Saint-Gobain tente de protéger ses productions européennes en cas d'arrêt de l’approvisionnement en gaz russe. Les plus importantes mesures concernent les usines de vitrage, les floats, que ce soit pour la construction ou l’automobile. Le groupe français en opère 13 sur le continent, avec la particularité que ces lignes de production ne peuvent pas être subitement stoppées, le verre en fusion se rigidifiant en cas d’arrêt des fours. « On ne peut pas arrêter un float comme ça, sinon on casse l’outil industriel », souffle-t-on chez Saint-Gobain. Ces usines peuvent simplement réduire leur production en cas d’apport moindre en gaz naturel pour les fours. Mais sans gaz, l’alternative d’urgence est de recourir au diesel ou au fioul lourd, ce qui peut être enclenché assez rapidement, selon la direction du groupe.
Sur les 13 usines, quatre « peuvent déjà utiliser du fuel lourd, sans diminution de la production », indique une porte-parole, précisant que ces floats sont implantés en Allemagne, Espagne, Italie et Angleterre. Quatre autres seront converties soit au fuel lourd soit au diesel «d’ici à la fin de l’année », dont trois en Allemagne et une en France. Saint-Gobain ne dévoile pas, à ce stade, quelle usine française est concernée. Le groupe détient trois sites de float dans le pays : à Salaise-sur-Sanne (Isère, en coentreprise avec la société Riou Glass), à Chantereine (Oise) et à Aniche-Emerchicourt (Nord), un site qui a réussi une prouesse mondiale cette année avec une production de verre plat neutre en carbone.
Fioul lourd et diesel, des énergies de dernier recours pour substituer le gaz
Pour les cinq usines restantes, dont deux en France, deux en Pologne et une en Roumanie, Saint-Gobain estime que leur exposition au gaz russe est très limitée. Pour la Pologne, l’exposition serait réduite dès la fin de l’année car le pays ne devrait alors plus être dépendant du gaz russe. En ce qui concerne le float en Roumanie, le groupe dispose déjà d’une solution de fourniture alternative de biogaz depuis six mois.
Ces dispositions de recours au diesel ou au fioul lourd entrent évidemment en contradiction avec les objectifs du plan climat de Saint-Gobain, qui s’est fortement engagé dans la décarbonation ces dernières années. Ces plans de continuité d’activité sont néanmoins décrits comme temporaires et en dernier recours. « Si nous pouvons l’éviter, nous le ferons », assure une porte-parole, précisant que «jusqu’à présent, nous n’avons pas utilisé cette solution ». Toutefois, le groupe préfère « continuer [ses] opérations pendant un mois ou un peu plus avec une source alternative plutôt que d’arrêter les opérations », d’autant que des arrêts « auraient un impact pire sur le marché, entraînant des pénuries ».
Les usines de matériaux isolants et de plaques de plâtre exposées aux pénuries de gaz
Au-delà de ses usines de verre, Saint-Gobain est aussi exposé au risque du manque de gaz pour ses sites produisant des matériaux d’isolation et des plaques de plâtre, principalement sur ses actifs industriels implantés en Allemagne, en République tchèque et en Pologne. Dans le domaine de l’isolation, où plus de la moitié des usines du groupe en Europe sont équipées de fours électriques, des investissements sont en cours pour s’appuyer sur des sources d’énergies alternatives, comme le biogaz. Concernant les productions de plaques de plâtre, Saint-Gobain a engagé des investissements pour des conversions au diesel ou au gaz naturel liquéfié. Par rapport aux floats, ces outils de production sont plus facilement modulables. « Les usines de plaques de plâtre sont par nature très adaptables et peuvent être activées ou désactivées », indique-t-on encore chez Saint-Gobain.
Financièrement, alors que le groupe enchaîne les excellents bilans financiers ces derniers mois, l’impact serait potentiellement limité, grâce aux mesures déployées, « à environ 2% du chiffre d’affaires du groupe pour les trois pays directement concernés (Allemagne, Pologne, République tchèque) », souligne-t-on encore chez Saint-Gobain. Face à l'envolée des prix du gaz naturel et de l’électricité, le groupe a fait des demandes de qualification d’industrie prioritaire partout en Europe, surtout pour ses productions de vitrage et d’isolation, pour limiter les impacts. Fin juillet 2022, lors de la présentation des résultats semestriels, Saint-Gobain disait, dans un communiqué, « anticiper désormais une augmentation de ses coûts d’énergie et de matières premières de près de 3 milliards d’euros en 2022 par rapport à 2021 ». Selon la direction, l’énergie devrait, à elle seule, représenter cette année une facture de 2 milliards d’euros, contre 1,5 milliard d’euros en 2021.



