Après les trains hydrogène pour le transport de passagers, Alstom se propose de décaboner le transport de marchandises. Dans le premier cas, il s’agit de remplacer les locomotives diesel par des modèles alimentés par des piles à combustible sur les lignes non-électrifiées. Pour le fret ferroviaire, le défi est d'une autre nature : il s'agit d’hybrider les locomotives électriques avec une alimentation hydrogène, en ajoutant un système de pile à combustible de forte puissance que doit développer Alstom. Une offre à laquelle Engie viendra apporter sa contribution, dans le cadre du partenariat annoncé entre les deux groupes mercredi 6 avril.
En effet, les trains de fret n’empruntent souvent que sur une partie de leur trajet - souvent au départ et à l’arrivée -, des voies non-électrifiées. Ces dernières représentent 50% des 220 000 kilomètres de voies en Europe. « Pour le fret, à cause de la complexité des routes à emprunter, on utilise des locomotives diesel, mais pas forcément sur des lignes non-électrifiées pour éviter des ruptures de charge, ce qui est une aberration écologique », explique Raphaël Bernardelli, responsable de la stratégie d'Alstom.
C'est sur ces tronçons qu’Engie va devoir développer la chaîne d’approvisionnement en hydrogène renouvelable. L’enjeu ici n’est pas tant la production de l’hydrogène que son acheminement sous une pression de 350 bars, par camion ou voie maritime dans des conteneurs distributeurs. Alstom souhaite « proposer une solution complète aux opérateurs de fret ou aux utilisateurs finaux », souvent des industriels de l’agroalimentaire, du ciment ou de la métallurgie, pour décarboner leur chaîne logistique. Les premiers trains de fret hydrogène pourraient rouler dès 2025. La SNCF s’est engagée à sortir du diesel en 2035.
Une offre fret décarboné complète et standardisée
« Ce que l'on essaye de mettre en place, c’est un système d’approvisionnement standard, qui pourrait être utilisé pour d’autres usages, pour les travaux ou dans les ports », précise Sébastien Arbola, directeur général adjoint en charge de la production thermique, de l'hydrogène et de la fourniture d’énergie chez Engie. L’énergéticien a déjà travaillé sur le sujet lors des essais du train hydrogène de passagers Coradia iLint d’Alstom aux Pays-Bas en 2020. Il doit maintenant développer son infrastructure hydrogène en Europe.
D’ici à 2030, Engie veut installer 4 gigawatts de capacité de production d’hydrogène renouvelable, 700 kilomètres de réseau hydrogène, 1 TWh de capacité de stockage, et gérer plus de 100 stations de recharge. Engie en opère déjà 18 en France, et 27 d’ici à la fin de l’année. Et si pour approvisionner les 41 trains hydrogène de passagers commandés par l’Allemagne, Alstom va travailler avec deux fournisseurs allemands - dont Linde -, pour les 14 trains hydrogène régionaux bi-modes français, tout reste ouvert.



