Malgré l'exception accordée par Bruxelles, l'industrie espagnole souffre aussi face à la hausse des prix de l'énergie

L'Espagne a obtenu en juin 2022 une dérogation pour plafonner les prix du gaz intervenant dans la production d'électricité. Une mesure que l'Union européenne pourrait généraliser. Mais l'exception ibérique n’a pas été la bouffée d’oxygène attendue par les particuliers et les entreprises qui rencontrent toujours d’immenses difficultés face à la flambée des prix de l’énergie.

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ArcelorMittal Gijon
ArcelorMittal a mis à l’arrêt jusqu’à la fin de l’année son haut fourneau de Gijón dans le nord de l’Espagne (image d'archives).

« En deux ans, nos factures de gaz et d’électricité sont passées de 330 000 à 2,3 millions d’euros. L’énergie représentait 19% de nos dépenses, aujourd’hui c’est 36% ». Ce n'est pas un patron français qui parle mais Joan Vila, dirigeant de LC Paper, une entreprise catalane qui produit du papier tissu (mouchoir jetables, papier hygiénique et essuie tout). L'Espagne s'est pourtant dotée d'un mécanisme de plafonnement des prix du gaz en juin 2022.

Depuis le 15 juin, l’Espagne comme le Portugal bénéficient en effet d’un bouclier : l’exception ibérique. La commission européenne a autorisé les deux pays, très faiblement connectés au reste de l’Europe, à plafonner à 40 euros le MWh le prix du gaz intervenant dans la production d’électricité. Cette mesure a permis de faire baisser les prix spots (prix de gros) de l’énergie qui sont désormais 35% moins chers en Espagne qu’en France. Mais l’impact a été limité pour le consommateur.

Les entreprises gazières doivent en effet recevoir une compensation pour ce plafonnement. Les fournisseurs d’énergie l’ont répercuté et une nouvelle ligne s’est invitée dans la facture. « Quand on fait le calcul en incluant cette compensation et tous les frais fixes, on constate que début octobre, le MWh coûte en moyenne 251 euros en Espagne contre 163 euros en France », remarque Fernando Santo de l’AEGE, l’association qui regroupe les entreprises grandes consommatrices d’énergie. « Je rêve d’avoir des tarifs réglementés à la française ».  Erreur : ils ne concernent que les très petites entreprises.

Francisco Garcia, directeur de Cardonaplast, entreprise d’injection de plastique pour l’automobile, a aussi fait ses calculs.« L’impact de l’exception ibérique a été nul pour mon activité », juge-t-il. « La moitié de la facture d’août correspond à la compensation pour le gaz». Dans cette entreprise, le prix de l’électricité a été multiplié par 3,5 en un an. « Nous n’avons jamais arrêté la production, mais on a été obligé d’augmenter les prix » poursuit le directeur.

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Une industrie au ralenti

Le "bouclier" à l'espagnole n'empêche pas les baisses d'activité et fermetures d'usines. ArcelorMittal a mis à l’arrêt jusqu’à la fin de l’année son haut fourneau de Gijón dans le nord de l’Espagne à cause d’une baisse de la demande et de l’explosion du prix de l’énergie. A Bilbao, l’aciérie ACB est également en pause depuis août. 300 personnes ont été placées en chômage partiel. En Cantabrie, c’est FerroAtlantica qui a arrêté sa production de silicium. « Avec un MWh autour de 400 euros, ce n’est pas viable de produire » reconnaissait début septembre un membre du comité d’entreprise cité par le journal El Pais. Beaucoup d’usines sont donc à l’arrêt. «D’autres décident chaque matin, en fonction du prix de l’électricité, si elles produisent ou non et surtout à quelle heure », précise Fernando Soto.

Toutes les entreprises s'inquiètent pour leur compétitivité face à la concurrence extra-européenne. «Face à l'envolée du prix des conteneurs, nos clients n’avaient pas trop le choix. Ça coutait encore plus cher de faire venir des produits d’Asie, rappelle Joan Vila, patron de la papeterie catalane LC Paper. Mais aujourd’hui c’est différent : le prix du transport baisse à nouveau et on va se prendre la concurrence asiatique de plein fouet. Si les prix de l’énergie ne baissent pas, c’est toute l’industrie européenne qui va mettre la clé sous la porte », s’inquiète l’entrepreneur. Il songe désormais à recourir à l’autoconsommation. « On fait installer des panneaux solaires. D’ici janvier, on produira 15% de notre consommation. » 

A Barcelone, Henry de Laguérie

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