La question était rituelle Depuis des années, à chaque présentation des résultats du groupe Engie, un journaliste interrogeait le dirigeant en charge de l’exercice - PDG, DG ou président du conseil d’administration - sur ce qu’il comptait faire des 32 % qu’Engie détient dans Suez. Jusqu’à cet été, les réponses variaient autour du thème, on ne touche à rien. Jusqu’à cet été.
A l'issue de l'annonce des résultats semestriels du groupe, le 30 juillet 2020, à l’éternelle question "qu’allez-vous faire de votre participation chez Suez", Jean-Pierre Clamadieu, président du conseil d’administration d’Engie, a répondu "Tout est ouvert".
Un commentaire bien placé
Aux députés de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale qui l’auditionnaient le 29 septembre sur son rôle et sa position dans le projet d’OPA de Veolia sur Suez, le président d’Engie a expliqué, presque étonné, "ce commentaire [...] dont on me dit qu’il a tout déclenché", c’est-à-dire le projet de rachat de Suez par Veolia, dévoilé le 30 août suivant. Beaucoup plus vite que prévu.

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Mais pourquoi Jean-Pierre Clamadieu a-t-il fait cette réponse? Alors qu’en décembre 2018, le groupe affichait encore une position officielle sur le sujet disant "que 30 % était un bon chiffre et que nous n’avions pas l’ambition de monter ou descendre", a précisé lui-même Jean-Pierre Clamadieu aux députés.
Très peu de synergies
Pour comprendre, il faut revenir un peu en arrière. Engie est né en 2008 de la fusion de Suez et de Gaz de France. "L’État a alors décidé de mettre sur le marché les activités de service à l’environnement, qui constituent le groupe Suez aujourd’hui", raconte l’actuel président d’Engie, qui était alors dirigeant du chimiste Rhodia, qui sera racheté lui en 2011 par son concurrent belge Solvay. Engie avait alors gardé le contrôle de cette activité, via un pacte d’actionnaires contrôlant environ 40 % du capital. Le pacte s’est achevé en 2013.
Depuis Engie possède 32 % du capital, non consolidé dans nos résultats. L’énergéticien est représenté aux conseils d‘administration de Suez par trois, puis deux administrateurs. "Et nous avons très peu de relation opérationnelle. Engie fait un peu moins de 20 millions d’euros de chiffre d’affaires dans des projets dans lesquels nous intervenons tous les deux. Des fois même, les deux entreprises se retrouvent en concurrence", observe Jean-Pierre Clamadieu. Depuis lors, entre céder, rester ainsi ou reprendre le contrôle du groupe, "l’avenir de cette participation a été régulièrement posé depuis la fin de ce pacte d’actionnaires".
Une nouvelle stratégie industrielle
Dès son arrivée à la présidence du groupe Engie en mai 2018, Jean-Pierre Clamadieu raconte néanmoins avoir tout de suite "considéré que, pour une société industrielle, détenir 30 % d’une autre société industrielle avec laquelle on a peu de synergie industrielle, c’était soit trop soit trop peu. Et qu’il fallait sortir de cette ambiguïté le plus tôt possible".
Mais à ce moment-là, Suez était en train de renouveler cette gouvernance. Et Engie a affiché officiellement en décembre 2018 sa volonté de ne toucher à rien. "Puis Engie a continué sa réflexion stratégique. Ce qui nous a amenés en juillet dernier à annoncer un certain nombre d’orientations très claires et à choisir deux métiers dans lesquels nous souhaitons nous développer, et disposer de moyens pour accélérer nos investissements. Ces deux métiers sont les infrastructures et les renouvelables. Cela nous a amenés à identifier des opportunités de dégager des ressources financières pour être capables d’investir. Et nous avons annoncé une simplification de nos positions dans les services et la cession de participations, dont celle que nous détenons dans Suez." D’où la petite phrase "tout est ouvert". Et l’offre surprise de Veolia pour prendre le contrôle de Suez.



