Immatriculations de nouvelles voitures, construction d’immeubles résidentiels, commandes des entreprises… Depuis le début de l’année, chaque nouvelle de Chine est scrutée par les marchés des métaux, dont les cours montent et décroissent selon l’optimisme des notes de conjoncture et des prévisions. Il n’empêche : malgré l’annonce régulière d’un “retour” du marché chinois, encore portée par une baisse surprise des taux directeurs mi-juin, sa puissance d’achat hors-normes se fait attendre. L’index des métaux industriels de S&P est parlant : alors que les prix des métaux non ferreux étaient très hauts début 2022, ils ont depuis dégringolé, avec une perte de près de 10% sur la première moitié de 2023 !
Une baisse de 8% sur les marchés des métaux en 2023
La tendance n’est pas spécifique aux métaux. Selon les perspectives annuelles sur les matières premières de la Banque Mondiale, publiées en avril, le prix des commodités devrait baisser de 21% en 2023. Une tendance portée par l’énergie (-26%), alors que les métaux de base et les denrées agricoles se négocieront en moyenne 8% moins cher qu’en 2022. «Si l’on regarde les tendances, il n’y a pas de chute mais tous les prix sont en tendance baissière, confirme Peter Ghilchik, directeur de l’équipe transversale sur les produits de base au sein du cabinet britannique CRU. Cela s’explique principalement par la baisse de la demande, et par les attentes envers la reprise chinoise plus faibles qu’en début d’année, quand le sentiment était que la Chine sortait des restrictions liées au Covid-19 et allait connaître un fort rebond.» L'analyste juge que la demande ne repartira pas en flèche, et ne prévoit pas d’augmentation significative des prix avant la fin de l’année.
L'explication ? Face à la guerre en Ukraine, à la hausse des taux d’intérêt et aux difficultés financières chinoises, la construction et l’industrie peinent. Mais les métaux ne sont pas bradés pour autant. «Je serais prudent avant de dire que les prix sont bas. Depuis quelques années, ils étaient particulièrement hauts - voire exceptionnels si l’on pense aux marges de l’acier - et on peut considérer que les marges se normalisent, avec des prix qui se rapprochent des coûts», commente Peter Ghilchik. Au prix d'une pression naissante sur les mines les moins performantes, dont la rentabilité peut se trouver menacée.
Première victime : la mine de zinc Tara, de Boliden
Derrière la dynamique globale se cachent des histoires et des perspectives différentes. Les prix de l’aluminium, par exemple, sont moins sensibles aux variations de demande (quelques centaines de milliers de tonnes de surcapacité pèsent peu sur un marché de 70 millions de tonnes) qu’aux prix de l’énergie et à la possibilité des producteurs à s’assurer des contrats à long-terme. Au contraire, la baisse des cours du cuivre (passés de 9 500 dollars la tonne en début d’année à près de 8 000 fin mai, avant de remonter autour de 8 500 fin juin) s’explique par l’équilibre actuel du marché. Mais les coûts bas risquent de décourager les investissements et d'entrer en conflit avec les besoins à venir du métal, future star de la transition énergétique.

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Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
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Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
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Indices des prix internationaux des matières premières importées - Pâte à papier - En eurosBase 100 en 2010
Le zinc ou le nickel, eux, sont en surplus en raison de leur dépendance aux aciers, et donc à la construction, alors que les capacités de raffinage augmentent. Les prix du premier, qui ont dépassé les 4 500 dollars la tonne en mars 2022, sont désormais bien en-dessous des 2 500 dollars... au point de pousser le suédois Boliden à fermer temporairement son site irlandais de Tara – la plus grande mine de zinc d’Europe – depuis la mi-juin. L’étain enfin, est remonté autour de 27 000 dollars après une chute à 18 000 en novembre dernier, et reste porté par l’électronique et des incertitudes de production en Birmanie et en Indonésie.
Ces dynamiques diversifiées peuvent conduire à remettre en question le rôle de locomotive que joue le marché chinois pour les cours des métaux depuis quelques décennies. Par son ampleur, ce dernier reste très scruté, mais sa petite forme industrielle risque de durer et ne lui permettra plus à lui seul de porter l’économie mondiale, jugent certains analystes en pointant son passage vers les services et ses enjeux démographiques. Un point de vue développé par la banque d’investissement Jefferies, qui écrit dans une note datée de fin juin que «le “super-cycle” chinois, qui était le produit de son urbanisation et de son industrialisation, est terminé, et le cycle de la transition énergétique et de la décarbonation vient juste de commencer». Une dynamique qui remet sur le devant de la scène la demande des Etats-Unis et de l’Europe.



