L'Usine Nouvelle.- Vos nouvelles projections laissent escompter une année 2020 moins mauvaise que prévue il y a trois mois pour STMicroelectronics. Qu’est-ce qui justifie cet optimisme ?
Jean-Marc Chéry.- C’est vrai quand nous comparons la situation entre avril et juillet 2020. Au pic de la pandémie du Covid-19, en mars et avril 2020, le monde économique était en forte effervescence avec beaucoup de fermetures d’usine et d’incertitudes sur les commandes. Au deuxième trimestre 2020, l’automobile traditionnelle a eu à faire face à une grave crise, car les gens n’ont pas acheté de voitures pendant trois mois. Cela a amplifié les difficultés d’une industrie en pleine phase de transformation pour répondre aux nouvelles normes de sécurité et d’environnement. Cela s’est traduit pour ST par une baisse de 21 % de l’activité pour l’automobile.
Nous avons observé un début de reprise en Asie et surtout en Chine, mais pas encore en Europe ni aux Etats-Unis.
Sur le marché de l’industriel, nous escomptons une croissance séquentielle au troisième trimestre et une accélération au quatrième, de façon à aborder 2021 avec une bonne dynamique. Dans les smartphones, le deuxième trimestre est saisonnier avec les ventes les plus faibles de l’année. Mais ce marché s’est comporté mieux que prévu, et nous devons recueillir les fruits de lancements de nouveaux produits par nos clients importants au troisième et quatrième trimestres 2020. Nous sommes confiants dans nos projections pour le troisième trimestre et l’année 2020. Les dernières prévisions de marché confortent notre visibilité dans la perspective de voir tous nos produits, à l’exception du segment de périphériques informatiques, bénéficier d’une croissance séquentielle aux troisième et quatrième trimestres 2020.

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L’activité industrielle de STMicroelectronics est revenue à la normale mais l’entreprise continue à encaisser des charges de sous-utilisation de ses capacités de production. Pourquoi?
Au pic de la pandémie au milieu du premier trimestre 2020, notre priorité a été de garder en fonctionnement toutes nos usines pour continuer à fournir nos clients, mais nous avons réduit, par rotation d’équipes, l’effectif de production sur les sites industriels. A partir de début mai, nous avons rapatrié l’ensemble du personnel sans nous poser la question de la demande. Nous avons dû ajuster notre niveau de production à notre plan de vente et nos inventaires qui étaient à un niveau élevé. C’est pourquoi nous avons des frais de non saturation de nos capacités de production de 310 points de base compris dans notre marge brute au deuxième trimestre 2020. Ces charges passeront à 200 points de base au troisième et quatrième trimestres 2020. Quand nous avons investi dans notre outil de production, nous l’avons fait en attente d’un chiffre d’affaires supérieur à 9,5 milliards de dollars. C’est normal que nous ayons de la capacité excédentaire, notamment dans nos usines qui travaillent pour l’automobile comme celle à Agrate, en Italie, ou celle de Singapour, que nous espérons remplir en 2021. Ceci étant, nous n’avons à aucun moment fait appel au chômage partiel.
Les salariés s’interrogent sur l’organisation de travail post-Covid. Est-ce que STMicroelectronics va accorder plus de place au télétravail qu’avant la crise ?
ST fait de l’innovation sur toute la chaîne de valeur, depuis la R&D jusqu’à la fabrication et le test. Et il le fait au travers de ses écosystèmes intégrés à Agrate, Catane, Crolles, Tours, Rousset ou encore Singapour. L’organisation de travail se traite au niveau de chaque site. Mais nous faisons extrêmement attention au maintien du lien social entre la société et les salariés. Ce lien se fait au sein de l’entreprise et non à la maison. Les outils numériques de communication à distance comme Teams soulèvent une vraie réflexion par rapport aux voyages et aux impacts environnementaux des déplacements. Nous avons 11 sites de production, 80 bureaux et 100 000 clients dans le monde. Nous avons pris conscience de l’efficacité de ces outils qui pourront remplacer certains voyages avec beaucoup de gain de temps. Le monde post-Covid sera un monde qui voyagera moins et qui utilisera plus ces outils numériques pour échanger entre nous ou avec nos clients. Moi-même, j’ai pris l’habitude de dialoguer avec mes pairs de cette façon. Le monde d’après, c’est ça. Ces outils rendent la vie plus facile à certaines catégories de personnel (personnes fragiles, en garde d’enfant, etc.). Offrir ce confort de travail aux employés qui en ont besoin, oui. Mais permettre à des salariés de travailler sur transat aux Bahamas, non.
Vous avez annoncé la mise en production d’un capteur à temps de vol pour la caméra 3D dorsale d’un smartphone sous Android. Quelles sont vos ambitions sur ce marché ?
Depuis 2015, nous explorons deux familles d’imageurs 3D. La première utilise la technologie à lumière structurée. Nous l’avons spécialement développée pour des applications de reconnaissance faciale et sécurité sur le smartphone d’un constructeur majeur (entendez l’iPhone d’Apple). Nous continuons à l’améliorer. L’autre s’appuie sur la technologie de temps de vol pour nos capteurs de proximité qui bénéficient d’une forte pénétration dans le camp Android. Ce que nous lançons en production maintenant est un capteur à temps de vol direct pour la caméra 3D dorsale d’un smartphone vedette sous Android qui va être lancé sur le marché dans les deux-trois mois à venir. Il servira notamment à des fonctions de réalité virtuelle et augmentée. Nous n’en sommes qu’au début de notre développement dans ce domaine. Nous allons sortir un capteur à temps de vol indirect qui offre une plus grande portée. Nous avons clairement l’ambition de concurrencer Sony et AMS sur ce marché. Si nous étions jusqu’ici en retrait dans ce domaine, c’était pour donner la priorité aux autres familles d’imageurs 3D. Car nous ne pouvions pas tout faire en même temps.
STMicroelectronics avait décidé en juin 2020 de baisser de 30% le dividende versé aux actionnaires. Compte tenu du nouveau contexte, est-ce que vous allez revenir en arrière sur cette décision ?
Ce sera au conseil de surveillance d’en décider. Nous avons décidé de suspendre notre plan d’achat d’actions, de baisser les salaires du management pendant six mois et proposé au conseil de surveillance de réduire de 30 % le dividende à verser aux actionnaires avec la possibilité de réexaminer ce dernier point en septembre 2020. C’est une décision de bon sens et de solidarité dans le contexte de crise que nous vivons.
Le conseil de surveillance réexaminera ce point en septembre prochain et décidera alors de maintenir ou non la réduction de 30 % du dividende. Certes, sa réflexion sera basée sur des éléments économiques. Mais le monde reste encore en tourmente. La pandémie est toujours là et beaucoup d’industries comme l’automobile ou l’aéronautique sont en difficulté, comme en témoignent les plans massifs de suppressions d’emplois chez Valeo ou Airbus. Tout cela sera pris en compte par le conseil de surveillance.



