant de l’électronique Foxconn menace l’industrie automobile

Avec une plateforme comparable à Android dans les smartphones, le géant taïwanais de la sous-traitance électronique Foxconn veut mettre la construction de voitures électriques à la portée de tout le monde. De quoi potentiellement bouleverser l’industrie automobile traditionnelle en ouvrant le marché à des acteurs nouveaux issus du monde des mobiles.

 

Réservé aux abonnés
Chrysler Waymo
Fiat Chrysler, déjà partenaire de Foxconn dans la voiture électrique

Le géant taïwanais Foxconn est connu comme un sous-traitant électronique, notamment comme principal assembleur des produits d’Apple comme l’iPhone. Mais depuis octobre 2020, il fait de plus en plus parler de lui dans l’univers automobile comme assembleur potentiel de voitures électriques sur la base de sa plateforme MIH, présentée comme le «système Android de l'industrie de véhicules électriques». Après avoir signé des partenariats avec Yulon, Geely, Fiat Chrysler ou encore Fisker, il s’apprête à conclure le 18 mai 2021 un accord similaire avec Stellantis, le groupe qui réunit PSA et Fiat Chrysler.

Foxconn entend transposer dans l’automobile son expérience dans la production de smartphones, téléviseurs et autres équipements électroniques sur le modèle de sous-traitance ODM (Original Design Manufacturer) selon lequel le vendeur se contente de sélectionner des éléments dans une plateforme standardisée, laissant au sous-traitant les taches industrielles de conception, d’approvisionnement et de fabrication. Un projet qui s’annonce comme une sérieuse menace pour les constructeurs automobiles traditionnels, habitués jusqu’ici à tout maitriser de A à Z la réalisation de leurs véhicules. 

Vers une banalisation des voitures électriques

L’industrie de voitures électriques est incarnée aujourd’hui par Tesla, un constructeur intégré allant jusqu’à la maîtrise de la puce centrale de conduite autonome de ses véhicules. C’est ce modèle propriétaire, plus ou moins partagé par les constructeurs automobiles traditionnels, que Foxconn veut briser avec une plateforme standardisée où n’importe qui pourra piocher pour créer le véhicule électrique de ses rêves, à l’instar de ce qui se fait dans les smartphones sous Android. C’est ce modèle ouvert qui a permis à des marques de smartphones comme Huawei, Xiaomi, Oppo, Vivo, OnePlus ou Realme de se lancer à l’assaut de la télévision connectée, bousculant les marques traditionnelles de téléviseurs comme Samsung, LG, TCL, Sony ou Panasonic. " Avec la plateforme MIH de Foxconn, ces marques des mobiles pourront faire la même chose dans les voitures électriques ", avertit Soumen Mandal, analyste au cabinet Counterpoint.

Un mauvais signal pour les constructeurs automobiles traditionnels qui devront subir une banalisation des produits et de fortes baisses des prix. Pas sûr que les constructeurs automobiles allemands acceptent d’adopter le modèle proposé par Foxconn, ne serait-ce que pour des questions de sécurité et de propriété intellectuelle. " En revanche, les petits acteurs et les start-ups seront plus intéressés car une plate-forme ouverte partagée nécessitera moins d'investissements", estime Soumen Mandal. Les constructeurs automobiles traditionnels auraient beaucoup à perdre de cette initiative.

Apple dans le viseur

Si Foxconn multiplie les manœuvres, c’est pour se mettre en bonne position pour l’assemblage de l’iCar, la future voiture électrique d’Apple, son plus grand client qui lui rapporte aujourd’hui près de la moitié de son chiffre d’affaires. Cette voiture pourrait arriver sur le marché en 2024.

Abonnés
Le baromètre de l’auto
Suivez l’évolution des marchés automobiles français et européen mois après mois grâce à notre tableau de bord.
Nos infographiesOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.