Atos est encore aujourd’hui le seul constructeur en Europe de supercalculateurs. C’est aussi un poids lourd du cloud, de la cybersécurité et des services du numérique. Bref, de tout ce qui compte pour demain. Mais c’est un groupe à la dérive. Son action a perdu près de 100% en cinq ans. Avec un triple C, sa note financière touche le fond. Selon l’agence Standard & Poor’s, le risque de défaut de paiement est réel. Il faut dire que le colossal mur de dettes ne cesse de se rapprocher. La sanction est rude, mais inévitable : le groupe va être vendu par appartements. Reste à savoir quand et à qui.
Les activités traditionnelles de services informatiques pour entreprises et administrations, regroupées dans l’entité récemment créée Tech Foundations, intéressaient le Tchèque Daniel Krestinsky. Les discussions ont finalement capoté.
La direction court deux lièvres à la fois. Pour la partie cyber et supercalculateurs, appelée BDS, Airbus est entré dans la danse, avec le soutien très actif de l’État. Pas question pour le gouvernement de céder les supercalculateurs, qui servent notamment à la dissuasion nucléaire, au premier venu. Les négociations pourraient aboutir dans les mois à venir. Dans tous les cas, et quoi qu’il puisse se passer, le bilan est déjà celui d’un énorme gâchis. Ce qui nous rappelle une fois de plus, après l’effondrement de Bull et celui d’Alcatel, notre incapacité à garder des géants dans ces secteurs de la tech.
On y a cru, pourtant. Thierry Breton a transformé une entreprise de taille moyenne en mastodonte, à coups de rachats de très grands concurrents entre 2009 et 2019. La stratégie semblait fonctionner. En tout cas, tout le monde applaudissait. Mais en 2021, à peine deux ans après son départ pour Bruxelles et sa nomination au poste de commissaire européen, c’est la douche froide. Rien ne va plus. Pour beaucoup aujourd’hui, le groupe a vu trop grand et trop vite. Les performances promises ne sont pas là. Le retour sur terre est douloureux. Les patrons valsent. Plus personne ne comprend la stratégie.

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Quelle leçon tirer de ce douloureux échec ? À l’heure où l’intelligence artificielle révolutionne les usages, on se doit d’avoir des solutions européennes et, mieux encore, françaises, pour le calcul et l’IA. Bruno Le Maire pousse en ce sens. Côté IA, la France dispose de pépites prometteuses. On peut citer Mistral AI, qui réunit les plus grands noms français et qui lève de l’argent à tour de bras pour être dans la course. L’entreprise française veut proposer des modèles plus simples et plus légers. Il faut aller vite. Et surtout ne pas reproduire toutes nos erreurs. Car mine de rien, c’est l’avenir de la souveraineté française qui est en jeu.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3728 - Mars 2024



