"Le report de la COP 26, sans doute à la fin 2021, est une bonne chose. Nous perdons un an, mais c’était de toute façon très mal parti. Les Chinois ne voulaient pas s’engager avant les élections américaines et le Royaume-Uni s’était mobilisé très tardivement pour préparer le rendez-vous de Glasgow. En si peu de temps, il était impossible d’arriver à des avancées importantes. Le monde de l’après-Covid-19 sera peut-être pire que le précédent pour le climat. Rien n’est joué.
Il y a bien sûr ceux qui poussent pour un relâchement des exigences environnementales, qui avaient été renforcées en France et en Europe. Le secteur automobile devait tendre vers le tout-électrique à l’horizon 2030, le transport de marchandises se rapprocher du zéro carbone à une échéance un peu plus lointaine, notamment avec l’hydrogène. Plus généralement, c’est toute l’industrie qui doit se fixer pour objectif la neutralité carbone. Il y a un green deal, il n’a pas disparu. La pression des citoyens européens, notamment des jeunes, ne doit pas retomber. Tout cela existe. Les craintes sont là mais, d’un autre côté, toute une chaîne d’entreprises européennes demande que les aides publiques soient ciblées vers le zéro carbone. C’est le cas des industriels allemands, y compris dans l’automobile, qui poussent dans ce sens.
C’est loin d’être gagné. Les gouvernements veulent préserver l’emploi. Or la crise va amener une destruction massive d’emplois et de capital. On ne peut pas rester sur un modèle économique des années 1980. C’est le problème de penser dans l’urgence. On se dit que si l’on peut engager quelque 100 milliards d’euros en quelques jours sans discussion, on doit bien pouvoir mettre 6 ou 7 milliards pour la rénovation des bâtiments. Renoncer aux politiques environnementales, comme le demandent déjà certains, est un mauvais calcul. Si l’on se précipite, on aura une crise climatique qui pourrait être pire que celle d’aujourd’hui. La capacité d’endettement n’est pas illimitée. Il faut un débat informé et structuré. On ne peut pas sortir de cette crise sans débat public.
Il y a quelques mois, on évoquait une taxe carbone aux frontières de l’Europe pour avoir une compétition juste. C’est primordial si l’on veut relocaliser des activités industrielles stratégiques comme la santé. Il faut préserver notre autonomie face aux crises qui peuvent se reproduire. Il faut débattre de l’avenir des énergies fossiles et profiter des cours très bas du pétrole pour supprimer toutes les subventions. Il faut, par exemple, ouvrir la discussion sur le renforcement de la participation de l’État dans Air France. La compagnie doit-elle délaisser certaines destinations au profit du train ? Air France pourrait devenir opérateur de transport et faire rouler des TGV."



