Atos peut-il enfin sortir de la crise ? Depuis près de quatre ans, l’ex-fleuron français de l’informatique vit une saga pleine de rebondissements sans jamais trouver le salut : une scission des activités, des discussions de vente avortées avec le milliardaire Daniel Kretinsky pour l’une des branches, avec Airbus pour une autre, le sauvetage par le patron de Onepoint David Layani subitement abandonné... Le tout sur fond de dégradation des résultats, d'évaporation de la valeur boursière et d’explosion de la dette, qui ont débouché fin 2024 sur une restructuration financière de l'entreprise et une reprise du capital par ses créanciers.
Mercredi 14 mai, Philippe Salle espère bien tourner définitivement la page. Le PDG du groupe, à cette fonction depuis le 1er février, doit présenter son nouveau plan stratégique avec l’ambition de faire remonter la pente à Atos. Quels sont les grands enjeux et que sait-on déjà des grandes lignes ? Eléments de réponse en quatre points.
Remarier TechFoundation et Eviden
«Il n'y a plus de projet de scission». Auditionné fin avril par le Sénat, Philippe Salle est clair : il entend renouer avec le «One Atos», estimant que la scission du groupe lancée en 2022 «n'était pas un bon projet». Deux entités en sont nées : Tech Foundations, la branche historique d'infogérance informatique, et Eviden, qui rassemble les activités du digital, de la cybersécurité et du traitement de données (big data). Evoquant «une course à la taille», Philippe Salle a regretté qu’«en cassant le groupe en deux, on devient un acteur moyen dont le chiffre d'affaires avoisine les 4 ou 5 milliards d'euros», alors que «pour jouer dans la cour des grands, il faut faire au moins 10 milliards». Pour rappel, le chiffre d'affaires d'Atos était de 9,6 milliards d'euros en 2024, en recul de plus de 10% par rapport à 2023.
«Les deux activités sont assez complémentaires», argumente aussi le PDG devant les sénateurs. «Le message actuel est que Tech Foundations est une porte d’entrée dans les directions informatiques des entreprises, qui permet derrière de vendre des services applicatifs via Eviden», synthétise un analyste de la place de Paris. Reste qu’Eviden va céder plusieurs de ses activités. Les négociations sur la reprise des supercalculateurs (Advanced Computing) par l’Etat devraient s'achever fin mai. De son côté, l’entité Mission-Critical Systems (MCS), spécialisée dans les services dédiés à la défense et la sécurité, devrait être vendue à un industriel du secteur (les noms de Thales, Safran, Airbus et Dassault Aviation circulent notamment).

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Le plan stratégique annoncé par Philippe Salle devra donc clarifier le périmètre du nouveau Atos, préciser les modalités et le calendrier de sa réunification. Mais aussi évoquer la stratégie en termes de géographie, en précisant si Atos opère un recentrage sur l’Europe, ou encore s’il quitte ou non les Etats-Unis.
Ecarter une nouvelle restructuration financière...
Le nouveau patron est très attendu sur sa feuille de route financière. Si la restructuration actée fin 2024 a permis à Atos d’effacer une bonne moitié de la dette, il lui reste quelque 2 milliards d’euros à rembourser. «De nouveaux prêts avec des taux très élevés», alertait en novembre Alia Iassamen, coordinatrice CFDT du groupe, auprès de L’Usine Nouvelle. Atos est donc loin d’être sorti d’affaire et Philippe Salle devra tout faire pour éviter qu’une nouvelle restructuration financière soit nécessaire.
«Aujourd’hui Atos fait très peu de résultats, mais crame du cash, rappelle notre source. L’enjeu est de redresser les résultats pour retrouver d’ici à 2027 des capacités financières en adéquation avec le refinancement nécessaire.» L’accord signé avec les créanciers prévoit que le groupe commence à retrouver un flux de trésorerie positif dès 2026, puis plus significativement en 2027, en vue de démarrer les étapes de refinancement de sa dette en 2029. Un objectif très ambitieux. «Les résultats seront encore sans doute mauvais en 2025 car la prise de commandes n’est vraiment pas bonne, anticipe l’analyste. Si Philippe Salle maintient les objectifs pour 2026 et 2027, ce qu’il devrait sûrement faire, il faudra une forte accélération de la croissance ces deux année-là pour tenir le cap.»
... en relançant la dynamique commerciale
Une grosse partie de l’équation réside donc dans la reprise de l’activité commerciale, qui s’est effondrée ces dernières années. Parmi les pertes les plus douloureuses, au moins en termes d'image de marque, le contrat pour la gestion de l’informatique et de la cybersécurité des JO, qu’Atos opérait depuis l’édition de Barcelone en 1992. Un autre revers a été de perdre l’appel d’offres de l'agence dédiée à l'intelligence artificielle (Amiad) du ministère français des Armées pour la fourniture d’un supercalculateur, au profit d’un acteur américain.
La nouvelle stratégie devra donc relancer la machine commerciale. Et Philippe Salle redonner confiance aux clients, a priori nombreux à avoir été refroidis par l’idée de signer des contrats d’infogérance pluriannuels avec un Atos en sursis. Un rôle qu’il a commencé à endosser. «L’activité a continué de se redresser au cours du trimestre, (...) laissant entrevoir des perspectives favorables pour l'avenir d'Atos», a-t-il déclaré par communiqué lors des résultats du premier trimestre 2025, alors que le groupe a annoncé début avril avoir remporté un contrat de 50 millions d'euros pour la construction d'une "AI factory" en Serbie.
«Ce qu’il faut regarder, c’est le ratio "book-to-bill", soit la prise de commandes rapportée au chiffre d’affaires : dès qu’il est inférieur à 1, cela annonce une contraction de l’activité à moyen terme. Or il était encore à 0,8 au premier trimestre 2025, ce qui signifie que l’inflexion du chiffre d’affaires n’est pas pour tout de suite», tempère tout de même notre analyste financier.
Stabiliser la direction et le management
En quatre ans de crise, Atos a largement réduit ses effectifs : de 122000 salariés fin 2018, il n’en comptait plus que 78000 fin 2024, soit une baisse d’environ 25%. Réunifier le groupe devrait impliquer de nouveaux départs, la scission en deux entités ayant créé des doublons dans les fonctions supports, d'après plusieurs syndicats. La nouvelle stratégie pourrait donc chercher à comprimer ces postes-là.
Mais au vu de la réduction des effectifs déjà faite, et de la forte attrition naturelle que connaît le secteur de l’infogérance informatique, il serait aussi logique qu’Atos cherche à recruter de nouveau. Notamment au niveau du management intermédiaire, alors qu’il a perdu de nombreux talents. Philippe Salle présentera-t-il aussi une nouvelle équipe dirigeante ? Ce qui est certain, c’est que le groupe a aujourd’hui besoin de stabiliser sa direction et ses équipes, après quatre années marquées par de nombreux départs et une valse des dirigeants.



