On s’en doutait. Jean-Pierre Clamadieu, président d’Engie depuis deux ans, n’a pas donné aux parlementaires de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, qui l’auditionnaient mardi 29 septembre au matin, la primeur de la réponse qu’il entend apporter à Veolia sur son offre d’achat des 29,9 % des parts de Suez qu’il détient, sur un total de 32 %. Et pour cause, il attendait dans la journée qu’Antoine Frérot, le PDG de Veolia, lui fasse une nouvelle proposition améliorée avec un prix augmenté.
En revanche, Jean-Pierre Clamadieu a confirmé que le conseil d’administration d’Engie, qui se réunissait le 30 septembre, étudierait la proposition et donnerait une réponse à Veolia, sans attendre une contre-offre de Suez. Et il a bien expliqué pourquoi, si le prix proposé était le bon, la réponse serait positive. Ce fut le cas, mais Engie demanda à Veolia un délais jusqu'au 5 octobre, le temps pour Antoine Fréfot de s'engager par écrit à ne pas lancer d'OPA hostile sur le reste des actions de Suez, une fois celle d'Engie acquise. Durant ce nouveau délais de 5 joursn le fonds d'investissement Ardian a fait part de son intention d'acheter lui aussi les parts de Suez d''Engie, mais sans faire d'offre ferme.
Le projet de Veolia "cohérent"
"L’offre de Veolia, nous l’avons regardée sous trois angles, a expliqué le président d’Engie. Le prix, qui est un sujet important pour nous, et pour vous car l’Etat détient 23,64 % d’Engie ; la qualité du projet industriel, pas par rapport à un autre, mais pour dire qu’il a sa cohérence ; et le respect des parties prenantes, les impacts sociaux et la capacité d’intégrer le management et de transformer cette offre en une offre plus inclusive." Et hormis sur le prix, Jean-Pierre Clamadieu s’est déclaré convaincu.

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"Avec mon expérience d’industriel, je pense que le projet est cohérent." Sur les aspects sociaux, "nous avons fait une analyse extrêmement détaillée, avec les équipes de Veolia. Nous avons des engagements très clairs de Veolia […] qui garantit l’emploi jusqu’à la fin 2023. Ce qui nous paraît satisfaisant". Quant à la gouvernance de l’ensemble, "Veolia est prêt à offrir un certain nombre d’opportunités qui permettront de constituer une équipe de direction mixte".
Les dirigeants de Suez prévenus
Jean-Pierre Clamadieu a néanmoins répété plusieurs fois qu’il ne pouvait pas dire que "c’est le meilleur projet. Je ne peux pas le comparer à un projet d‘indépendance de Suez, que je ne connais pas." Le président d’Engie a en effet également regretté à plusieurs reprises l’absence d’une offre alternative de Suez.
Et ce ne serait pas, selon lui, faute d’avoir prévenu les dirigeants du groupe. "Lorsque Bertrand Camus a été nommé directeur général en mai 2019, je l’ai reçu, raconte Jean-Pierre Clamadieu. Et je lui ai dit : ‘Bertrand, tu as un industriel qui détient 30 % de ton capital, ce n’est pas une situation stable. Un jour où l’autre il va se passer quelque chose et il faut que tu t’y prépares". De même lorsque Philippe Varin a été pressenti pour prendre la présidence du conseil d’administration de Suez, le président d’Engie l’a rencontré pour lui dire "Philippe, la situation actionnariale de Suez va évoluer, il faut que tu te prépares à cela".
Déçu de l'absence d'une seconde offre
Et "dès les 30 août, j’ai immédiatement appelé Philippe Varin, rappelle encore le président d’Engie aux députés. Et j’ai dit, publiquement, qu‘il faut une autre offre’. Et nous sommes non seulement prêts à l’examiner mais aussi à la construire. Quand vous voulez vendre quelque chose, il vaut mieux deux acheteurs potentiels plutôt qu’un. Ma déception, c’est qu’au fil de ces quatre dernières semaines, nous n’avons pas vu de seconde offre se constituer".
Reste que le président d’Engie reconnaît lui aussi avoir été pris de court par l’offre de Veolia. "J‘ai été surpris parce que la forme choisie pour cette offre. [Ce n’était] pas une offre sur les 32 % que nous détenions, ou une offre sur l’ensemble du capital, mais une offre sur 29,9 % du capital que nous n’avions pas anticipée. […] J’attendais une discussion plus longue, plus complexe, préalable peut-être au lancement à une offre publique d’achat."
Jean-Pierre Clamadieu reconnaît aussi ne pas être maître du temps. Si l’offre de Veolia "permet une transaction très rapide" non soumise aux règles de la concurrence et qui répond bien au besoin d’Engie de dégager des fonds pour investir dans ses projets industriels d’infrastructures et de renouvelables - les deux nouveaux piliers de la stratégie du groupe, définie en juillet dernier -, elle est limitée dans le temps.
Veolia maître du temps
"Nous avons une offre qui expire le 30 septembre. Si cette offre expire, nous n’en avons plus. […] Les administrateurs [d’Engie] ont une responsabilité fiduciaire qui est de défendre la valeur. Abandonner une offre ferme, extrêmement rapide d’exécution, pour une promesse d’une nouvelle offre, alors que Philippe Varin a demandé trois mois, sans qu’il soit capable de nous dire à quel niveau elle se fixerait, c’est lâcher la proie pour l’ombre", explique Jean-Pierre Clamadieu.
S’il appelle encore de ses vœux que Suez parle avec Veolia, le président d’Engie n’y croit plus, même s’il émet l’hypothèse que Veolia pourrait repousser l’échéance de la réponse d’une ou deux semaines, suite aux louables efforts de Bruno Le Maire et de ses équipes d’établir le dialogue. Mais pas de fumée blanche chez Suez. Conséquence, "on attend aujourd’hui une nouvelle offre, rappelle Jean-Pierre Clamadieu. Et il faudra que le conseil d’administration décide demain quelle attitude il prend sur cette offre".



