L'Usine Nouvelle. - Après la perte de 60% de son activité, que pèse encore Suez ?
Ana Giros Calpe. - Nous sommes encore le numéro deux ou trois à l’échelle mondiale dans l’eau et le numéro trois dans les déchets. En France, où nous conservons notre périmètre [5 milliards d’euros sur les 7 milliards de chiffre d’affaires, ndlr], nous allons nous positionner sur un registre assez différent de notre concurrent, qui recherche avant tout les volumes. Nous voulons rester le référent pour développer de nouvelles technologies, notamment avec les start-up, et avoir une implantation locale. Nous serons 35 000 au lieu de 90 000, mais nous garderons cet ADN et deviendrons plus agiles.
À l’international, quel bilan faites-vous de cette OPA, qui vous a particulièrement affaibli dans des régions comme l’Amérique ?
Nous conservons des activités importantes sur deux continents : en Afrique et en Asie. Notre périmètre en Afrique reste intact, avec un chiffre d’affaires de 1 milliard d’euros et plus de 6 500 collaborateurs. Nous avons une base très importante en Égypte, au Maroc et au Sénégal.

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A Dakar, nous avons déjà une couverture de 98 % de la population en eau.
Comment évolue le contrat de Dakar pour l’approvisionnement en eau potable de 7 millions d’habitants ?
Le 1er janvier 2020, nous avons démarré dans un délai record, en deux mois au lieu des six mois prévus. Nous avons accéléré la transition numérique avec la pandémie, notamment grâce à un partenariat avec Orange pour numériser la relation clientèle (réclamations, factures, incidents...). L’usine KMS3 a été inaugurée il y a quelques mois déjà. Nous utilisons les mêmes technologies qu’en France pour détecter rapidement les fuites sur le réseau et avons déjà une couverture de 98 % de la population en eau dans la capitale sénégalaise.
En Asie, où Veolia a repris une partie de vos activités, quelle est votre situation ?
Nous avons cédé des incinérateurs de déchets dangereux en Chine et nos activités à Taïwan et Hong Kong, mais conservons toutes nos activités dans l’eau, y compris la trentaine de coentreprises dont nous faisons partie. Nous gardons le contrôle opérationnel car nous souhaitons travailler avec nos standards. En Chine, 99 % des équipes (8 000 personnes) sont chinoises.
Finalement, où avez-vous perdu 10 milliards d’euros d’activités ?
Nous avons dû céder toutes nos activités en Amérique, notamment aux États-Unis avec WTS (Water Technologies & Solutions), en Espagne, au Royaume-Uni et une partie en Australie. Nous conservons une petite activité de smart solutions au Brésil et au Mexique, ainsi que la gestion de l’eau en Australie. En Europe, nous avons un bon ancrage en Italie, où nous avons signé tout récemment un partenariat avec Acea sur les compteurs d’eau intelligents, et nous sommes présents en Tchéquie et en Pologne dans le cadre de concessions d’eau.
Nous avons besoin de la France pour développer l’international et vice-versa.
Et au Moyen-Orient ?
Nous y avons perdu presque toutes nos activités. Mais nous n’abandonnons pas cette région du monde. D’ailleurs, dans l’accord signé avec Veolia, tout appel d’offres que nous remporterions à compter du 1er décembre serait conservé par Suez.
La France reste votre principal terrain, avec près des trois-quarts de l’activité. N’existe-t-il pas un réel déséquilibre ?
Nous allons décloisonner la France dans ce nouveau Suez. Nous avons besoin de la France pour développer l’international et vice-versa. Jusqu’ici, c’était un peu difficile. Suez va en profiter pour ouvrir les portes, travailler de façon plus collaborative, plus transverse. Nous comptons mettre à profit les innovations développées en France pour reconquérir des marchés à l’international.
Propos recueillis par Olivier Cognasse



