Un transfert inattendu dans le mercato du luxe. Depuis que la nomination de Luca de Meo au poste de directeur général chez Kering a été annoncée par Le Figaro (le groupe de luxe l'a officialisée ce 16 juin en fin d'après-midi), le géant du luxe français a gagné 6% en bourse. Bien que ce soit un signal encourageant de la part du marché, les analystes demeurent prudents.
«Il est perçu comme ayant conduit le redressement de Renault […] Cependant, l’exécution des redressements des marques de luxe est devenue plus complexe, plus longue et plus coûteuse et beaucoup moins favorable au marché», écrit Thomas Chauvet, analyste chez Citi.
Si Luca de Meo a réussi à sortir Renault d’une mauvaise passe ayant conduit à la perte de 8 milliards d’euros en 2020 et la suppression de 15000 postes, la crise que traverse le groupe de François-Henri Pinault, qui a subi une perte de chiffre d’affaires de 12% en 2024 (2,4 milliards d’euros de moins par rapport à 2023), est d'une autre nature. Elle a non seulement une composante spécifique aux marques du groupe, mais également une raison structurelle, que connaît le luxe dans sa totalité.
Le redressement de Gucci, une tâche colossale
Le principal défi qui attend Luca de Meo sera le redressement de celle qui a été la poule aux œufs d’or de Kering : Gucci. Depuis que la marque a atteint son apogée en 2022, dépassant les 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires, elle n’a fait que chuter, particulièrement en 2024 où elle a dégringolé de 23%, revenant à son niveau de… 2020. Un déclin en partie dû à la perte de l’identité de la marque, qui a vu plusieurs directeurs artistiques se succéder en relativement peu de temps, jusqu’à récemment, avec la nomination de Demna, ancien directeur artistique de Balenciaga — également dans le giron de Kering — en mars 2025.
Saint Laurent, deuxième maison de Kering, affiche pareillement un chiffre d’affaires en baisse. En outre, l’analyste Thomas Chauvet pointe que les deux marques sont «très exposées à la Gen Z et les jeunes millennials» qui composent à peu près un tiers des ventes des deux maisons et sont réputés pour être plus volatiles. La reconquête d’une clientèle plus âgée et loyale fera donc partie des tâches qui attendent le nouveau leader.
Un environnement international perturbé
L’ancien dirigeant automobile devra aussi naviguer dans les eaux troubles du commerce international, affecté depuis 2023 par une consommation chinoise en berne, mais aussi par les droits de douane américains, alors que le secteur du luxe espérait faire des États-Unis un nouveau relais de croissance en 2025. Il devra en outre gérer l’endettement du groupe, qui s’établissait à 10,5 milliards d’euros au 31 décembre 2024, soit plus de 60% du chiffre d’affaires de la même année.
Néanmoins, la nomination de Luca de Meo présente des avantages : il connaît bien l’Italie, là où se situe la grande majorité de l’empreinte industrielle de Kering ; son passage chez Renault a montré son habileté en matière de redressement — au prix d’une forte réduction d’effectifs initiale — et sa position d’outsider dans le milieu du luxe pourrait permettre d’apporter un nouveau souffle au groupe de François-Henri Pinault.
D’après une source proche du dossier, l'ex PDG réfléchissait à la scission entre les positions de président et de directeur général depuis 2023. Pour sélectionner le nouveau dirigeant, un «process, avec des candidats» a été conduit, dans le but de trouver un «profil international, avec une sensibilité forte aux marques». Le recrutement de Luca de Meo aurait donc été «une évidence», ajoute cette source. Il prendra ses fonctions le 15 septembre.



