Imminente, la fin du feuilleton Veolia-Suez donne naissance à un champion français des services à l’environnement. L’opération s'achève officiellement ce 18 janvier et le nouveau Suez s’apprête à voir le jour avec à sa tête une nouvelle patronne, Sabrina Soussan. Pour les représentants syndicaux, dont la plainte a déclenché une enquête diligentée par le Parquet national financier, l’espoir de bloquer l’OPA est désormais quasiment nul.
Au terme de sa cure d’amaigrissement forcée, le nouveau Suez ne conserve que 40% de l’activité de l’ancien groupe (7 milliards d’euros), tandis que Veolia voit bondir son chiffre d’affaires à environ 37 milliards d’euros. Pour valider l’opération, l’Autorité de la concurrence a exigé de Veolia certaines cessions dans l’eau industrielle – ce qui pourrait intéresser le troisième larron de la gestion de l’eau en France, Saur – et dans les déchets dangereux, où Paprec et Séché s’apprêtent à passer à l’offensive. À moins que Suez ne mette tout le monde d’accord et remporte la mise pour se remplumer un peu.
Le mercato des services à l’environnement ne s’est pas limité au haut du classement. Les mouvements s’accélèrent, surtout dans le secteur des déchets, mais aussi dans le traitement et la gestion de l’eau. Ce marché, mature en France pour alimenter la population en eau potable, redevient attractif en raison de l’aggravation du stress hydrique, qui rend indispensable la réutilisation des eaux usées à des fins agricoles et industrielles. Le secteur de l’eau industrielle est d’ailleurs très convoité.
Saur profite de l’OPA de Veolia

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Mars 2026
Polypropylène - 05-1-52 Chutes PP rigides naturelsVariation en €/tonne
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Mars 2026
Vieux papiers, sortes ordinaires - Moyenne France-Export - 1.05 Ondulés récupérés (ex A5)Variation en €/tonne
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Mars 2026
Plastiques issus des DEEE - PAMVariation en €/tonne
Troisième opérateur en France, Saur a réalisé plusieurs acquisitions pour développer ces activités au cours de ces deux dernières années. Il a racheté en 2020 le néerlandais Nijhuis Industries, spécialisé dans les solutions de traitement de l’eau industrielle. Il avait acquis quelques mois auparavant le hollandais Econvert et l’italien Unidro.
« L’eau industrielle représente 250 millions d’euros sur un chiffre d’affaires de 1,4 milliard d’euros en 2020, détaille Patrick Blethon, le président exécutif du groupe Saur. Dans les concessions d’eau municipale, nous avons racheté le portugais Aquapor en 2021 et sommes le numéro trois dans la péninsule ibérique. » Saur réalise aujourd’hui 40 % de son résultat à l’international, contre 5 % avant 2018. Son patron se félicite de l’OPA de Veolia. « Il est difficile d’avoir des super-champions. Il était important que Veolia reprenne le flambeau. Il va tirer le marché de l’eau vers le haut. »
Le marché du recyclage, lui, n’a jamais été aussi dynamique. « C’est un ensemble, un environnement global, législatif et sociétal, qui est favorable à son essor. De plus en plus d’entreprises sont obligées de recycler et d’acheter des matières recyclées, explique Pierre Paturel, qui a dirigé l’étude de Xerfi sur le secteur. La moitié du chiffre d’affaires provient des métaux, mais les enjeux se déplacent autour des plastiques. C’est un mouvement de fond qui va perdurer. »
Ce que confirme l’interprofession. « C’est la poursuite d’un phénomène de consolidation qui a débuté autour des métiers de l’environnement il y a quelques années, analyse François Excoffier, le président de la Fédération des entreprises du recyclage (Federec). Pour l’OPA de Veolia, l’objectif n’est pas national, mais plutôt de faire un champion international. Le phénomène de concentration va se poursuivre, même si la France a horreur des situations monopolistiques. Les concentrations entraînent une autre dynamique. Les PME et TPE vont en profiter. »
Ecore tombe sous la coupe de Derichebourg
La deuxième plus grosse opération concerne le rachat d’Ecore (881 millions d’euros de chiffre d’affaires) par Derichebourg (3,6 milliards d’euros). Elle a été achevée le 17 décembre après approbation par les autorités de la concurrence. Le nouveau groupe détiendrait 85% des capacités de broyage françaises. Derichebourg s’est donc engagé à céder quatre sites de valorisation équipés d’un broyeur et quatre sites de collecte. Les acteurs du secteur sont à l’affût. En France, Veolia a dû céder les agences d’Osis (ex-Suez) en Ile-de-France (plus de 200 salariés) au groupe Séché, qui avait déjà remporté une belle acquisition en 2021 dans la dépollution, en reprenant l’entreprise sud-africaine Spill Tech (1 300 salariés).
Autre acteur très actif, Paprec a encore réalisé plusieurs acquisitions : Actiplast, Cnim, Dalkia Wastenergy (ex-Tiru) et Inova. Au total, il intègre un millier de personnes. Surtout, il développe ses activités dans un nouveau champ, la valorisation énergétique (un tournant pour ce groupe longtemps centré sur la valorisation matière). Il s’étend également à l’étranger (au Royaume-Uni, en Pologne, en Azerbaïdjan…) où il était jusqu’ici très frileux. « Ces acquisitions augmentent notre chiffre d’affaires de 300 millions d’euros, sur un total qui devrait atteindre 2 milliards d’euros, précise Sébastien Petithuguenin, le directeur général de Paprec. Dans le secteur des déchets, nous vivons une période incroyable. Notre priorité est de digérer ces acquisitions et de bien intégrer ces nouvelles équipes. Mais les deux tiers de la croissance se font en interne, notamment en investissant dans de nouvelles solutions et capacités de production. »
Pour Paprec, l’actualité concerne avant tout la papeterie de Chapelle Darblay, où il a été choisi par le propriétaire finlandais UPM pour reprendre le site avec Samfi et développer une activité de tri de déchets et de production de combustibles solides de récupération (CSR). Une solution rejetée par les politiques et les syndicats opposés à un projet qui signe la mort de la papeterie. S’il est de plus en plus dans l’air du temps, le recyclage n’est pas systématiquement porté aux nues.
Les principaux acteurs français
Le marché mondial (chiffre d’affaires en 2020)
Eau : 600 milliards d’euros
Déchets : 390 milliards d’euros
Veolia-Suez (parts du marché mondial)
Avant OPA : Veolia 3%, Suez 2%
Après OPA : Veolia 5%
Le marché français (chiffre d’affaires en 2020)
Eau : environ 14,5 milliards d’euros
Déchets : environ 17 milliards d’euros
Chiffres d’affaires en 2020 (en euros)
Veolia : 26 milliards (37 milliards après OPA)
Suez : 17,2 milliards (7 milliards après OPA)
Paprec : 1,6 milliard
Derichebourg Environnement : 2,7 milliards (2020-2021)
Saur : 1,4 milliard
Ecore GDE : 881 millions
Séché : 675 millions
Sources : L’Usine Nouvelle, entreprises



