[Objectif neutralité carbone] Sortie désordonnée du charbon chez ArcelorMittal

ArcelorMittal s'appuie sur un mix de technologies pour améliorer son empreinte carbone.

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L'énergie verte, le carbone circulaire et le captage de carbone sont les trois leviers du sidérurgiste pour passer de l'acier noir à l'acier vert.

Pour les sidérurgistes européens, l’enjeu est de produire un acier vert (zéro carbone net en 2050) qui reste concurrentiel avec l’acier noir, produit au charbon (métallurgique et énergétique) ailleurs dans le monde.

Côté compétitivité, ils militent depuis des années pour une taxe carbone aux frontières de l’Europe et pour un fonds de soutien à la recherche et à la transition. Côté production, l’évolution des procédés de production prend son temps. ArcelorMittal a jalonné, en décembre, son parcours vers une production zéro carbone en 2050 en y ajoutant une étape de réduction de 30 % de ses émissions en 2030. Le groupe s’appuie pour cela sur trois piliers : l’énergie verte (hydrogène puis électrolyse), le carbone circulaire (à la biomasse résiduelle) et le captage de carbone.

Avec Torero (40 millions d’euros investis) à Gand, en Belgique, ArcelorMittal espère, à compter de la fin 2020, substituer dans les hauts-fourneaux le charbon fossile par 120 000 tonnes de déchets de bois transformés en biocharbon. À Gand toujours, le projet Carbalyst (120 millions d’euros) teste le captage des gaz résiduels et leur transformation en bioéthanol. À Dunkerque, dans le Nord, c’est le projet Igar qui tente de réformer les gaz de process pour les réutiliser sous forme de syngas dans la réduction du minerai. ArcelorMittal y déploie aussi, avec plusieurs partenaires dont Axens et l’Ifpen, un pilote pour capter le carbone.

Mais le graal, pour les sidérurgistes, serait de valider une nouvelle technologie de réduction directe du minerai, soit à l’hydrogène (testé à Hambourg, où le groupe a injecté 65 millions d’euros), soit par électrolyse (c’est l’objectif du projet européen Siderwin, piloté par ArcelorMittal). Ce procédé électrochimique déjà utilisé dans la production d’aluminium réduirait de 87 % les émissions de CO2 durant la phase de transformation du minerai en acier, et de 31 % la consommation d’énergie primaire. Aux États-Unis, il est déjà utilisé pour la production d’acier bas carbone, par recyclage des ferrailles dans des fours. Et cette filière est rentable. Le premier aciériste américain, Nucor, a réalisé en 2018 un bénéfice de 2,36 milliards de dollars (sur un chiffre d’affaires de 25 milliards) en produisant 28 millions de tonnes d’acier, environ 30 % de l’acier américain. Sa production n’émet que 0,9 tonne de CO2 par tonne d’acier, contre 1,85 en moyenne dans la sidérurgie.

La France, elle, produit à peine 40 % de son acier par recyclage, malgré un mix électrique largement décarboné qui permet par exemple à Ascoval de n’émettre que 200 kg de CO2 par tonne d’acier. Mais le recyclage, pénalisé par son électro-intensivité et par le coût du travail en heures creuses (nuits et week-ends), s’avère en France moins compétitif que l’acier primaire. Résultat, la France exporte 40 % de ses ferrailles pour les réimporter sous forme de demi-produits.

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