L’Allemagne se retrouve de plus en plus isolée sur le dossier Nord Stream 2. Le 1er février, c’était au tour de la France d’appeler le pays à cesser la construction du gazoduc qui doit relier le port d’Oust-Louga en Russie à celui de Lubmin dans le nord de l’Allemagne pour condamner les arrestations durant les manifestations en soutien à Alexeï Navalny.
Outre-Rhin pourtant, "le gouvernement n’a pas changé sa position", a réaffirmé une des porte-paroles Martina Fietz le 1er février.
Car pour le cabinet d’Angela Merkel, il s’agit d’un projet "purement économique" et non politique. "Les États-Unis veulent empêcher NordStream2 en arguant que l’Europe devient trop dépendante de la Russie pour son approvisionnement énergétique, et certains pays européens le rejettent également, a reconnu Steffen Seibert, le porte-parole d’Angela Merkel la semaine dernière. Mais le gouvernement allemand a toujours refusé de s’immiscer dans la discussion pour le freiner."
Un élément de langage partagé par le ministre de l’Economie et de l’énergie Peter Altmaier : "il est problématique de remettre sans cesse en question des projets qui sont prévus sur plusieurs décennies, a-t-il déclaré dans le journal Handelsblatt. Sinon, nous perdrons la confiance et l’engagement des investisseurs privés". "Nous ne devrions pas conditionner NordStream2 au cas Navalny", a pour sa part critiqué Martin Schulz, ancien président du Parlement européen de 2012 à 2017.

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L’enjeu est en effet énorme : un projet à plus de 9 milliards d’euros, 55 milliards de mètres cubes de gaz par an. En comptant l’autre pipeline parallèle, Nord Stream 1, ce sont donc 110 milliards de m3 qui seront acheminés chaque année, sachant que l’Allemagne ne produit que 7 % de sa consommation de gaz. Cette nouvelle voie permettra également de faire baisser les prix. Le Land de Mecklembourg-Poméranie, qui accueille actuellement le chantier, compte sur les importantes retombées économiques. La région s’est d’ailleurs réjouie de la reprise des travaux par le navire spécial le Fortuna le 15 janvier pour terminer les 148 kilomètres qui manquent au tracé de 1 230 km, en dépit des sanctions américaines. "Nous avons toujours été d’avis que le gazoduc en mer Baltique a un rôle à jouer dans la protection du climat, en tant que technologie de transition vers les énergies renouvelables", a avancé la ministre-présidente du Land, Manuela Schwesig (SPD) devant le Parlement régional.
Pour autant, face à la pression, ces positions sont de moins en moins tenables. "Tant que les droits humains et civils fondamentaux sont violés en Russie, nous ne pouvons pas fermer les yeux et poursuivre les affaires comme d'habitude. Les projets d'infrastructure tels que NordStream2 sont également concernés", a jugé Christian Lindner, le président des Libéraux (FDP), dans une interview accordée au "Spiegel" en demandant un moratoire au gouvernement. Annalena Baerbock, la chef des Verts, a quant à elle appelé à un arrêt immédiat et définitif du chantier, refusant l’idée d’un moratoire en raison de son caractère provisoire.
Enfin, l’Institut économique allemand DIW a étudié dans un rapport paru en janvier l'évolution à court et long terme de la demande du marché allemand et européen en gaz naturel. Selon ses autrices, Franziska Holz et Claudia Kemfert, il ressort qu’"il n'y a pas de déficit d’approvisionnement en gaz naturel en Allemagne et en Europe, qui reste stable, voire en légère baisse, en raison notamment de la crise du Corona et des températures clémentes des hivers", ne rendant donc pas la construction de Nord Stream 2 indispensable.



