Portrait

«Avant, je travaillais à la machine, ici, tout est fait à la main», Mohammad, couturier à Lyon

L'économie ne tournerait pas sans eux : 15,8% des ouvriers étaient des immigrés en 2023, selon l'Insee. Ils occupent le plus souvent des métiers peu qualifiés, pénibles ou en tension. L'Usine Nouvelle est allée à leur rencontre pour découvrir leur parcours et leur vision du monde du travail.

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À 24 ans, Lyon est le troisième lieu de vie de Mohammad après Alep, en Syrie, où il a grandi jusqu’en 2013, et Istanbul, en Turquie, où il a vécu jusqu’en 2022.

Du coton à la soie. On pourrait ainsi résumer le parcours professionnel de Mohammad Hasan, roulotteur dans une soierie lyonnaise. «La soie, ce n’est pas si différent du coton. Mais avant, je ne travaillais qu’à la machine, et ici, tout est fait à la main», observe, souriant, le jeune Kurde. À 24 ans, Lyon est son troisième lieu de vie, après Alep, en Syrie, où il a grandi jusqu’en 2013, et Istanbul, en Turquie, où il a vécu jusqu’en 2022.

«J’ai commencé à travailler à dix ans pour aider mon père, couturier, puis j’ai continué dans des ateliers à Istanbul», se remémore-t-il. Plus d’un an après son arrivée à Lyon, il découvre Weavers, une association qui agit comme tiers de confiance entre les entreprises qui recrutent et les personnes exilées. «Mohammad a rapidement progressé et a beaucoup aidé les autres», se souvient Marjorie Bisson, cheffe de projet chez Weavers. Une formation professionnelle permet au jeune couturier de renouer avec la couture, dans une soierie. «Elle dure normalement trois mois, mais je l’ai finie un mois en avance et j’ai été recruté dans la foulée», glisse-t-il.

Des places à prendre dans un secteur délaissé

Il est vrai que le secteur textile français, délaissé pendant de nombreuses années, a besoin de recrues étrangères pour reconstituer ses savoir-faire. Depuis mars 2024, le jeune homme réalise des ourlets roulottés, une technique qui donne un effet bombé aux bords du tissu, à raison de 12 carrés de soie par jour. Un rythme difficile à tenir au départ, mais le couturier, qui a déjà de la bouteille, a fini par s’en accommoder.

La posture cambrée constante fait mal au dos, et le travail est un peu monotone, mais Mohammad Hasan apprécie de ne pas travailler le vendredi après-midi. «Ma cheffe et mes collègues sont très gentils, il y a des moments de rigolade.» Avec une situation désormais stable, il ne sait pas ce qu’il veut faire dans le futur. Il rêve de rentrer en Syrie. Une option qui lui reste fermée pour l’instant. 

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Vous lisez un article du numéro 3742 de L'Usine Nouvelle - Mai 2025

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