« La dégradation de la situation de l'industrie agroalimentaire française ne peut pas se poursuivre. Cela ne peut pas continuer ». A peine élu, Jean-Philippe André, le nouveau président de l'Ania (Association Nationale des industries de l'agroalimentaire) hausse le ton. Le contexte de forte augmentation du coûts des matières premières agricoles et des dépenses intermédiaires n'y est pas pour rien. « Nous faisons face à une flambée des prix historique »,commente le responsable.
Une perte potentielle de 900 millions d'euros
L'observatoire des prix de l'Ania fait état d'une hausse de 26% du prix du blé, de 28% de celui du maïs, de 20% du soja, de 39% des huiles... A cela, s'ajoute l'augmentation de 21% du tarif du plastique, de 12% du verre, de 24% de l'aluminium et de 31% de l'énergie. Face à ces hausses, l'Ania a interrogé ses adhérents quant aux potentielles répercussions. Résultat: « Si rien n'est fait d'ici à 2022, les industriels peuvent perdre jusqu'à 7% de marge », analyse Jean-Philippe André. En 2021, le taux de marge des industries de l'agroalimentaire s'établit à 31%.
Au total, ce taux représenterait une perte sèche de 900 millions d'euros, précise l'Ania. « Le risque n'est pas encore avéré, et les prochaines négociations commerciales avec les distributeurs seront les juges de paix, mais il y a un danger pour la filière», prévient le responsable.

- 1041.6+3.68
Février 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 455+7.18
Février 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 626.5+1.18
Février 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Décrochage à l'export
Les industriels s'inquiètent d'autant plus que la filière, éreintée par la guerre des prix avec les distributeurs, est sous tension depuis plusieurs années. Sur les dix dernières années, les industriels de l'agroalimentaire ont perdu 15 points de valeur ajoutée. « Cela se traduit par un décrochage à l'export », déplore l'Ania.
La France est passée de la place de deuxième exportateur mondial en 2005 à la quatrième position, avec une perte de trois points de part de marché.« Notre balance commerciale affiche un excédent de 6,1 milliards d'euros, mais si l'on retire les boissons et spiritueux, nous affichons alors un déficit de 5 milliards d'euros », précise Jean-Philippe André.
Une contre-performance qui s'explique aussi par la frilosité des entreprises françaises à l'export. Selon les données de l'Ania, à peine 20% des industriels exportent. En comparaison, en Allemagne, 80% des entreprises du secteur exportent. Résultat,« 24% du chiffre d'affaires de l'industrie agroalimentaire est réalisé à l'étranger contre 43% pour l'ensemble de l'industrie », observe le président de l'Ania. « Il y a un vrai état d'esprit à changer chez les industriels français », tranche-t-il. Une mission que le nouveau directeur de l'Ania entend prendre à bras-le-corps durant son mandat.



