Orano annonce une avancée majeure pour Zuuvch Ovoo, son gigantesque projet de mine en Mongolie

Orano a signé, jeudi 12 octobre, un protocole d’accord autour de Zuuvch Ovoo. Ce grand projet de mine d’uranium en Mongolie vise un démarrage en 2028 afin d'extraire 2500 tonnes d'uranium par an et ainsi de diversifier la production du groupe minier français. Un plan soutenu par l’Elysée, où a eu lieu la signature de l'accord, en présence des présidents des deux pays.

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mine Zuuvch Ovoo, pilote récupération in situ Mongolie
Orano a déjà récupéré 10 tonnes d'uranium naturel en Mongolie, via un pilote dont la forme hexagonale est caractéristique de la technologie minière de récupération in situ.

Orano posera-t-il bientôt ses bagages en Mongolie ? Ce n’est pas totalement la fin des négociations, mais le projet avance. A l’occasion d’une visite officielle du président mongol Ukhnaagiin Khürelsükh à Paris, jeudi 12 octobre, Orano a signé un protocole d’accord autour de la mine de Zuuvch Ovoo, en présence du président Emmanuel Macron. Ce grand projet de mine d’uranium, porté par Badrakh Energy, une coentreprise entre Orano (à 66%) et la société publique mongole Mon-Atom, transformerait la Mongolie en pays producteur d'uranium. Un métal qu'elle n'extrait plus depuis 1995, mais qui est très recherché pour son rôle de combustible dans les centrales nucléaires.

Orano est détenu à 90% par l’Etat français. Mais l’implication forte d’Emmanuel Macron – qui avait d’ailleurs fait le déplacement à Oulan-Bator fin mai dernier, suivi le mois d’après par la ministre de l’Europe et des relations internationales, Catherine Colonna – témoigne du caractère stratégique de ce projet, et plus largement des questions minières pour la France alors que la Mongolie dispose de réserves de métaux critiques conséquentes [voir encadré]. D’importance mondiale, le gisement de Zuuvch Ovoo doit permettre d'extraire 2500 tonnes d’uranium par an pendant 30 ans, et ce dès 2028. Les négociations se poursuivent et devraient aboutir sur un contrat dans quelques mois.

Répondre à la demande croissante en uranium

«Nous signons un accord-cadre, qui fixe tout : la nature de la coentreprise, le pourcentage des chacun des partenaires, le taux des royalties, le montant des investissements. Ensuite le projet doit suivre sa propre gouvernance», explique Claude Imauven, président du conseil d’administration d’Orano et directeur général par intérim de l’entreprise (en l’attente du remplacement de Philippe Knoche, qui a quitté l’entreprise début octobre). Au total, le projet représente 1,6 milliard d’investissements sur 30 ans, dont «la plus grande partie» viendra de la France, ainsi que 800 emplois directs. Orano devrait pouvoir vendre les deux tiers de l’uranium produit à ses clients, soit 1650 tonnes.

Une aubaine pour la diversification du groupe, qui a extrait 7520 tonnes d’uranium en 2022 depuis ses mines du Canada, du Niger et du Kazakhstan, et dont l’usine de concentration au Niger a été récemment mise en sommeil à la suite du coup d’Etat dans le pays ouest-africain. Mais l'objectif est aussi d'augmenter la production globale, alors que les prix du yellow cake (le concentré d'uranium) grimpent depuis deux ans, portés par le rôle pressenti pour le nucléaire dans la transition énergétique. «En ce moment on est plutôt en recherche d’uranium : la demande s’est accélérée», rappelle d'ailleurs Claude Imauven pour expliquer la volonté affichée de son groupe de développer rapidement Zuuvch Ovoo, alors qu'une montée en puissance lente avait un temps été envisagée. 

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Alors que d’autres entreprises (dont le canadien Khan Resources, ou le géant du nucléaire chinois CNNC) ne sont jamais parvenues à mener au bout leurs projets d’extraction d’uranium en Mongolie, cette signature est de très bon augure pour Orano, qui mène des activités d’exploration dans le pays depuis 25 ans. «Je suis très optimiste. Quand un projet est né comme ça, avec le double parrainage des deux présidents de la République, cela me parait difficile qu’il ne finisse pas par aboutir», fait valoir Claude Imauven. Dans sa communication, la coentreprise Badrakh Energy met aussi en avant son respect des standards environnementaux et sociaux, ainsi que l'implication des communautés locales.

Organiser la logistique

La mine sera exploitée par une méthode dite de récupération in situ (ISR, si l’on préfère l’acronyme anglophone). Une technologie courante pour exploiter les gisements d’uranium, qui consiste à dissoudre le métal à même le sol, via l’injection d’une solution acide dans les couches sableuses qui contiennent l’uranium. Celle-ci, coincée entre des couches d’argiles imperméables, se charge en métal pour former un «jus uranifère» récupéré par des pompes, puis concentré dans une usine adjacente. Le gisement serait ainsi exploité par une multitude de cellules hexagonales, et nécessiterait pas moins de 650 kilomètres de tuyaux. Orano note que cette méthode est très courante – 48% de l’uranium mondial est produit ainsi – et permet de limiter la consommation en eau et en énergie de la mine.

Entre 2021 et 2022, la co-entreprise a réalisé un test pilote d’extraction sur Zuuvch Ovoo, qui lui a permis de produire 10 tonnes de concentré d’uranium naturel. Le gisement de Zuuvch Ovoo se trouve entre 150 et 200 mètres de profondeur, et affiche une concentration de 0,023%. Mais paradoxalement, aménager la mine sera moins complexe que d’organiser la logistique environnante, estime Orano. «Il s’agit de faire des trous, analogues à des forages pétroliers, donc il y a assez peu d’infrastructures, décrit Claude Imauven. Par contre, une fois que vous avez le minerai, il faut l’amener quelque part, ce qui suppose par exemple de monter des chemins de fer. Cela prend un peu de temps.»

Enclavée entre la Russie au nord et la Chine au sud, la Mongolie ne devrait pas fournir abondamment l’Europe ou les Etats-Unis en uranium. Mais «un gros client a beaucoup de besoins à proximité», rappelle en souriant Claude Imauven en référence à la Chine, qui construit des réacteurs nucléaires à toute allure. «L’uranium est par nature fongible : il y a une grande bourse mondiale et la matière vendue à un client n’est pas forcément celle qu’il va recevoir, rappelle par ailleurs l’industriel. Le sujet, c’est comment Orano approvisionne son marché mondial, ensuite c’est de l’optimisation logistique.» De ce point de vue, les près de 100 000 tonnes d’uranium contenues dans le gisement de Zuuvch Ovoo seraient des réserves appréciables.

La France se penche sur le lithium mongol

Dans les mines, le «rapprochement stratégique» entre la France et la Mongolie ne se cantonne pas à l’uranium. Dans ce pays d’une superficie trois fois supérieure à la France pour un peu plus de trois millions d’habitants, le secteur minier représente déjà 20% des richesses produites. On y extrait notamment vdu charbon métallurgique, du cuivre, de l'or et du minerai de fer. Mais aussi de matières plus discrètes comme la fluorine et le molybdène. Mais la géologie du pays est aussi propice à la présence de terres rares ou de lithium. Des ressources pourtant encore inexploitées. Dans un contexte de course aux métaux de la transition énergétique, la Mongolie cherche donc à valoriser ces réserves via une stratégie de «troisième voisin» visant à diversifier ses relations interétatiques au-delà de la Chine et de la Russie, qu’il s’agisse des Etats-Unis et de la Corée du Sud, de l’Allemagne, ou de la France. Jeudi 12 octobre, deux partenariats ont ainsi été signés par le Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM) français, l’un pour favoriser la coopération des deux pays dans l'exploration minière en Mongolie, l’autre, plus spécifique, centré sur le lithium. Porté le BRGM, le service géologique mongol et le groupe CGG, le projet devrait durer 6 mois. «Il vise une région de paléo-salars mongol, afisn de développer et de déployer une technique satellitaire pour identifier des concentrations favorables en lithium», explique le directeur général du BRGM, Christophe Poinssot. Tout en précisant que si la géologie mongole est prometteuse, l’objectif est justement de pouvoir quantifier son potentiel réel. Après 25 ans en Mongolie, Orano est un exemple parfait : la mine est une industrie de temps long. 

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