Plus de 36 millions de morts et toujours pas de vaccin contre le VIH

L’épidémie de VIH sévit depuis environ quarante ans mais la recherche, malgré les efforts déployés, n’a pas encore abouti à la mise au point d’un vaccin. En ce 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le Sida, L'Usine Nouvelle s'est penchée sur les différences entre le virus du VIH et celui provoquant le Covid-19, pour comprendre comment l'un a trouvé ses vaccins en moins d'un an quand l'autre résiste depuis les années 1980.

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VIH-1 (en vert) en bourgeonnement d'un lymphocyte en culture
Quand la mise au point des vaccins anti-Covid a pulvérisé tous les records de développement, depuis 40 ans aucun vaccin n'a démontré son efficacité contre le VIH.

Plus de 36 millions de morts. Ce n’est pas le bilan de la pandémie de Covid-19 mais de celle du VIH, depuis l’identification du virus en 1981 aux Etats-Unis, avant sa caractérisation en 1983 à l’Institut Pasteur. En 2020, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), 680 000 personnes dans le monde sont mortes des suites du VIH, et 1,5 million de personnes, au moins, ont été infectées sur la planète, portant à 37,7 millions le nombre de personnes vivant avec le VIH à la fin 2020. Certes, l’apparition des traitements antirétroviraux au début des années 2000 a drastiquement fait chuter la mortalité et la propagation de l’épidémie. Mais cela demeure des traitements à vie, particulièrement contraignants. Depuis quarante ans, le monde attend l’arme ultime : un vaccin.

Les records pulvérisés des vaccins anti-Covid

En moyenne, un vaccin nécessite environ dix ans de développement. L’an dernier, face au Covid-19, tous les records et standards ont été pulvérisés. Ce n’est pas un vaccin, mais plusieurs qui ont été mis au point en un délai record. D’autres devraient encore muscler cet arsenal préventif. Pour prévenir le VIH, alors que le virus circule toujours, il n’y a encore rien de précis à un horizon proche. Dans le dernier bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France sur la séropositivité au VIH au temps du Covid-19, Bruno Spire, directeur de recherches à l’université Aix-Marseille, l’Inserm, l’IRD et au Sesstim, décrit dans l’éditorial "un sentiment d’injustice" chez les personnes vivant avec le VIH. Il constate que la "rapidité de l’identification du virus SARS-Cov-2, et surtout la rapidité de mise sur le marché d’un vaccin, alors qu’il n’existe pas de vaccin anti-VIH, a provoqué de nombreux questionnements. Témoignant d’un sentiment de défiance vis-à-vis des laboratoires mais également vis-à-vis des chercheurs et des dirigeants politiques, s’est développé un sentiment d’une recherche à deux vitesses où les personnes vivant avec le VIH auraient une moindre place".

Différences majeures entre le VIH et le SARS-CoV-2

Une des explications principales tient aux différences majeures entre les virus VIH et SARS-CoV-2. Le premier épuise année après année le système immunitaire, laissant les personnes séropositives à la merci d’autres maladies, aboutissant au syndrome de l’immunodéficience acquise (Sida). Le second déploie un mode d’action bien plus rapide, en quelques jours seulement, le plus souvent sur des formes bénignes mais débouchant parfois sur des formes graves pouvant conduire à une éventuelle issue fatale.

Surtout, le VIH n’est pas un coronavirus mais un rétrovirus doté d’une capacité à muter très rapidement. A l’heure où les variants du SARS-CoV-2 rythment la pandémie de Covid-19, le VIH affiche en cela des caractéristiques très différentes. Pire : il "intègre son propre code génétique au code génétique humain. Pour cela, il copie son code génétique, mais de manière imprécise, en faisant de nombreuses erreurs. Autrement dit, la protéine de l’enveloppe et le VIH en lui-même évoluent constamment, changent de forme, ce qui complique la tâche des anticorps pour protéger contre le virus", décrivait Peter Godfrey-Faussett, conseiller principal de l’OnuSida et professeur de santé internationale et des maladies infectieuses à la London School of Hygiene and Tropical Medecine, dans une interview publiée par l’OnuSida en février 2021.

Essais cliniques décevants

La mise au point d’un vaccin s’avère donc bien plus ardue. Un grand espoir avait été suscité par un essai clinique international mené en Thaïlande au début des années 2000 sur plus de 16 000 volontaires sains. Si les résultats, en 2009, avançaient une certaine protection contre l’infection, l’efficacité vaccinale n’avait atteint que 31%. Tout récemment, juste avant la pandémie de Covid-19 en février 2020, l’OnuSida avait annoncé l’arrêt de l’essai clinique international HVTN 702, mené pendant 18 mois en Afrique du Sud. Les résultats préliminaires de cet essai, prévu sur 5400 participants et mené alors sur 60% de cette cohorte, indiquaient que 129 personnes vaccinées avaient été infectées, contre 123 dans le groupe ayant reçu le placebo. Un échec, donc.

Deux grands essais en cours avec Janssen

Actuellement, deux grands essais cliniques sont en cours en Afrique, Amérique du Nord et du Sud, ainsi qu’en Europe, dans le cadre d’un consortium réunissant l’Institut américain des allergies et des maladies infectieuses (NIAID), le HIV Vaccine Trials Network (HTVN) et le laboratoire Janssen (Johnson & Johnson). Deux vaccins expérimentaux développés par Janssen sont testés. L’un utilise un adénovirus et apporte des éléments du VIH, avec l’objectif de faire produire à l’organisme des protéines similaires à celles du virus. Le second est un vaccin composé de protéines humaines similaires à une protéine située à la surface du VIH.

Anticorps à large spectre

De nombreux autres programmes de recherche sont en cours dans le monde, comme à l’Institut Pasteur ou depuis 2019 au sein du laboratoire allemand BioNTech, qui s’est bâti aux côtés de Pfizer une renommée internationale ces derniers mois pour leur vaccin anti-Covid. Selon Peter Godfrey-Faussett, d’OnuSida, l’une des pistes actuelles les plus prometteuses est celle des "anticorps à large spectre qui sont efficaces contre plusieurs souches de VIH". Le chercheur y voit la possibilité d’une "étape importante menant à la découverte d’un vaccin". En attendant, malheureusement, la mise au point d’un vaccin efficace contre le VIH semble nécessiter encore du temps.

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