Chômage partiel et renouveau stratégique… Le site Arc situé près de Saint-Omer (Pas-de-Calais) s’adapte à la conjoncture, quelques mois seulement après l'annonce d'excellents résultats par l’entreprise verrière, spécialiste des arts de la table. « On était profitable. Le premier semestre était le meilleur depuis 2015, quand on a été percuté par la crise ukrainienne et ses conséquences sur l’énergie », déplore Guillaume Rabel-Suquet, le directeur de la communication de l’entreprise. « En 2021, notre facture de gaz s’élevait à 19 millions d’euros. Cette année, c’est quatre fois plus. A cela, s’ajoute l’inflation de certains entrants, comme l’emballage, dont le coût a pris 60%, et représente 24 millions d’euros », indique aussi celui en charge des ressources humaines.
Problème : côté commandes, c’est tout l’inverse. Arc s’attend à une baisse de 24% de ses ventes sur les quatre derniers mois. « Il y a une inflexion des marchés. Le consommateur se concentre sur des achats de première nécessité », juge son porte-parole. Face à une facture énergétique qui flambe et une perspective de ventes en baisse, l’industriel se réorganise.
1 600 PERSONNES PLACÉES EN ACTIVITÉ PARTIELLE
« Notre stratégie, c’est de protéger le groupe et traverser la crise », cherche à rassurer Guillaume Rabel-Suquet. Pour ce faire, la direction a enclenché jeudi 1er septembre le dispositif d’activité partielle de longue durée. 1 600 personnes, sur les environ 5 000 employés, sont pour l’instant concernées. Ces effectifs travailleront deux jours en moins par semaine. « Il s’agit essentiellement des équipes intervenant sur des fonctions transversales et supports », met en avant le directeur de la communication. Une rémunération à hauteur de 84% du salaire net est assurée, insiste l’entreprise. Cette période courra jusqu’à la fin d’année. Elle pourrait être prolongée au-delà, selon l’évolution du contexte. Cette décision pourrait aussi s’appliquer à des opérateurs, selon les choix de l’entreprise concernant le futur de sa production.
Le fonctionnement des fours – le site en compte dix, qui alimentent 50 lignes de production – est au cœur des préoccupations. L’entreprise envisage de basculer du gaz au fioul domestique pour certains d’entre eux. « Le fioul est un back-up de sécurité en cas de coupure de gaz ou d’électricité. On l’a déjà expérimenté sur un site au Moyen-Orient », rapporte Guillaume Rabel-Suquet. Le verrier vérifie actuellement la faisabilité de cette opération, dont la réussite est aussi conditionnée à l’approvisionnement en combustible. La mise en veille d’outils de production, dont la maintenance serait avancée, est une autre option envisagée pour aider Arc à passer l’hiver.
UNE REMISE À PLAT DE LA STRATÉGIE
A plus long terme, Arc prévoit une évolution de sa stratégie. « On engage une réflexion sur notre portefeuille produits », indique Guillaume Rabel-Suquet. La stratégie « de saturation de l’outil industriel » mise en œuvre par le verrier semble avoir atteint ses limites. « On va passer à une stratégie de marge », indique le représentant de l’entreprise, qui annonce que le schéma industriel sur la base de produits profitables est l’autre priorité des prochains mois. L'entreprise a déjà engagé des actions d’économie d’énergie et s’apprête à être certifié ISO 50001 sur ses systèmes de management de l’énergie.
Avec cette crise, Arc France, propriété de Arc International, poursuit son chemin de croix. Le groupe, connu pour ses marques Luminarc, Arcopal, Chef&Sommelier ou encore Cristal d’Arques, rencontre des difficultés financières depuis plusieurs années. Depuis 2020, le groupe a reçu l’aide de l'Etat à plusieurs reprises. Ce dernier lui a versé 128,5 millions d'euros sous forme de prêt au titre du programme du Fonds de développement économique et social (FDES). En 2021, l’industriel a réalisé 740 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 450 millions depuis son usine française.



