Enterrée, la loi de souveraineté énergétique. Une décision des nouveaux ministres de l’Énergie, Bruno Le Maire et Roland Lescure. L’opposition aux renouvelables serait, au Parlement, trop forte pour tenter un débat et un vote sur le sujet du mix électrique. À Bercy, on parle même de «guerre de religion» entre pro et anti renouvelables ou nucléaire. Alors même que dans son discours de Belfort de février 2022, Emmanuel Macron avait clairement défini une stratégie énergétique française basée sur le nucléaire et les renouvelables Et que l’ancienne ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, avait réussi à faire voter deux lois d’accélérations, une pour les renouvelables, une pour le nucléaire... Mais les vieux clivages ont la vie dure.
Si les écologistes restent dans leur posture anti-atome, le camp du nucléaire n’aide pas non plus à calmer le jeu. Malgré les déclarations publiques répétées des dirigeants d’EDF sur la nécessité de développer des renouvelables en France pour absorber l’augmentation de la consommation indissociable d’une sortie des énergies fossiles, et laisser le temps à l’électricien national de trouver des solutions pour prolonger son parc historique à 80 ans et construire de nouveaux réacteurs pour les remplacer, les partisans de l’atome ne désarment pas. Ils continuent leur intense lobbying anti-renouvelables. Dernière preuve en date avec la publication mi-janvier d’un ouvrage collectif, «Lumières sur le nucléaire», aux éditions Le Cherche-Midi coordonné par Xavier Ursat, le directeur exécutif du groupe EDF en charge de la direction ingénierie et projets nouveau nucléaire, mais aussi président du comité stratégique de la filière nucléaire et du Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire (Gifen).
Un argumentaire dépassé
En audition au Sénat, sous serment, Xavier Ursat a soutenu le développement des renouvelables en France. On pouvait donc s’attendre à ce que son livre fasse enfin la lumière sur la capacité du nucléaire à moduler sa production pour accueillir les renouvelables et à en être un indispensable allié pour réussir la transition énergétique du pays. Qu’il explique comment la filière prenait bien à bras-le-corps la question des déchets et des énormes stocks de combustibles usés en travaillant d’arrache-pied avec ces start-up qui cherchent à développer des miniréacteurs à neutrons rapides pour les valoriser. Qu’elle s’attaquait aussi avec force à retrouver les compétences perdues et l’excellence industrielle pour construire de nouveaux réacteurs. Qu’enfin, qu'il détaille comment les acteurs du nucléaire français se mobilisent pour tisser en Europe des partenariats pour faire de la neutralité technologique une force commune aux renouvelables et au nucléaire, plutôt que de les opposer.
Rien de tout cela dans l’ouvrage, ou si peu. Dès la préface, signée par un ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie, la charge contre les renouvelables débute. Elle sera le fil rouge du livre, ponctué de d'entretiens ou de tribunes rédigés par des partisans de l’atome reprenant de vieux poncifs visant à démontrer encore et toujours les vertus du nucléaire. Mais sans jamais une dose d’autocritique. Au point qu’on se demande pourquoi, en 2024, ces partisans du nucléaire estiment encore avoir besoin de défendre cette énergie bas-carbone. Mais aussi, à qui s’adresse ce livre. Quelques chapitres, dont celui sur le fonctionnement de la sûreté nucléaire, apportent bien des informations utiles pour comprendre les nouveaux enjeux du nucléaire civil, à l’international notamment. Cela ne sera malheureusement pas suffisant pour éclairer un indispensable débat politique sur le futur mix énergétique du pays. Dommage.



