L'Usine Nouvelle – Comment décririez-vous Arabelle Solutions, la nouvelle filiale du groupe EDF ?
Frédéric Wiscart –Arabelle Solutions fabrique des turbines et des alternateurs qui équipent un tiers des centrales en exploitation dans le monde entier. L’entreprise compte 3300 personnes dans 15 pays. Les constructions neuves de centrales nucléaires représentent 60% de l’activité, et les services, incluant la maintenance, la réparation et les pièces des rechanges, 40%. Le site de Belfort et le centre le plus important avec 1300 personnes. Nous avons quatre autres sites de production, dont une usine en Inde, à Sanand, de 350 personnes environ, qui produit des turbines et des alternateurs pour les centrales nucléaires indiennes. Elle fabrique aussi des pièces pour Hinkley Point C et assure le service. Il y a aussi deux ateliers dédiés aux services à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) et à Rugby (Royaume-Uni) de plus de 100 personnes chacun. Enfin, nous avons un atelier de cartes électrochimiques de 50 personnes à Ludres (Meurthe-et-Moselle) à côté de Nancy.
L'intégration dans le groupe EDF entraine-t-elle une évolution de la stratégie industrielle ?
Notre intention est la stabilité et la permanence de l’organisation. En termes de capacité de fabrication, notre centre d’excellence qui est Belfort à la capacité de livrer deux ensembles turbines – alternateur par an. Nous souhaitons à l’avenir augmenter cette capacité. Cela passera par une réduction des délais de fabrication, des embauches et des investissements ciblés. La stratégie industrielle d’augmentation de la capacité est avant tout ciblé sur Belfort. L’horizon de ce programme dépendra de l’évolution du carnet de commandes. Aujourd’hui, nous avons un carnet de commande solide avec notamment des projets en France, en Grande-Bretagne et des possibilités en Pologne et en République tchèque. Le programme d’investissement dépendra de la matérialisation et du calendrier de réalisation de ces opportunités.

- 2.1888+3.79
27 Mars 2026
Gazole France TTC€/litre
- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 1.2165+5.8
27 Mars 2026
Gazole France HTT€/litre
Travaillez-vous déjà sur la première série de six EPR 2 ?
Nous avons déjà reçu une commande pour le programme EPR2. Et nos équipes travaillent sur Penly en phase active d’ingénierie. Nous sommes en train de réaliser les premiers approvisionnements. Nous livrerons le groupe turbo-alternateur, ses équipements auxiliaires et les principaux échangeurs de chaleur clé en main. Cela inclut l’ingénierie, l’approvisionnement, la fabrication, l’installation sur le chantier, le support à EDF pour la mise en service et les essais.
Les contrats de services et de maintenance sont-ils déjà signés ?
Nous avons déjà un contrat de maintenance et de service à long terme signé pour le projet Hinkley Point C en Grande-Bretagne. Un contrat similaire n’est pas encore négocié pour le programme EPR2.
L’avenir du site de Belfort dépend-il maintenant de la construction des EPR ?
La stratégie d’Arabelle Solutions reste une stratégie multiréacteurs. Nous avons l’ambition de fournir des groupes turboalternateurs et les équipements auxiliaires pour les centrales EPR, mais aussi pour des centrales qui seraient par exemple équipées de réacteur Westinghouse. Nous travaillons notamment sur l’opportunité du projet Polonais dont le réacteur serait un réacteur de technologie Westinghouse. Belfort sera le fabricant des turbines et des alternateurs pour ce type de réacteur, là encore, si l’opportunité se matérialise.
On parle beaucoup de SMR. Arabelle Solutions a-t-il vocation à produire des turbo-alternateurs pour ces mini-réacteurs ?
Aujourd’hui, notre portefeuille de technologie inclut déjà des technologies de turbine et d’alternateurs de taille adaptée aux SMR. Nous serions capables d’en lancer la fabrication. Ce sont des technologies existantes et déjà éprouvées. Notre stratégie est bien de fournir des turbines et des alternateurs pour les SMR. Cela peut être une technologie Nuward ou d’autres développeurs comme Rolls-Royce, GE Hitachi, Nuscale et Westinghouse. Nous travaillons d’ores et déjà avec tous ces développeurs en phase pré-ingénierie et de développement de projet.
Ces mini turbo-alternateurs seraient-ils produits à Belfort ?
C’est techniquement possible de fabriquer ces équipements à Belfort. Après, le schéma industriel pour les projets SMR dépendra de la localisation de ces projets. Dans tout projet nucléaire, il y a des enjeux de localisation, de régionalisation. Cela va dépendre également de l’équation économique.
Y a-t-il un avantage économique à produire en Inde ?
On sait que les coûts de production et de main d’œuvre en Inde sont inférieurs à ceux en Europe de l’Ouest. Toutefois, si le coût de main d’œuvre est une variable de l’équation économique, ce n’est pas la seule. Il y a les frais logistiques, les frais d’approvisionnement en matières premières et en produits semi-finis. Cela dépend vraiment du projet et de sa localisation.
Quels sont vos relations avec Rosatom ?
Le sujet aujourd’hui est de réaliser le carnet de commande. Il est de réaliser le projet Akkuyu en Turquie (4 réacteurs VVER-TOI 1250 MW) et le projet El-Dabaa en Égypte (4 réacteurs VVER-1200 MW). Nous avons les licences nécessaires pour réaliser ces projets et les mener à leur terme.
Que change l’intégration de l’entreprise au groupe EDF ?
Nous allons nous inscrire dans une évolution, qui n’est pas une révolution. Ce qui change, c’est l’inscription dans la stratégie du groupe EDF de long terme avec le développement du nucléaire et la contribution à la transition énergétique et la cohérence avec sa raison d’être. Arabelle Solutions va aussi bénéficier de l’image et de toutes les actions que le groupe EDF mène en termes de recrutement.
Quels sont vos besoins en recrutement ?
Notre plan actuel de dix-huit mois, qui a commencé à l’été 2023, a un objectif de 400 recrutements à l’horizon de la fin de l’année. On est aujourd’hui au rendez-vous pour l’atteindre. Cela représente une augmentation de 10% nos effectifs et un peu de remplacement. Mais nous avons très peu de départs. Nous recrutons dans nos usines, dans nos bureaux d’études et sur les activités de services et les interventions dans les centrales en exploitation.
Quel est le principal défi d’Arabelle Solutions ?
Notre principal défi est d’exécuter notre carnet de commande et de réaliser quelques-unes des opportunités mentionnées (Pologne, république Tchèque) afin de pouvoir croître. Cette croissance sera accompagnée d’une campagne de recrutement.



