Après avoir agité plusieurs fois la menace, les sénateurs en charge de la Commission d’enquête sur les pratiques des minéraliers ont franchi le Rubicon : ils ont annoncé dans la soirée du 12 mai la saisine du procureur de la République. En cause, les propos de Ronan Le Fanic, directeur industriel de Nestlé Waters, lors de son passage devant la chambre haute. Le dirigeant a été entendu sous serment le 26 mars.
Des propos rapidement démentis par les faits
Le communiqué de presse du Sénat détaille ce qui l’a poussé à saisir le procureur : «Aux questions du rapporteur de la commission d’enquête qui lui demandait s’il y avait eu, "entre janvier et mars (2025) […] des incidents d’exploitation sur le site de Vergèze dans le Gard", qui s’entendent de "problèmes sur la production, notamment des arrêts liés à des contaminations ou à des difficultés sur la ligne de production […] à Vergèze", M. Le Fanic a répondu sous serment que : "Il n’y a rien eu qui sortait de la routine. Nous n’avons pas subi d’épisode cévenol cette année et j’espère qu’il n’y en aura pas". Le rapporteur a alors souhaité avoir confirmation en demandant : "Il n’y a donc pas de problème sur les lignes de production à Vergèze ? Vous pouvez le certifier sous serment ?", ce à quoi M. Le Fanic a répondu : "Oui, pour l’instant, l’activité est routinière".»
Problème, «l’enquête de la commission démontre que les 10 et 21 mars 2025 les lignes de production de Perrier ont été affectées par des contaminations bactériennes». Ces contaminations seront révélées par Radio France le 18 avril. Environ 300000 bouteilles auraient été bloquées à cette occasion. La justice devra trancher.
Le Sénat accable Nestlé
Les sénateurs en charge de la commission d’enquête ont agité à plusieurs reprises la menace du parjure devant les dirigeants de Nestlé, venus en nombre s’exprimer devant la chambre. Mi-mars, lorsque Muriel Liénau, la responsable de la division eaux de la multinationale suisse, est passée devant la Commission d’enquête, le chiffon rouge a déjà été agité. Mais la bataille en coulisse a fait rage, le dernier mot revenant en la matière à Gérard Larcher, président du Sénat.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
«Devant la Commission d’enquête, les représentants du groupe Nestlé Waters ont bien souvent refusé de déposer ou ont présenté des réponses robotiques, indique le rapporteur Alexandre Ouizille par voie de communiqué. Néanmoins, dans le peu qu’ils ont accepté de partager avec les membres de la commission, se sont glissées des contre-vérités manifestes. À ce stade, au moins un parjure a été identifié.»
Et le Sénat aurait pu également statuer sur le cas d'Alexis Kohler, l'ex-secrétaire général de l'Elysée qui a refusé de répondre à la convocation de la même commission d'enquête. Il devait être auditionné le 8 avril et a mis en avant la séparation des pouvoirs pour justifier une telle décision. Pourtant, il était essentiel de pouvoir l'entendre sur sa rencontre avec les dirigeants de Nestlé. Selon une ordonnance du 17 novembre 1958, une personne qui ne comparait pas devant une commission d'enquête est passible d'une peine d'emprisonnement de deux ans et de 7500 euros d'amende.



