Malgré le manque à gagner, les fuites de méthane restent «obstinément élevées», selon l’AIE

Malgré les progrès en matière de technologies pour les dépister et les éliminer et l’engagement de 159 États à les réduire, les émissions de méthane de l’énergie ne baissent pas, selon le dernier Global Methane Tracker de l’AIE. Le manque à gagner, pour les producteurs, est pourtant énorme.

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Stockage petrole port de Rotterdam
150 milliards de mètres cubes de gaz sont brûlés à la torche dans le monde.

L’argument climat n’imprime plus ? Qu’à cela ne tienne. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) tente une autre approche pour inciter ses membres à lutter contre les fuites de méthane, au pouvoir d’effet de serre 30 fois plus important que celui du CO2. Alors que les émissions de méthane issues de l’exploitation du pétrole, du gaz naturel, du charbon et des bioénergies «restent obstinément élevées», l’AIE explique dans son rapport annuel sur le sujet, le Global Methane Tracker publié le 7 mai, que «les mesures de lutte contre les émissions de méthane auraient pu permettre de mettre sur le marché 100 milliards de mètres cubes de gaz supplémentaires en 2024», soit «autant que les exportations totales de gaz de la Norvège».

«La lutte contre les fuites et le torchage du méthane offre un double avantage : elle atténue la pression sur les marchés gaziers tendus dans de nombreuses régions du monde, renforçant ainsi la sécurité énergétique, tout en réduisant les émissions», déclare Fatih Birol, directeur exécutif de l'AIE, dans un communiqué. 

Le secteur de l’énergie n’est que le second secteur responsable des émissions de méthane anthropique (environ 145 millions de tonnes par an), derrière l’agriculture (environ 170 Mt/an) et devant les déchets, (environ 75 Mt/an). Chaque année, en effet, quelque 150 milliards de mètres cubes de gaz sont brûlés à la torche dans le monde, dont la majeure partie fait partie des pratiques habituelles et peut être évitée. Le gaz, issu notamment de l’exploitation du pétrole, peut pourtant être purifié et exploité pour produire localement de l’électricité, comme TotalEnergies s’engage à le faire en Irak.

Du méthane s’échappe également dans les étapes d’extraction, de transport et de liquéfaction et regazéification du gaz naturel liquéfié, mais aussi de l’utilisation du charbon et de la production de bioénergies, lors de la mauvaise combustion du bois, ou de la production de biogaz. Mesurées pour la première fois cette année dans le Global Methane Tracker, les émissions des puits de pétrole et de gaz abandonnés et des mines de charbon représentent 8 millions de tonnes, soit 5% des émissions de méthane liées au secteur de l’énergie.

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L'équivalent des exportations de gaz de la Norvège perdues

Au niveau géographique, en 2024, 906 événements de super émissions dans des installations pétrolières et gazières réparties dans 47 pays, selon les données du satellite Sentinel-5P de l'Agence spatiale européenne, traitées par le cabinet d'analyse Kayrros. Ceux-ci ont représenté environ 4,6 Mt de méthane dans l'atmosphère, estime l’AIE. Les plus mauvais élèves sont le Turkménistan (287 événements), les États-Unis (190 événements, notamment sur un site du Texas) et la Russie (154 événements) où le nombre a doublé par rapport à 2023.

Outre le bénéfice économique, stopper ces émissions aurait un effet très positif dans la limitation du réchauffement climatique. Selon l’AIE, réduire les émissions mondiales de méthane de 30% au cours de la prochaine décennie aurait le même impact sur le réchauffement climatique d'ici le milieu du siècle que la transition immédiate du secteur mondial des transports vers la neutralité carbone. Même si les deux actions restent nécessaires et que l’un ne peut se substituer à l’une à l’autre.

Selon le rapport de l’AIE, environ 70% des émissions annuelles de méthane provenant du secteur de l'énergie pourraient être évitées grâce aux technologies existantes. Et les engagements existants des 159 États engagés dans le Global Methane Pledge (GMP), qui couvre 80% de la production mondiale de combustibles fossiles, permettraient de réduire de 40% les émissions d'ici à 2030.

Les pays qui participent au GMP s'engagent à collaborer pour réduire collectivement les émissions mondiales de méthane issues de l'activité humaine (toutes sources confondues, sans se limiter à l'énergie) d'au moins 30% par rapport aux niveaux de 2020 d'ici à 2030. Hélas, seule la moitié de ces engagements est soutenue par des politiques et réglementations détaillées. «Les dernières données indiquent que la mise en œuvre des mesures relatives au méthane n'est toujours pas à la hauteur des ambitions», observe le patron de l’AIE. Alors que les prix du gaz sont redevenus bas, pas sûr que l’argument économique fasse mouche.

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