Chronique

La méthode TotalEnergies pour réduire de 80% ses émissions de méthane en dix ans

TotalEnergies annonce le 16 mai le lancement d’une campagne mondiale de détection par drone de ses émissions de méthane. L’occasion d’analyser sa méthode pour les réduire de 80% d’ici à 2030.

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Mesure méthane avec drone Ausea
TotalEnergies lance une campagne de mesure par drone de ses émissions de méthane sur ses 150 sites de production et de raffinages dans le monde.

Pour ceux qui en doutaient encore, TotalEnergies est avant tout une boîte d’ingénieurs. C’est donc grâce à la technologie que le pétrolier s’attaque à l'un des plus grands défis de la lutte contre le dérèglement climatique : les émissions de méthane (CH4) anthropiques. Le méthane est un gaz à un effet de serre 25 fois plus puissant que le dioxyde de carbone (CO2) à 100 ans. 600 millions de tonnes (Mt) de ce gaz à fort pouvoir de réchauffement sont relâchées chaque année dans l’atmosphère, dont un tiers (190 Mt) par le milieu naturel. Le reste est émis par l’homme, via l’agriculture pour un tiers, les déchets et autres actions humaines pour un autre tiers, et le reste par l’exploitation des énergies fossiles, dont 80 Mt rien que pour le pétrole et le gaz.

Après avoir déjà divisé par deux ses émissions de méthane entre 2010 et 2020, principalement en réduisant le torchage sur ses installations, TotalEnergies émet encore 49 000 tonnes de méthane par an. Il s’est fixé pour objectif de réduire le solde de 50% d’ici à 2025 et de 80% à 2030 - comparé à 2020 (64 000 t/an). Ses émissions sont dues pour la moitié aux évents, les dégazages volontaires lors des opérations d’exploitation, pour environ 25% au torchage et pour 25% aux émissions fugitives ou fuites.  

Repérer les sites à fort taux d'émissions par satellite

Si, grâce à des capteurs de flux, TotalEnergies connaît déjà assez précisément le volume de ses émissions site par site, il manquait d’informations sur l’origine précise des fuites, leur importance, mais aussi sur le volume de méthane réellement brûlé lors du torchage, et donc converti en CO2. Grâce à une campagne d’analyse de données satellitaires avec la société canadienne GHGSat, TotalEnergies sait déjà qu’aucun de ses sites n’émet plus de 100 kilogrammes de méthane par heure. Pour compléter ses informations, la major française discute aussi avec la start-up française Kayrros, qui sait détecter précisément depuis l’espace des émissions de 5 à 10 tonnes par heure.

Préciser les sources de fuites de méthane par drone

Reste aussi à savoir précisément d’où proviennent les émissions et de quelle nature elles sont. Pour cela, TotalEnergies a travaillé depuis 2017 avec le CNRS et l’université de Reims Champagne-Ardenne à l’élaboration d’un drone détecteur de CH4 et de CO2, Ausea (Airborne ultralight spectrometer for environmental applications). Associé à une station météo avec un lidar pour mesurer les vents et à un logiciel, il permet de cartographier précisément les émissions de méthane et de CO2 autour d’un site. Après un test de cent jours mené en 2019 et 2020 sur quatre installations de types différents en mer et à terre au Gabon, aux Pays-Bas, en Italie et au Nigeria, TotalEnergies a décidé de déployer cette technologie sur l'ensemble de ses 150 sites dans 16 pays. Le nombre de drones Ausea sera porté de 4 à 18 d’ici à fin 2022. Un test sur un drone autonome est également prévu cet été en mer du Nord, en vue d’équiper à terme tous les sites pour des mesures régulières. Un capteur d’oxyde nitreux (NO) pourrait être ajouté. Le développement du drone détecteur de méthane à coûté 2 millions d'euros, et la campagne de mesures en mobilisera 5,5 millions de plus.

Déployer des technologies anti-évents

« Au Nigeria, le drone a permis en 2021 de détecter, puis réparer une importante fuite, réduisant ainsi de 4000 tonnes les émissions du groupe », explique Louise Tricoire, la responsable de l’unité Customer Line CO2, qui pilote le projet. Mais TotalEnergies n’attend pas d’avoir fini sa campagne de mesure pour agir. Il a commencé à déployer la solution de Qnergy, pour réduire les évents en remplaçant le gaz sous pression utilisé dans les instruments par de l’air comprimé à l’électricité verte. 400 puits de gaz de schiste aux États-Unis doivent en être équipés d’ici à 2024, permettant une réduction de 7000 tonnes de CH4.

Limiter le torchage de gaz

La traque au torchage, qui n’existera plus sur les nouvelles installations, est aussi lancée. Des solutions technologiques sont également déployées pour améliorer la combustion du méthane lors des torchages résiduels, et pour diminuer les émissions de CO2 du groupe. Au total TotalEnergies a lancé 400 projets de réduction des gaz a effets de serre qui devraient permettre de réduire de 7 millions de tonnes équivalent CO2 les émissions du groupe. Louise Tricoire ne sait pas précisément combien concernent le méthane. Une seule chose est sûre, la réduction de la production n’en fait pas partie.

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