En mai 2021, le parlement allemand décidait de mettre fin au broyage de poussins mâles. La décision a été prise après que les ministres français et allemand de l'agriculture se soient engagés à mettre fin à cette pratique lors d'une conférence de presse conjointe en 2020. Mais si les Allemands sont passés à l'acte, la filière française peine toujours. Pourtant des alternatives existent déjà sur le territoire.
Une pratique controversée
Le broyage de poussins est une pratique controversée utilisée dans les couvoirs pour permettre aux industriels de se débarrasser des poussins mâles incapables de pondre. Ils ne conservent ainsi que les poussins qui donneront, plus tard, des poules pondeuses.

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Pour les acteurs de la filière, cette pratique a avant tout une raison économique : les poussins mâles, qui n'ont pas vocation à devenir des poules pondeuses et donnent peu de viande, ne sont pas rentables. Les nourrir et les entretenir représentent donc un coût inutile. Au total, en France, on estime que plus de 50 millions de poussins sont éliminés chaque année dans des broyeuses mécaniques ou par asphyxie au dioxyde de carbone.
Respeggt a son premier partenariat en France
Pourtant, des alternatives à cette pratique existent déjà. La plus connue d'entre elles est développée par l'entreprise germano-néerlandaise Respeggt et vient de faire ses premiers pas en France via un partenariat avec le couvoir Novoponte, basé à Juigné-sur-Sarthe dans la Sarthe. "Jusqu'alors tous les oeufs provenaient du centre de sexage de Respeggt installé à Barneveld aux Pays-Bas. Avec ce partenariat, nous proposons aux couvoirs d'accueillir un "Respeggt sexing unit" qui leur permet d'avoir accès à la technologie Seleggt directement sur leur site" précise le porte-parole de la marque en France.
La solution proposée est "basée sur une analyse hormonale des oeufs", détaille le représentant de Respeggt. Via une ponction réalisée au laser, une analyse du taux de sulfates d'œstrone dans la coquille est réalisée: "si ce taux est élevé, cela signifie que l'œuf sera femelle", ajoute Respeggt.
La technique, considérée comme l'une des plus précoces, permet ainsi de sélectionner les poules femelles et d'envoyer les autres œufs vers la filière d'alimentation animale dès le neuvième jour sur un cycle qui en compte 21. 140 000 oeufs issus de cette technologie sont déjà sur le marché français.
Depuis fin 2019, Carrefour, dans le cadre d'un accord avec les poulets de Loué, déploie une autre alternative, basée sur le spectrophotomètre. "Cette technique utilise une caméra qui, lorsque l'oeuf passe, au quatorzième jour, dans un halo de lumière, permet de reconnaître les premières plumes des poussins et donc leur sexe", explique un représentant. En 2020, plus de 6 000 supermarchés ont vendu des œufs ainsi sélectionnés.
Coût de production de 1 à 3 centimes plus élevés par œuf
Quant aux coûts de production, principal argument de la filière en faveur du broyage, "si on le rapporte à l'œuf, il est à peine supérieur à une coquille traditionnelle" explique Respeggt. Selon les chiffres de l'entreprise, le coût d’un œuf en coquille augmente de 1 à 2 centimes par œuf du fait du sexage en Allemagne et de 1 à 3 centimes en France. "Ce sont les centres d’emballage qui portent les coûts du sexage en payant des redevances de licence pour chaque poule pondeuse", détaille l'entreprise allemande.
Reste à savoir si les consommateurs seraient prêts à payer. "Oui", répond un collectif transpartisan de députés et de sénateurs dans une tribune publiée en mai dernier sur le site du Monde en marge du débat, au Sénat, d'une proposition en faveur de l'interdiction... Une prise de parole qui n'a pas été suffisante puisque quelques jours plus tard la proposition est rejetée.



