[Penser l'après-Covid] "Notre rapport à la nature est source d'inégalités", selon Lucile Schmid

Comment penser le monde avec le Covid-19 ? En exclusivité pour L’Usine Nouvelle, la réponse de Lucile Schmid, vice-présidente du think tank La Fabrique écologique.

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Lucile Schmid, vice-présidente du think tank La Fabrique écologique
Lucile Schmid, vice-présidente du think tank La Fabrique écologique.

La crise actuelle nous amène à repenser notre relation à l’écologie. Le confinement a dévoilé la capacité de résilience de la nature, mais aussi les dégâts que lui cause l’activité humaine. Comment faire autrement ? Des propositions, tel le green deal européen, sont avancées pour ne pas laisser l’écologie de côté.

Mais elles renvoient d’abord à la question climatique, à l’énergie, à la relance de la croissance, et prennent peu en compte la biodiversité. Penser l’écologie ne doit plus signifier penser notre société à côté de la nature, mais l’interaction avec elle. Faire des propositions sur le verdissement de nos activités et de notre modèle de production n’est pas suffisant. Il s’agit de réfléchir aux activités nuisibles à la nature, en termes de sol, de pollution, d’extraction des ressources... Comment transformer les activités industrielles de façon à permettre la conservation ? Comment relocaliser en prenant en considération le vivant ? Une nouvelle conception de l’aménagement du territoire devrait émerger.

La deuxième grande leçon du confinement est que notre rapport à la nature est source d’inégalités. Entre certains écrivains qui pensaient le monde d’après confinés à la campagne et ceux qui, dans les banlieues, n’ont pas accès à la nature, à un logement décent, à une alimentation saine, c’était le grand écart. Quand on ralentit, on voit de manière très crue ce qui est sous notre nez. Les inégalités environnementales se cumulent aux inégalités sociales. Ce sujet ne pourra pas être ignoré demain. Les urgences économique, sociale et climatique doivent être pensées ensemble. Nous avons commencé à le faire après la crise des Gilets jaunes, il faut l’accentuer. Dans les territoires, les actions de justice sociale et de justice écologique doivent se cumuler. Cela renvoie à une nouvelle étape de collaboration entre l’État et les collectivités territoriales. Une étape essentielle. Que la Convention citoyenne sur le climat publie ses propositions pendant le confinement est un choix très intéressant. Cela les inscrit dans un processus en construction. C’est dès maintenant que nous devons imaginer de meilleures interactions entre les élus et les citoyens. Cet objectif est clé. Car on a bien vu que quand l’écologie tombe du ciel, elle ne fonctionne pas.

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