On l’a vu avec la Birmanie, un article de presse peut parfois obliger TotalEnergies à plus de vertu. En mai 2021, après des révélations du journal Le Monde, le groupe français avait annoncé qu'il suspendait le versement de dividendes issus du transport du gaz à une entreprise contrôlée par les militaires. L'enquête de Christophe Bonneuil, directeur de recherche au CNRS, Pierre-Louis Choquet, sociologue enseignant à Sciences Po et Benjamin Franta, chercheur en histoire à l'université de Stanford (Etats-Unis), publiée le 20 octobre dans la revue Global Environmental Change et largement reprise dans la presse, pourrait avoir des effets similaires.
TotalEnergies ne peut pas changer le fait qu’il a sciemment minimisé son rôle dans le changement climatique, comme le relèvent des entretiens et l’étude des archives du géant pétrolier et d’Elf Aquitaine, avec qui Total a fusionné en 1999. Il peut, en revanche, faire plus que du déclaratif sur sa volonté, depuis la COP 21 en 2015,d'« être un acteur majeur de la transition énergétique ».
Depuis 2020, TotalEnergies a établi un plan pour atteindre la neutralité carbone en 2050, à grand renfort d’investissements dans les énergies renouvelables, mais aussi dans le gaz naturel. Or, le méthane est un gaz à effet de serre dévastateur. En éviter les fuites dans l’atmosphère est devenu une des priorités de la lutte contre le réchauffement climatique, comme le confirment les derniers rapports du Giec, mais aussi de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
Quitte à miser sur le gaz...
Certes, TotalEnergies est membre fondateur de la Oil and gas climate initiative (OGCI). Cette initiative vise à réduire d’un cinquième, à l’horizon 2025, l’intensité méthane moyenne agrégée de ses membres, 12 pétroliers actifs dans l’amont gazier et pétrolier. Ils se sont fixé un taux cible de ces fuites, qui doivent rester inférieures à 0,25%. TotalEnergies, pour sa part, s’est choisi comme objectif de descendre en dessous de 0,2% sur l'ensemble, et en dessous de 0,1% du gaz commercial produit sur les installations gazières qu'il opère lui-même. Après la réduction du torchage de 80% entre 2019 et 2020, TotalEnergies s’engage à le supprimer totalement d’ici à 2030.
Certes, le pétrolier travaille depuis 2018 avec GHGSat pour développer une technologie d’imagerie satellitaire visant à surveiller les éventuelles fuites de méthane sur des installations en mer. Il vient d’annoncer qu’il allait généraliser la solution de Qnergy pour réduire les fuites de méthane sur le gisement de Barnett aux Etats-Unis. Et en avril dernier, il annonçait un partenariat avec Siemens pour travailler à la réduction des émissions du GNL.
Mais tant que TotalEnergies expliquera qu’il a besoin de l’argent du pétrole pour opérer sa transition énergétique, toutes ces actions seront inaudibles. Ce, bien qu'elles placent le groupe dans le peloton de tête des acteurs engagés dans la chasse aux fuites de méthane. Le groupe devra, pour montrer sa bonne foi aux scientifiques du climat, faire preuve d'encore plus d’exemplarité.



