Attentats, Covid-19, critiques des associations… Les projets de Total au Mozambique font face à des vents contraires. Malgré tout, le groupe français maintient le cap. Vendredi 19 juin, un haut responsable a confirmé l'objectif de l’entreprise : démarrer l’exploitation du gaz en 2024.
Total espère finaliser son financement en juin
"Le projet Mozambique LNG, dont la décision finale d’investissement a été prise en juin 2019, n’est pas remis en cause et se poursuit", indique Total à L'Usine Nouvelle. "La première production est attendue à la mi-2024 comme prévu initialement", assure de son côté Ronan Bescond, directeur général de Total Mozambique, cité par zonebourse.
L’investissement dans le projet est estimé à 25 milliards de dollars (environ 22,3 milliards d’euros). Le groupe français explique qu'il travaille toujours avec ses partenaires, le gouvernement, les agences de crédit-export et les banques pour finaliser le financement. "La signature du financement est prévue d’ici fin juin", précise Total.

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L'entreprise reste donc confiante dans son calendrier malgré le ralentissement de l'activité pendant la crise du Covid-19. Contre 3 800 personnes en février, le site ne comptait plus que 420 personnes le 11 mai. Selon zonebourse, le chantier de l’usine de GNL a été interrompu pendant environ deux mois après la découverte de nombreuses personnes contaminées sur le site. 96 travailleurs ont contracté le Covid-19. “Parmi eux, 92 sont guéris et quatre sont toujours soignés", précise Ronan Bescond au site.
Neuvièmes plus grandes réserves gazières dans le monde
En 2019, Total réalisait un coup d’éclat en se positionnant sur le projet Mozambique LNG. Grâce au rachat des actifs africains d’Anadarko, le groupe pétrolier détient une participation de 26,5 % du site qui doit devenir la première usine de gaz naturel liquéfié (GNL) terrestre du pays sur la péninsule d'Afungi (voir carte ci-dessous).
Total (Crédit : Total)
“Le projet comprend le développement des champs Golfinho et Atum situés dans l’Offshore Area 1 et la construction de deux trains de liquéfaction d'une capacité totale de 12,9 millions de tonnes par an (Mt/a)”, décrit Total. Selon l’association Les Amis de la Terre, le Mozambique abrite les neuvièmes plus grandes réserves gazières dans le monde.
1 100 morts depuis 2017 dans la région à cause des insurrections
Un autre risque préoccupe le géant pétrolier et les ONG : les tensions géopolitiques dans la région. Depuis octobre 2017, les attaques d’insurgés auraient fait au moins 1 100 morts dans la province de Cabo Delgado (dans la partie nord-est du Mozambique), principalement chez les populations civiles.
“L’insurrection s’est construite sur un enchevêtrement de tensions sociales, religieuses et politiques, exacerbées par l’explosion des inégalités et les violations des droits humains liées aux projets gaziers”, dénonce l’ONG Les Amis de la Terre. Le 15 juin, cette association a publié un rapport de 39 pages pour dénoncer l’activité des multinationales dans la région : corruption, déplacements des populations, présence de forces paramilitaires privées...
Selon ce document, le Mozambique se serait rendu dépendant financièrement des groupes pétroliers en contractant une importante dette. Une autre entreprise française apparaît dans le rapport : le chantier de construction navale CMN, installée à Cherbourg (Manche) mais détenue par l’homme d’affaires Iskandar Safa. “En 2013, le gouvernement mozambicain conclut un contrat douteux avec les Constructions Mécaniques de Normandie (CMN), appartenant au milliardaire marchand d’armes franco-libanais Iskandar Safa, pour monter officiellement une flotte de pêche au thon. En réalité, le gouvernement mozambicain contracte illégalement des dettes pour financer un programme de défense, censé lui permettre d’assurer sa souveraineté sur sa zone économique exclusive et les gisements d’hydrocarbures qu’elle contient”, estime Les Amis de la Terre.
Total réfute le lien entre les activités industrielles et les violences
Dans son message transmis à L'Usine Nouvelle, Total réfute le lien entre les activités industrielles et les violences : "À notre connaissance, les motivations de l’insurrection dans la région de Cabo Delgado ne sont pas liées aux projets gaziers. La présence militaire décidée par le gouvernement du Mozambique vise avant tout à protéger les populations face à ces insurrections."
Le groupe confirme travailler avec plusieurs sociétés de sécurité sur place pour protéger ses personnels et ses sites. En revanche, l'entreprise dément tout déplacement forcé de populations. Selon Total, le plan de relocalisation des habitants de la péninsule d'Afungi a été élaboré selon un standard international faisant partie "des plus exigeants en la matière".
"En ce qui concerne la sécurité, c'est une situation qui nous inquiète mais cela n'affecte pas directement la société”, relativise Ronan Bescond auprès de zonebourse. “Nous travaillons avec le gouvernement pour assurer la sécurité du site et des personnes", complète le directeur général de Total Mozambique. La reprise de l’activité normale sur le chantier est prévue pour septembre.



