L’expertise réalisée par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses) sur les eaux minérales de Nestlé Waters pourrait avoir des répercussions sur l’emploi. C’est en tout cas ce que craignent les organisations syndicales, après que Franceinfo et Le Monde ont mis au jour, le 4 avril dernier, un rapport de l’Anses pointant des problématiques de «qualité sanitaire» sur les eaux du groupe suisse.
La CGT des sites vosgiens d’embouteillage (Vittel, Contrex, Hépar) s’est déclarée «très surprise» par ces révélations, dans la mesure où l’Agence régionale de santé (ARS) «garantit la sécurité alimentaire de nos eaux embouteillées» via «de nombreux contrôles sur les eaux et forages». La centrale syndicale trouve «inconcevable» que l’ARS ait autorisé leur commercialisation «si la qualité sanitaire n’était pas assurée».
La CGT rappelle par ailleurs que «derrière les marques, il y a des travailleurs», en l’occurrence 2000 personnes employées au total par Nestlé Waters en France et réparties sur les sites d’embouteillage de Vergèze (Gard), Vittel et Contrexéville (Vosges), ainsi qu’au siège social d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine).
Déjà un plan de sauvegarde de l'emploi en 2023
L’impact de ces nouvelles révélations est d’autant plus fort qu’elles s'ajoutent à celles du 30 janvier dernier, dans lesquelles nos confrères de Franceinfo et du Monde dévoilaient l’utilisation, par plusieurs minéraliers français, de traitements interdits afin de purifier leurs eaux.
Dans les jours suivants, l’association Foodwatch a porté plainte contre Nestlé Waters et le groupe Alma (Cristalline, Saint-Yorre, Vichy Célestins, ...) devant le tribunal judiciaire de Paris, relevant neuf infractions à la règlementation française et européenne. Enfin, dans les Vosges, une enquête préliminaire a été ouverte en janvier 2023 par le parquet d'Épinal à l'encontre du minéralier, en vue de démontrer si la dénomination «eau minérale naturelle» est trompeuse ou non.
Christophe Kauffmann, secrétaire CDFT du comité de groupe de Nestlé en France, évoque une série de dossiers «qui risquent d’avoir un impact significatif sur les ventes». Dans les Vosges, la direction de la multinationale suisse a déjà engagé un plan de sauvegarde de l’emploi il y a un an, invoquant l’arrêt des ventes de Vittel en Allemagne, à la suite d’un boycott. La suppression de 171 postes, sans départs contraints, devrait réduire l’effectif dans le bassin local à 550 emplois pour produire 1,3 milliard de bouteilles d’eau minérale par an.
Des produits alternatifs pour pérenniser l'emploi
Afin d’en savoir davantage sur la stratégie du groupe dans l’Hexagone, la CFDT pourrait déposer un droit d’alerte économique au sein de l’entité Nestlé Waters marketing et distribution basée à Issy-les-Moulineaux. Christophe Kauffmann souhaite la mise en place rapide de «solutions alternatives» de nature à pérenniser l’emploi, citant en exemple les boissons aromatisées «Maison Perrier» lancée il y a quelques semaines ; une gamme qui capitalise sur la notoriété de la marque, sans puiser dans les forages des sources Perrier. Une recette déjà appliquée aux eaux aromatisées de San Pellegrino.
Sollicité par L’Usine Nouvelle, Nestlé (qui emploie 270000 personnes dans le monde et affiche un chiffre d’affaires de 94,8 milliards d’euros en 2023) indique avoir pu consulter le rapport de l’Anses le 5 avril dernier, le lendemain de sa révélation dans les médias.
L'entreprise explique que le document publié en octobre 2023 avait pour objectif d'apporter un appui scientifique et technique aux ARS supervisant les sites français du groupe. «Ces autorités se sont appuyées sur ce rapport pour guider la mise en œuvre des mesures de contrôle renforcées mises en place fin 2023», indique Nestlé France dans un communiqué.
Muriel Lienau, présidente de Nestlé France insiste sur le fait que «la sécurité alimentaire et la qualité de nos eaux minérales naturelles ont toujours été garanties et restent notre priorité» et assure que «nos eaux minérales naturelles Hépar, Contrex, Vittel et Perrier peuvent être consommées en toute sécurité et leur composition minérale est conforme à leurs étiquetages».



