Découverte majeure de la biotech française Diaccurate dans le traitement du VIH, avec l’espoir d’une rémission

La société française de biotechnologies Diaccurate a découvert le mécanisme conduisant à la paralysie du système immunitaire chez les porteurs du VIH. Cette identification s’accompagne de la mise au point d’un anticorps monoclonal, déjà validé sur modèle animal, qui fait naître l’espoir d’une rémission.

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Virus du Sida
La société française de biotechnologies Diaccurate explique le mécanisme d’immunosuppression dans le Sida.

C’est une première mondiale. Jamais, depuis l’identification du virus VIH il y a 37 ans, le mécanisme d’immunosuppression dans le Sida, c’est-à-dire la paralysie du système immunitaire, n’avait pu être expliquée. Diaccurate, société française de biotechnologies fondée en 2014 par Philippe Pouletty, directeur général de Truffle Capital, et Jacques Thèze, professeur à l’Institut Pasteur, où l’entreprise est encore hébergée, lève aujourd’hui ce voile sur ce mystère. En réalité, une enzyme servant à la digestion se transformerait en agent pathogène pour le système immunitaire chez les porteurs du VIH.

Les malades subissent d’abord une première phase virale, où le VIH se multiplie dans l’organisme, lequel se défend. Cette première phase, contrôlable à l’image d’une infection virale comme une grippe, est en revanche suivie d’une seconde phase, mortelle, avec la paralysie du système immunitaire qui laisse le corps sans défense et entraîne la mort par une autre pathologie, comme une pneumonie ou des cancers.

Le VIH pervertit le système

Au sein de l’arsenal immunitaire humain se trouvent plusieurs catégories de globules blancs, dont le lymphocyte T CD4+, décrit par Jacques Thèze, directeur général de Diaccurate, comme "le général en chef de l’armée du système immunitaire. Or le VIH fixe un fragment de virus sur le T CD4+. Notre découverte porte sur l’action d’une enzyme, la PLA2G1B, secrétée par le pancréas. On la retrouve dans le sang, tout le monde l’a, elle sert à la digestion, elle n’a aucun effet pathologique. Mais dès que le patient est infecté par le VIH, et qu’un petit bout du virus se fixe sur le T CD4+, à ce moment-là cette enzyme digestive va attaquer la membrane des T CD4+. C’est un mécanisme complètement nouveau. Le virus pervertit le système. Nous savions qu’il y avait ce mécanisme d’inactivation du T CD4+ dans le Sida, mais on n’en connaissait pas la cause. En réalité le VIH pervertit une enzyme physiologique de digestion et la transforme en agent pathogène qui va d’abord paralyser les T CD4+ avant que ceux-ci ne disparaissent".

Limiter l'usage des trithérapies et entrevoir une rémission

A partir de la découverte de ce mécanisme, Diaccurate a mis au point candidat-médicament, en l’occurrence un anticorps monoclonal, qui serait capable de neutraliser l’effet pathogène de l’enzyme PLA2G1B chez les porteurs du VIH. "Nous avons démontré sur modèle animal que cet anticorps neutralise l’activité paralysante de l’enzyme sur les T CD4+ où sont fixés un fragment de VIH. Ce qui permet à ces lymphocytes de reprendre une activité normale", explique Jacques Thèze.

Ce traitement pourrait être révolutionnaire, avec la perspective de limiter l’usage des trithérapies actuelles pour les malades et d’entrevoir une rémission. "Chez les patients infectés par le VIH, le traitement par trithérapies se prend à vie. L’espoir, c’est qu’on puisse neutraliser les effets pathogènes de l’enzyme et restaurer une fonction immunitaire normale en quelques mois de traitement avec cet anticorps monoclonal. On espère pouvoir diminuer les antirétroviraux et les supprimer à terme grâce à une rémission de l’infection, avec un système immunitaire restitué qui contrôlerait le virus", détaille encore Jacques Thèze.

Cinq à dix ans de développement

Techniquement, ce candidat médicament doit encore franchir toutes les étapes de développement clinique chez l’homme. Ce qui nécessitera une "période d’au moins cinq à dix ans et des financements conséquents", selon Philippe Pouletty. Diaccurate rappelle que 37,9 millions de personnes dans le monde vivent avec le VIH, dont 23,3 millions seulement ayant accès à un traitement. Et le rythme des infections se poursuit, à une cadence de 1,7 million de nouvelles infections chaque année.

En France, on recense 170 000 porteurs du VIH, et 6000 personnes qui découvrent leur séropositivité par an. Diaccurate, qui recense une dizaine de collaborateurs, travaille aussi sur une autre indication thérapeutique pour son premier anticorps monoclonal, cette fois-ci pour le traitement d’un cancer, dans lequel un autre co-facteur que VIH coopère avec l’enzyme pour paralyser les T CD4+.

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