Levée de boucliers en Europe contre la fin des voitures hybrides en 2035

Le paquet "Fit for 55" dévoilé par la Commission déclenche un torrent de réactions dans la filière automobile française et européenne. Les industriels veulent défendre les véhicules hybrides.

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Clio E-Tech Hybride
Les constructeurs automobiles défendent les moteurs hybrides comme une technologie de transition avant le tout électrique.

Fin du suspense. Mercredi 14 juillet, la Commission européenne a proposé une réduction des émissions de CO2 des véhicules neufs, aboutissant de facto à l'interdiction de la vente de voitures thermiques et hybrides à partir de 2035, dans le cadre du paquet législatif "Fit for 55". L’exécutif européen souhaite également durcir l’objectif de réduction des émissions de CO2 pour 2030. Secouée par ces annonces, la filière automobile, notamment française, espère retarder la fin des motorisations hybrides rechargeables.

Jusqu’à présent, les normes européennes visaient une réduction des émissions de CO2 de 37,5% entre 2021 et 2030 pour les voitures neuves particulières. Les rumeurs évoquaient un renforcement à -50% voire -65%. Mais la Commission européenne a finalement fixé le cap à -55% pour 2030, en conservant un palier de -15% en 2025.

Ces objectifs semblent en ligne avec la position du gouvernement français. "Nous pensons qu'un objectif de -55% serait une bonne base de discussion", confiait une source de l’Élysée le 12 juillet. Après la présentation officielle du paquet "Fit for 55", le ministère de la Transition écologique a salué "une nouvelle avancée pour la décarbonation du secteur des transports". Ces normes de CO2 renforcées épargnent toutefois les poids lourds. Mais la Commission européenne a tout de même proposé d’étendre le marché du carbone aux secteurs des transports et du bâtiment. Un dispositif sur lequel le gouvernement français se dit "réservé".

Bataille à venir sur l'hybride

Dans les véhicules légers, la bataille des négociations devrait surtout porter sur le sort réservé aux hybrides, un point sur lequel la France ne souhaite pas fléchir. "Il apparaît nécessaire de conserver une approche technologique ouverte qui n’exclut pas les véhicules hybrides rechargeables performants", insiste le ministère de la Transition écologique.

En proposant une réduction des émissions de 100% pour 2035, la Commission européenne souhaite de facto bannir les véhicules thermiques aussi bien que les véhicules hybrides, qu’ils soient rechargeables ou non. “Ce sont des propositions, ce ne sont pas des décisions”, a insisté de son côté Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l'Industrie, au micro d’Europe 1.

L’Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA) n’a pas caché son mécontentement. "L'interdiction d'une seule technologie n'est pas une solution rationnelle à ce stade", estime l’organisation dans un communiqué, en rappelant le retard de l’Europe sur le déploiement des bornes de recharge. "Toutes les options - y compris les moteurs à combustion interne à haut rendement, les véhicules hybrides, les véhicules électriques à batterie et les véhicules à hydrogène - doivent jouer leur rôle dans la transition vers la neutralité climatique", ajoute l’ACEA.

Inquiétudes sur l'emploi

Le 9 juillet, la PFA alertait sur les conséquences "dévastatrices" de ces décisions. "Les autorités européennes tirent un trait sur cent ans d’innovation technologique, un secteur dans lequel l’Europe avait un réel avantage compétitif et concurrentiel au niveau mondial", regrettait Luc Chatel, président de la Plateforme automobile (PFA). "Avec l’hybride rechargeable, nous nous privons d’une solution qui permettait d’amortir le choc social et d’évoluer vers l’électrique tout en se gardant la possibilité d’avoir d’autres solutions, regrette Claude Cham, président d’honneur de la Fédération des industries des équipements pour véhicules (FIEV). L’ensemble des équipementiers automobiles vont être obligés de désinvestir sur les moteurs thermiques.”

Selon les représentants du secteur, la transition électrique menacerait 100 000 emplois en France à l’horizon 2035, auxquels il faut ajouter 50 000 emplois dans les services. Le gouvernement s’est dit ouvert à de nouveaux soutiens pour les 4 000 entreprises françaises du secteur, tout en insistant sur la responsabilité de l’Union européenne. "Si la Commission européenne souhaite aller plus loin, alors nous devons être capables de mettre de l'argent pour accompagner les entreprises, les sous-traitants et les salariés", a répété Agnès Pannier-Runacher le 15 juillet.

Un manque d’ambition sur la recharge?

Autre sujet d’inquiétude pour les constructeurs automobiles: la faible progression du nombre de bornes de recharge. La Commission européenne a proposé d’installer des points de recharge électrique tous les 60 kilomètres sur les grands axes routiers. L’exécutif européen s’attend donc à ce que 3,5 millions de bornes soient installées d’ici à 2030. "Selon des calculs récents de la Commission, une réduction supplémentaire des émissions de CO2 des voitures à -50 % en 2030 nécessiterait quelque 6 millions de points de recharge accessibles au public", pointe du doigt l’ACEA.

Le problème n’épargne pas la France. Jeudi 16 juillet, le gouvernement dénombre 43 700 bornes de recharge ouvertes au public, alors que l’État s’était un objectif de 100 000 bornes d’ici à la fin de l’année 2021. "Nous annoncerons de nouvelles mesures et un plan d’accélération à la rentrée, avec la filière automobile", promet dans un communiqué le ministre délégué chargé des transports, Jean-Baptiste Djebbari. Le temps presse.

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